Lola James Harper, une invitation au voyage sur des routes de rêve

C’est dans la salle mythique des Films 13, le cinéma de Claude Lelouch, confortablement lovés dans des fauteuils en cuir d’un confort presque indécent, que Rami et Lili Mekdachi ont présenté leur film With. Dès les premières minutes, Rami Mekdachi a invité le public à déplacer son regard : il ne s’agissait pas seulement de regarder un film, mais de se laisser glisser dans un voyage. S’enfoncer dans son fauteuil, laisser l’écran s’effacer un peu, et accepter de monter en voiture avec eux.

« On prend une voiture, on attrape les odeurs que ces lieux nous inspirent. On enregistre un son et on fait des films de ces voyages », présente Rami Mekdachi. « Ça fait vingt ans qu’on fait ça. On veut vous mettre en voiture avec nous », poursuit-il, comme on ouvre une portière avant le départ.

Avec Lola James Harper, le voyage ne s’observe pas à distance. Il se vit à hauteur de route, fenêtres ouvertes, dans cet état suspendu où les paysages, la musique et les senteurs commencent à se répondre.

Pour Rami Mekdachi, ce rythme vient d’une manière de prendre le temps : rouler entre amis ou en famille, se laisser porter par les rencontres, saisir une odeur, une lumière, une chanson, puis les transformer en livres, en films, en happenings sous le nom de Lola James Harper. Depuis plus de vingt ans, il construit un univers où la photographie, le cinéma, la musique et le parfum avancent ensemble, comme les passagers d’une même voiture.

Le road trip, chez lui, n’est jamais un simple décor. C’est une façon d’être. Dans With, il y a ce désir d’être « avec » : avec des gens venus d’ailleurs, avec d’autres cultures, avec celles et ceux rencontrés en chemin, et avec qui quelque chose peut se créer. « Essayer d’être avec, avec des gens différents, d’autres cultures, pour co-créer avec », confie Rami Mekdachi, dans une formule qui résume l’élan du film autant que celui de Lola James Harper.

Le film invite au voyage et rappelle, par certains plans, le clip de Lady de Modjo, où les protagonistes partent en quête d’un point inatteignable : le Grand Ouest, le Grand Nord, peu importe, tant que le voyage laisse une trace.

À travers ces images, Rami Mekdachi révèle son amour de la route et de ces moments fugaces que l’on tente de retenir avant qu’ils ne disparaissent. Il les saisit presque comme une synesthésie baudelairienne, là où les sons, les images et les senteurs se mêlent. Une station-service, une voiture américaine, une lumière californienne, un morceau de musique : tout semble devenir souvenir avant même d’avoir disparu.

Cette même poésie traverse cette première collection de livres de voyage et de photographie publiée aux Éditions de La Martinière. Une collection poétique et photographique qui prolonge l’univers Lola James Harper par les images, les routes et les sensations.

Au cœur des livres, les photographies de Lili Mekdachi, jeune prodige de 19 ans, qui a immortalisé à l’argentique des paysages californiens, des stations-service et de belles caisses américaines qui font plus que nourrir le rêve. Elles donnent envie de reprendre la route, de suivre les highways, notamment la Route 66, et de croire encore à la puissance discrète du voyage.

Dans un monde trop rapide, trop contrôlé, Rami Mekdachi dit vouloir « laisser une petite place au rêve ». C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre Lola James Harper : moins comme une destination que comme une humeur. Se mettre au fond de son fauteuil et imaginer que l’on est ensemble. Soudain, on n’est plus vraiment dans un cinéma. On est dans une voiture.

Daniel Latif
Photos : Tanguy Onakoy /DR