Ce doit être l’une des ramifications de la canicule : Angela Nikolau et Ivan Kuznetsov ont visiblement perdu la tête. Ce couple d’influenceurs n’a rien trouvé de mieux pour attirer l’attention que de mettre en scène leurs fiançailles — tous deux vêtus de noir — au sommet de l’Empire State Building et, accessoirement, faire la promotion de leur documentaire Netflix.
La performance est à la hauteur du bâtiment : démesurée, mais surtout ridiculement lourdingue. Pour habiller ce happening d’un semblant de profondeur, les deux acteurs ont dressé une banderole plagiant une citation sur l’amour prétendument attribuée à Jimi Hendrix, mais dont la paternité reste discutable. Ivan a visiblement passé plus de temps à se faire des bisous sur les muscles qu’à flâner au Club des poètes. Quitte à grimper si haut, il aurait pu élever un peu le niveau de sa prose.
N’ayant pu lui décrocher la lune, le jeune homme sandwich s’est donc hissé au sommet d’une tour de plus de 400 mètres pour demander la main de son escaladeuse au pied d’une antenne de radiodiffusion et d’un paratonnerre. En dépit d’une telle parade, toujours pas de coup de foudre.
Car cette mise en scène ne respire ni l’amour ni le romantisme. Elle transpire l’ego, l’exhibitionnisme, le marketing et la monétisation à tout prix. Eh non, ceci n’est pas une romance. L’amour ne consiste pas à prendre le public en otage pour démontrer que l’on fait mieux, plus haut, plus fort et, a fortiori, plus con.
Ce show dépourvu de vérité met en scène l’amour comme un produit et l’intime comme un emplacement publicitaire. À défaut d’une déclaration personnelle, on brandit une citation empruntée, une banderole dans le vent et deux clowns suspendus au-dessus de Manhattan, persuadés que la hauteur donne de la profondeur.
Soyons bons princes : attribuons-leur au moins le mérite de cette pitoyable performance puis laissons-leur l’entière paternité du ridicule. Ce qui se passe en haut de l’Empire State Building devrait décidément y rester, tant c’est lunaire.
La question est lancée à la table avec un léger désespoir, alors que tout le monde a déjà choisi. Toi, non. Tu scrutes la carte comme si elle allait soudain te révéler une option cachée, un passage secret, une boisson qui ne dirait rien de toi.
Au café, on ne choisit jamais une boisson innocemment.
Mais la carte n’est pas inspirante. Et pour cause : dans la majorité des cafés français, c’est toujours la même litanie. Coca-Cola, Sprite, Orangina, Schweppes, limonade. Les grands classiques. Ajoutez à ça la bière, le vin et le café. Le tout, sauf après 18 heures, parce que « désolé, on a nettoyé la machine ».
Choisir devient alors un exercice périlleux. Car quoi que tu prennes, tu seras jugé.
– Un Coca ? Quelle audace. Le choix par défaut, celui qu’on prend quand on n’a plus d’idées, ni d’énergie mentale.
– Un Schweppes ? Yes, « What did you expect ?». Le message est clair, inutile de développer.
– Une coupe de champagne ? L’élégance, certes, mais prépare-toi aux regards et à la question rituelle : « Quelque chose à fêter ? »
– Un Orangina ? La boisson nostalgie. Toujours trop chère pour ses 25 cl et toujours un peu frustrante, comme l’enfance.
– Un chocolat chaud ? Il ne manque plus que le cartable et les petits écoliers pour compléter le tableau.
– Un sirop ? Toi, tu cherches les ennuis.
– Un cappuccino ? On entend déjà le soupir du barman depuis le fond du bar.
– Un thé ? Un Lipton ou un Comptoir Richard sans saveur, qui va surtout réussir l’exploit de chauffer ta carte bancaire plus que ton palais.
– Un café ? Le quinzième de la journée. Mais comme tu ne savais pas quoi prendre…
– Une bière ? Ici, pas d’artisanale. Juste de la bière de soif. Pour ne pas dire autre chose.
– Un verre de vin ? Le fameux Pic Saint-Loup ouvert depuis deux jours, qu’on essaie de refourguer à toutes les sauces.
– Un vin chaud ? Malheureux. On ne fait pas ça — correctement — en France.
– Un Spritz ? Tu le prends par mimétisme. En réalité, tu n’aimes pas ça.
– Un mojito ? Tu veux surtout croquer de la glace et te faire remarquer par le bruit de la paille.
– Un ginger beer ? Original, mais tu vas devoir expliquer à toute la table qu’il n’y a pas d’alcool dedans. Personne ne te croira.
– Un Perrier ? Ambiance. Heureusement qu’il y a la rondelle de citron pour mettre un peu de soleil dans Paris.
– Un Ricard ? On entend déjà les cigales et les boules de pétanque claquer peuchère.
– Un Ricqlès ? Allons. Tu ne les fais vraiment pas. Le bar non plus, d’ailleurs, depuis le siècle dernier.
– Une Suze ? Tu veux surtout vérifier que l’inventaire a été bien fait. Spoiler : oui, RAS.
– Une Red Bull ? « C’est pas bon pour la santé », « c’est dégueu » avec grimaces à la chaîne. Les mêmes personnes qui en ont vidé des litres à la vodka en soirée.
– Un jus en bouteille ? Secoue-le bien et prépare un peu d’eau pour faire passer l’acidité.
– Un jus pressé ? Plus de pamplemousse, plus de citron, plus d’orange. En fait, le serveur a juste la flemme.
– Un Jägermeister ? Là, tu as lâché une bombe. Te voilà immédiatement catalogué.
– Un kir ? Bon choix… jusqu’au moment où la serveuse précise : fraise, myrtille ou framboise.
Alors tu finis par opter pour une Valse. On avait compris que tu ne savais pas sur quel pied danser. Quoi qu’il en soit, prépare-toi à devoir expliquer ce que c’est.
Le craquement du plastique cristallise soudain toute l’attention des voyageurs. Des relents de saucisson viennent nous chatouiller les narines, puis s’impose une fragrance plus insistante : une impression de pâté… vieux pâté, limite pâté de foie, version Canigou.
Le voisin d’en face croque ses chips bruyamment, comme s’il voulait qu’on les compte une à une, avant de faire glisser les dernières miettes dans sa main pour les gober avec un sérieux d’archéologue.
Nous sommes pourtant bien dans un train, dans une voiture de voyageurs, pas dans une voiture-restaurant.
Et voilà qu’un arrêt exceptionnel s’annonce. Nouveaux voyageurs… nouvelles odeurs.
Ça n’a pas manqué : aussitôt, le carré des quatre passagers à côté perçoit la nouvelle fragrance et éclate de rire. Les autres, silencieux jusqu’ici, finissent eux aussi par la sentir.
Se répand alors un parfum d’eau de Cologne à la lavande — « presque une odeur de shampoing anti-poux », analyse l’une. « Eau de Cologne très bas de gamme, alors », rectifie son amie, pince-sans-rire.
« On a une odeur de tabac mouillé ! », se lamente une voix égarée au fond du wagon. La fumée de cigarette s’installe, sournoise, se mêlant à l’air climatisé. On retient son souffle, on prend son mal en patience.
Mais l’émanation la plus emblématique reste sans doute celle-ci : « une odeur de poussière accumulée dans la clim », raconte un grand voyageur d’un ton d’expert.
Heureusement, tout le monde préfère en rire. Le voyage continue dans la bonne humeur. Tiens, maintenant, une vague de monoï flotte dans l’air… L’été s’invite entre deux gares.
« C’est bien de sentir les odeurs, on se sent vivant ! », philosophe Julia. « Si on ne sent plus rien, soit on a le covid, soit on est morts ».
Finalement, le train n’a peut-être pas une odeur, mais bien des odeurs. Une symphonie d’arômes en mouvement, une fragrance sans fin.
À quelques encablures de Central Park, sur la 5ème avenue, se trouve la Trump Tower. Sous le premier mandat de Donald Trump, les agents des services secrets y montaient la garde en permanence et les visiteurs devaient passer à travers un portique de sécurité avec des contrôles similaires aux aéroports en raison de la présence très régulière du magnat de l’immobilier qui y séjourne notamment les weekend.
Le Président Trump réside désormais à la Maison Blanche à Washington. Il y a toujours une présence policière aux alentours mais plus de contrôle à l’entrée de la Trump Tower.
Assis au bar du restaurant le « Trump Grill » — où trône un tableau du charismatique père de Donald, Fred Trump — je décide de tester le fameux menu « Prix fixe » à 47 dollars. En entrée, c’est salade César ou soupe du jour.
À ma gauche, au bout du comptoir, Jeff, habillé d’un jean Levi’s et d’un pull rose, double chaîne, dont une avec une croix bien pendante, au look typique étasunien. L’homme a un certain flegme, dont l’intonation de voix charismatique, qui rappellerait un personnage tout droit sorti d’une de ces sitcoms US des années 90. Il semble bien connaître la maison et s’entretient régulièrement avec Luca, la directrice du restaurant.
Arrive une dame avec son bonnet sur la tête, qui s’installe à ses côtés. Elle commande une coupe de Champagne, lui a déjà sa pinte de bière. Ils se regardent, se sourient et ont l’air de se connaître puis commencent à échanger des banalités sur leur début de journée quand soudain, la femme retire son bonnet et enlève son manteau : « enchanté, je suis Lisa, je suis de Californie – Pareillement, Jeff, je suis de Pennsylvanie »
Serait-ce un début de « date » après avoir déjà conversé en ligne ou une conversation codée ? Je tends l’oreille, tout en finissant la soupe minestrone.
Arrive un jeune homme qui demande s’il peut s’asseoir aux côtés de Lisa. Il commande un « Burger Trump » et un Coca-Cola, puis se joint naturellement à leur conversation, comme s’il était un ami de longue date. Le « Burger Trump » est un burger signature dont la sauce est « spéciale » au « fromage américain ». Pas impressionnant du tout. Le garçon plie son déjeuner, paye et s’en va aussitôt.
Il me reste encore trois alternatives : le « black bean burger », version végétarienne avec sauce Chipotle, fromage américain, avocat et pickles d’oignons. Non, merci ! Le « Cajun chicken sandwich », fromage au poivre, bacon, mayonnaise chipotle et avocat. Bof…
Enfin, le « Prime NY Strip steak », une belle pièce de bœuf recouvert de sauce au poivre, saupoudré de persil et accompagné de frites maison. « C’est le plat préféré de Donald Trump » recommande Luca. Pour ce plat, comptez un supplément de 20 $.
Vient la question cruciale de la cuisson : « rare, s’il vous plaît – Saignant ? – Tout à fait ! » lancé-je impressionné
Pendant ce temps, nos deux amis échangeaient sur leurs vies respectives : « j’étais marié, divorcé, contrairement à mes frères et sœurs, je n’ai fait aucune étude mais j’ai toujours su me débrouiller. Et j’ai pris ma retraite anticipée quand j’ai vu que tout le monde autour de moi disparaissait. C’est à ce moment que j’ai pris conscience qu’il était temps de vivre » confesse Jeff à Lisa qui boit ses paroles…
Arrive le fameux plat préféré du Président Trump. Un verre de vin est offert dans le « prix fixe menu », j’opte pour le verre de Showdown, un vin rouge Cabernet sauvignon de Californie. Un étonnant rouge, à la robe puissante, parfaitement construit, qui inspire le soleil à chaque gorgée, laissant de douces notes sucrées en bouche.
Le fondant du « Prime NY Strip Steak », dont la cuisson parfaitement maîtrisée, sa sauce au poivre mêlée à son jus qui donne encore plus de saveur aux frites, faites maison, ponctué de ce surprenant vin californien m’ont plongé dans un moment hors du temps où je savoure chaque bouchée.
« Ce jeune homme a l’air de se régaler » commente Lisa, qui poursuit dans le récit en détail de son curriculum vitæ avec Jeff, tout en m’observant.
« Cette viande me donne l’envie d’en prendre une bouchée, vous me la recommandez ? Relance-t-elle – Absolument, tout est délicieux ! Habituellement, je n’aime pas les frites mais là je me suis délecté de leur fraîcheur et de leur croustillant. – Ça se voit, je vous observe depuis tout à l’heure et nous autres américains nous mangeons trop vite. Je n’ai jamais vu quelqu’un manger avec autant de raffinement et prendre autant son temps. Ça doit être le côté français. Et de poursuivre, enchanté, moi c’est Lisa et voici Jeff, nous venons de nous rencontrer à l’instant. – Votre proximité, vos regards dégagent une harmonie qui laisse à croire que vous vous connaissez depuis de nombreuses années. – Et pourtant… je viens tout juste de le rencontrer : je me suis approchée pour prendre un verre avec ce monsieur, car il m’intriguait. Vous pensez qu’on va finir ensemble ? – Je perçois une complicité qui vous conduira vers une grande amitié, qui mènera naturellement aux grandes amours.
Lisa semble ravie de connaître ma perception, Jeff en rougit et se rapprochant d’elle : « c’est vrai qu’on s’entend bien alors qu’on vient seulement de se rencontrer », lance-t-il tout émoustillé. Ils se regardent et s’embrassent aussitôt. Le spectacle amoureux est aussi beau que spontané.
Le chef a été généreux, j’ai eu deux boules de glace au café. Servies dans ce pot en carton « Trump sweets », je me saisis de la cuillère en plastique et prends une bouchée. Lisa ne perd pas le Nord : « je vais vous commander un steak, comme celui du jeune homme qui me donne envie » annonce-t-elle à Luca. – Il est quinze heures Madame, les cuisines sont fermées. »
Jeff lui propose d’aller manger dans un restaurant qu’il connaît dans le quartier, ce qu’elle accepte. Il paye, elle refuse, elle veut payer, il insiste, elle hausse le ton : « Jeff, stop it ! »
Elle demande à la maîtresse des lieux le livre d’or de Trump puis s’éloigne pour y écrire un mystérieux message.
Elle revient et prend Jeff par le bras : « allons-y ! – Qu’as-tu écrit dans le livre d’or ? – Un message personnellement adressé à Donald Trump. M. Trump lit personnellement tous les messages qui y sont inscrits » précise Luca qui referme soigneusement le livre et le range aussitôt.
Eu regard du grand sourire dessiné sur le visage de Luca, on pourrait très probablement penser que Lisa a pris le soin d’informer le Président Trump qu’il devrait adapter les horaires de son restaurant au rythme New-Yorkais.
Pendant mes RTT où j’étais en PLS à DL des PDF à cause de mes RDV, je dois RSVP au SMS ASAP pour aller aux JO. Je sors la CB pour prendre un billet SNCF D’abord TER puis TGV puis RATP.
Assis en POV devant une MILF qui vit aux US à LA, ancienne DAF pour les GAFAM, elle se prend pour SAS. Elle m’assure que les IA vont MAGA. Après avoir demandé mon ASV OKLM, elle s’écrie SOS lorsque je lui réponds que je n’ai pas SC mais juste IG ou FB, STV.
Elle insiste :
– CDI ? – RAS – LOA, LLD ? – RAF – PEL, ISF ? – JPP, vous êtes du FBI ? – NTM, je suis pas ta BFF, MDR. – OK, LOL.
Elle m’a mis KO, j’ai cru que j’étais en GAV SMLP.
Paris, Arena Sud, au cœur du Hall 1 du parc des expositions de la porte de Versailles, où a lieu, entre autres, le salon de l’agriculture, se déroule un match de volley-ball qui oppose la France aux États-Unis.
Pendant la rencontre, les joueuses, les entraîneurs, y compris les équipes techniques et autres assistants de match, tirent des frigos des bouteilles de Powerade couleur bleu flashy.
Une ou deux gorgées et hop la pseudo gourde est aussitôt jetée ou posée nonchalamment aux côtés d’une dizaine d’autres. La boisson de Coca-Cola dont le Nutriscore est estampillé « D », évoque des souvenirs d’adolescence d’une limonade au citron fade et édulcorée.
À qui est cette bouteille ? Celle-ci a été à peine entamée, celle-là est à moitié, cette autre complètement déformée… la collection de trophées en plastique commence à grandir, tout comme l’envie d’en boire une, malgré son goût qui laisse à désirer.
Allez les bleues
Les périodes de jeu s’enchaînent. Les françaises sont tout de rouge vêtues pourtant la foule crie : « Allez les bleues ! ». Ce qui n’arrange rien à ma soudaine soif. En effet, je scrute encore et toujours les cadavres de bouteilles jouxtant les pleines. La publicité dépasse le stade subliminal, la soif n’est plus psychologique, vite il me faut une Powerade. À ce stade du match, les équipes marketing ont réussi leur coup et se hissent déjà en demi-finale des jeux olymfrics.
Fin du match, le temps de saluer les joueuses, j’aperçois une dame qui balaye toutes les bouteilles, sans distinction, y compris les pleines, du bras dans deux grosses poubelles.
Peinant à sortir le sac de la poubelle, je lui viens en aide en maintenant le collecteur au sol.
« merci Monsieur, lance-t-elle soulagée. – Je vous en prie. Je peux vous prendre une bouteille de Powerade s’il vous plaît ? – Ah non, c’est pas possible… – Même pas celle-ci, encore pleine ? – Non, on jette tout à la poubelle… – Et même celle-là ? – Non, si je vous en donne une, je vais devoir en donner à tout le monde. – C’est pas parce que je vous viens en aide pour tenir la poubelle que tout le monde va vous venir en aide. Vous me la donnez discrètement et ça passe incognito. »
Madame reste catégorique : « c’est non ».
Un agent de sécurité et un bénévole, témoins de la scène me glissent à l’oreille de tenter ma chance auprès d’une autre personne.
Apparaît à cet instant, un jeune homme tirant une valise glacière siglée Powerade : « Monsieur, s’il vous plaît ? – Oui, bonjour ? – Bonjour, puis-je vous demander une Powerade ? »
Il esquisse un petit sourire, hoche de la tête en guise d’approbation et se penche dans son petit frigo pour attraper une bouteille quand soudain, « Madame Non » apercevant la scène crie : «Nooon !!! Il ne faut pas lui en donner, non, non !!! ». Le jeune homme, éhonté et interdit, repose aussitôt la bouteille et affiche une moue désolée.
Une potion magique réservée aux sportifs olympiques
Je me dis qu’il faut respecter les règles du jeu du marketing et aller en acheter une dans les stands mitoyens. Un tour, deux tours, rien… Coca, Fanta, Sprite mais pas de Powerade. Je sors et me dirige vers un Franprix, un autre, rien non plus. Direction Carrefour, en rade également.
Ce n’est qu’aux Sables d’Olonne que j’aperçois au détour de rayons la fameuse boisson couleur bleue lessive. J’en saisis une et je lis sur l’étiquette qu’il est « recommandé de consommer cette boisson dans le cadre d’un effort musculaire intense ».
Cette épitaphe, comme un énième message pour me convaincre que cette Powerade ne me serait d’aucune aide.
Au premier abord, on pourrait penser que Matan Even incarne cette figure notoire que l’on connaît à travers la littérature médiévale, le bouffon du roi. Ce personnage dont la parole — à la tonalité pseudo prophétique — semble être déréglée ne relève aucunement de la folie mais de l’art de la performance théâtrale des plus contemporaines.
L’adolescent s’est notamment fait remarquer lors de la cérémonie de récompenses internationale de jeux vidéo, The Game Awards où il a réussi à s’incruster sur scène puis récupérer le micro pour y annoncer un message des plus absurdes « je voudrais dédier ce prix à mon rabbin orthodoxe réformé Bill Clinton » avant de se faire arrêter par la sécurité.
Depuis, celui que l’on surnomme le « Bill Clinton kid » a enchaîné les interviews jusqu’à se retrouver en direct sur le plateau de NeonSniperPanda, un des streamers les plus suivis sur la plateforme Twitch, entouré d’une brochette de créatrices de contenus pornographiques sur la plateforme Only Fans. Le jeune garçon d’apparence timide n’a pas sa langue dans sa poche et n’a pas hésité à livrer son opinion sur leur activité « maléfique » puis de s’exclamer : « je ne savais pas que j’allais être assis ici pour parler à un groupe d’analphabètes qui ne savent pas lire ».
Sophia Mina, une des invitées, lui coupe la parole : « tu n’as que 15 ans, qu’est-ce que tu connais ». Ce à quoi Matan Even a aussitôt répliqué : « Tu sais lire ? Nomme 10 livres ». L’influenceuse reste sans voix, il relance, « Ok, alors 3 livres ? », en vain !
« Name 10 books »
Une joute verbale où Matan, jeté dans la fosse aux lions, a quitté le costume de l’énième troll qu’on voulait lui faire porter pour embrasser une posture académique, avec le rôle de l’ado intello qui a tout d’un professeur.
Coup de théâtre grâce à une réplique cinglante devenue la marque de fabrique du jeune comédien qui en a profité pour lancer son émission sous forme de podcast vidéo : The Matan Show.
Ses premiers invités sont Lil Xan, Woah Vicky, Jamahal Hill, Nadia Amine, Sunny Suljic, Mikki Mase, Oneya D’Amelio, ASAP Twelvyy, 24kGoldn — jusqu’à Barry O’Neill, professeur à l’UCLA — des célébrités, certes peu connues en Europe, qui gravitent toutes dans l’univers Hollywoodien.
Dans un décor modique constitué de draps blancs, de chaises et tables pliables avec des micros mal positionnés le jeune animateur tente au cours d’un interrogatoire naïf de déstabiliser et de pousser ses invités, des personnalités plus ou moins célèbres et reconnus dans le monde de la culture Californienne, dans leurs retranchements, testant leur limites de façon habile.
Accompagné de son acolyte Mikol, qu’il présente comme son co animateur, garde du corps, un étrange personnage taciturne sorte de antihéros saugrenu qui s’intègre parfaitement dans le show.
Les nombreux silences où Matan Even donne l’impression d’être perdu dans ses notes, ses mimiques feignant la colère, où il fronce les sourcils comme s’il allait s’aliéner, son recoiffage frénétique ou lorsqu’il sort son téléphone portable de façon incongrue — lorsqu’il peine à masquer un rictus ou l’envie d’éclater de rire — créent une ambiance malaisante rappelant parfois les interviews de Raphaël Mezrahi.
« Tout le monde parle, personne n’écoute »
Argent, crypto-monnaie, sports de combat, religion, tatouages, sexualité, politique états-unienne, véganisme… celui qui prétend détenir « un Master de philosophie » a un avis sur tout et ne prend ni gants, ni pincettes avec ses invités.
« Pour qui penses-tu voter aux élections de 2024 ? », « combien gagnes-tu ? » lance-t-il éhonté a Lil Xan, avant de rajouter « le fisc nous regarde » puis de jouer au juste prix du salaire net annuel.
Ainsi, pendant une heure, le petit homme élégamment vêtu s’adonne à vau-l’eau à une logorrhée qu’il maîtrise magnifiquement et qui corrobore le slogan de son émission : « tout le monde parle, personne n’écoute ».
Derrière un amateurisme d’apparence se cache une mécanique bien orchestrée, à la théâtralité d’un match de catch, où professionnels et cascadeurs viennent s’affronter sur le ring et interpréter une nouvelle forme de commedia dell’arte pour étancher la soif et la quête de nouveauté d’un jeune public qui ne regarde plus la télévision.
Matan Even prétend avoir reçu des propositions de Netflix et Hulu, préfère rester aux manettes de sa petite entreprise marketing, loin de connaître la crise. En effet, le public est au rendez-vous hebdomadairement sur sa chaîne YouTube car il s’agit désormais d’un lieu de passage incontournable pour toute cette nouvelle génération qui brigue une étoile à Hollywood.
« Femme d’État », « le camp des travailleurs », « nous tous », pensons que « nos vies valent plus que leurs profits » alors « ensemble changeons d’avenir » car « un autre monde est possible ».
Ayons « le courage de faire »« choisir la liberté » et « faire face »« pour que la France reste la France » : « la France authentique », « la France des Jours heureux »
PUBLICITÉS — POLITIQUES — ET MESSAGES INDUITS NON CONTRACTUELS.
« Ça y est, c’est fini le BlackBerry ? » me disent mes sujets habitués du quartier quand je souhaite faire un nouveau portrait avec mon Nikon Z6.
Il faut avouer que le cheminement vers cet appareil photo de nouvelle génération n’a pas été simple. Passer d’un smartphone qui tient dans la poche à un boîtier avec un imposant objectif nécessite une préparation particulière.
Cela faisait quelque temps que j’observais chez mes confrères photographes un engouement pour les appareils photo hybrides. Mon premier réflexe a été aussitôt d’affirmer mon scepticisme emprunt d’un soupçon de snobisme vis-à-vis de cette nouvelle génération d’appareil photo sans miroir. Ce n’est qu’après en avoir discuté avec mon ami photographe Cunione, que j’ai décidé de me laisser tenter par le Nikon Z6.
Tout a réellement commencé avec le Nikon d780 qui a radicalement changé mon approche de la photographie. Celui-ci m’a permis d’explorer de nouveaux champs et de repenser autrement l’art de la photo.
« Ça y est, on se professionnalise » m’a lancé Laurent Dufour, photographe aguerri qui œuvre au sein du collectif Regards parisiens. En effet, j’ai été étonné, même sidéré lorsque j’ai pris en main le Nikon Z6 et que j’ai pointé son impressionnant objectif NIKKOR Z 50 mm f/ 1.2 S.
Bluffant même en faible luminosité
Ce qui change concrètement, c’est le confort d’utilisation. Petite taille et poids quasi similaire à un reflex, c’est un véritable atout de stabilité. Sa capacité d’ouverture permet notamment de capturer un sujet y compris dans des conditions de très faible luminosité, le résultat est tout simplement bluffant !
Au-delà des simples clichés, le Nikon Z6 s’illustre notoirement lorsqu’il s’agit de faire de la vidéo ultra haute définition en 4K. De plus, n’étant plus bridé par la mécanique, l’on peut monter à 1/8000 ce qui permet d’avoir des rafales plus importantes. Mais aussi, le Z6 est beaucoup plus réactif qu’un reflex au niveau de l’autofocus, il réagit avec une vitesse et une précision impressionnante et surtout il détecte les visages. Enfin, grâce à l’adaptateur FTZ le passage à l’hybride ne nécessite pas de changer toutes ses optiques.
L’utilisation de cet appareil a réveillé en moi une sensation particulière, une madeleine de Proust qui me pousse à être reporter-photographe depuis mon enfance. Encore plus bouleversante que celle où j’avais repris un appareil argentique !
« Le portrait façon New York Times »
L’expérience est différente pour moi et aussi pour mes sujets qui sont davantage intimidés de se faire photographier avec un vrai appareil photo qu’avec un téléphone portable. Ma relation avec mes sujets a-t-elle changé ? M’offrent-ils la même pose, sont-ils aussi naturels et authentiques que face à mon petit BlackBerry ? Ai-je encore besoin qu’ils me regardent ? Je sens que mon champ de vision s’élargit et je suis excité par les possibilités qui s’offrent à moi.
« Le portrait façon New York Times, c’est acquis !Grâce à cet appareil, tu commences à prendre d’autres photos très intéressantes impossible à faire avec ton BlackBerry. Tu captes de nouvelles images où la scène prend une autre dimension, où le sujet peut être capté sans regarder l’objectif dans un environnement plus riche. Tu peux regarder autrement et aussi te sentir plus libre sans attendre que des regards croisent ton objectif » analyse Véronique Naly, collectionneuse de photos.
C’est en discutant avec mon ami photographe Cunione qu’il me lança le défi de faire mes portraits avec un appareil photo numérique plus qualitatif et surtout de meilleure résolution que mon BlackBerry. Effectivement, il y a une autre approche dans l’exécution d’une photographie avec un reflex plutôt qu’un smartphone. C’est moins discret et la vision d’un objectif braqué sur soi entraîne plus facilement des réticences. L’exercice est plus difficile et bouscule mes habitudes mais j’accepte le challenge.
Alors je me suis naturellement orienté vers un appareil Nikon car leur univers m’a toujours été familier ; il m’est également arrivé d’utiliser régulièrement dans mes reportages un Nikon D70 puis un D700. Leur usage était par pur intérêt pragmatique. En effet, la photographie n’avait pas encore éveillé en moi d’élan poétique.
Histoire de me roder avec le tout nouveau D780 de Nikon, je retrouve des photographes chevronnés et passionnés que j’avais déjà suivis auparavant. L’occasion parfaite pour explorer Paris avec un nouveau regard, capturer la vie parisienne sous un autre angle avec ce tout nouveau boîtier Nikon.
Le Nikon D780 est capable de prendre jusqu’à 12 images par seconde en rafale et également de faire de la vidéo en 4K. Des performances qui nécessitent une carte mémoire puissante mais robuste. Ayant eu quelques mauvaises surprises auparavant, j’ai opté pour une carte SD de nouvelle génération, la Lexar SD 1066x SDXC, qui en plus d’être capable de capturer rapidement, permet d’afficher et parcourir des photos de très haute qualité sans ralentir ou peiner. Autre argument notoire : sa capacité de stockage 128 Go, allant même jusqu’à 512 Go. À l’image du boîtier qui est tropicalisé, la Lexar SD1066x résiste à l’eau, aux chocs, vibrations et rayons X. Un élément primordial pour conserver l’essence même du travail d’un photographe et travailler en toute sérénité.
Pérégrinations au cœur de Paris
Les samedis se suivent et ne se ressemblent pas. Pourtant, cela fait dix ans que les photographes du collectif Regards Parisiensse réunissent hebdomadairement et poursuivent la même routine : déambuler à travers la capitale pour capter ces regards et instants de vie du quotidien.
Même après la crise sanitaire de 2020, nos artistes parcourent toujours la ville lumière armés de leurs boîtiers photo mais avancent désormais masqués comme des bandits, à l’instar des passants qu’ils essaient tant bien que mal de capturer à travers des clichés.
« Museler la personnalité ou souligner le regard ? ». Au-delà de se limiter à une dualité grossière, cette problématique — relative au port du masque et son impact dans la perception de la photographie — constituerait à elle-même un remarquable sujet de thèse.
Le masque est, certes, un élément devenu trivial de notre quotidien. Toutefois, il ajoute une toute nouvelle contrainte dans l’exécution de l’œuvre photographique. Comme s’en lamente Daniel Girard, photographe amateur depuis 1970, qui regrette le temps où les passants n’avaient pas cette allure fantomatique.
« Cela déshumanise un peu les photos, reconnaît Emma Radenac, photographe au sein du collectif Regards Parisiens, qui affectionne les portraits de rue très serrés. On a du mal à photographier autre chose que des masques et des portables mais il faut saisir le masque car c’est un marqueur temporel qui a toute sa place dans nos photos. C’est le témoin d’une époque que nous traversons » philosophe-t-elle.
Le masque a cet atout paradoxal de souligner certaines expressions, notamment du regard. Parfois, ces yeux envoûtants peuvent disparaître aussitôt une fois le masque enlevé. « Même sibeaucoup d’émotions passent par les yeux, il manque le sourire. Elle se remémore, « avant, on avait le droit à des photos d’amoureux, de longs baisers langoureux ! Là, ça devient très rare » soupire Emma Radenac. Pourtant c’est si beau l’amour.
Pour Laurent Dufour, adepte de photo argentique avec son authentique Hasselblad 500 CM « cela ne change absolument pas leur regard ». Spécialiste de la photo de rue notamment à Paris, il dresse un portrait cinglant du parisien qui « n’est pas connu pour être sympathique en général. Peu souriant, souvent ronchon, râlant pour un oui ou pour un non ». Pourtant, ce jour de janvier, les flocons de neige qui ont recouvert Paris d’un joli manteau blanc, ont adouci le mauvais caractère du parisien qui se prêtait volontiers au jeu en tombant spontanément le masque, le temps du cliché.
Immersion dans les nouveaux quartiers de Paris
Le soir, couvre-feu oblige, la capitale se plonge dans un silence des plus angoissants rappelant des airs du premier confinement. C’est le moment idyllique pour arpenter les rues de Paris afin de capter les architectures et des perspectives et ainsi tester le Nikon D780 en basses lumières — exercice auquel je ne pouvais me prêter avec un téléphone.
Engouffrons-nous dans cette nouvelle rue dans le 17ème arrondissement au nom imprononçable et dont la prolongation mène au nouveau Tribunal de Paris. Un tout nouveau pan de quartier disgracieux, entièrement bétonné, une architecture au goût douteux, un horizon de tours d’immeubles aux façades végétalisées — ornées de plantes déjà fanées dont la plupart des feuilles sont tombées ou moisies.
Le lendemain, en repassant par ce quartier aux prémices de La Défense, j’aperçois un taxi New-Yorkais. Ce fameux yellow cab utilisé pour le tournage d’un film attire immédiatement mon œil. Une équipe empêche les accès aux voitures et piétons y compris à ce livreur à scooter qui insiste pour passer : « attendez, on est en train de tourner un film qui se passe à New-York, vous ne pouvez pas être dans le plan ».
Foison de constructions qui ont déjà mal vieilli, rappelant les modélisations 3D, où règne l’ambiance glauque d’un Resident Evil 3, orné de fausses façades en trompe l’œil comme dans Driver. Visiblement, au-delà de nous replonger dans ces jeux-vidéo sur la PlayStation d’antan, ce décor fantomatique a le mérite d’inspirer des réalisateurs et leur épargner un tournage outre-Atlantique.
La balade s’achève, j’envoie les premiers portraits à Cunione. Il jette un coup d’œil sur son portable rapidement et lance : « Elles sont très bien tes photos ! C’est lassant de voir tous ces masques. Déjà qu’on les voit dans la vie de tous les jours… » argumente-t-il. Outre le fait d’occulter toute une partie du visage et de lui rappeler a fortiori la crise sanitaire, cela ne l’empêche pas de percevoir le fameux « sourire parisien », son expression favorite pour parler du « parisien qui tire la tronche ». Après une inspection minutieuse et quelques observations, le verdict tombe dans la soirée : « oublie ton BlackBerry ! ».