Le rituel de l’Aston Martin

« Un monstre t’attend », me répond Étienne lorsque je lui annonce mon approche de la gare de Lyon. Pris dans une torpeur, je me souvenais de cette Porsche GT3 RS et j’essayais d’imaginer à quoi pouvait ressembler le deus ex machina qui pouvait m’attendre. Perdu dans mes pensées, je tombais nez-à-nez avec une créature aux allures chimériques. Une gueule béante aussi inquiétante que la figure de Nemesis dans Resident Evil. Une silhouette élancée qui fait ressurgir des réminiscences de créatures fantasmagoriques où s’entremêlent un félin qui se tapit, prêt à l’attaque et des lignes agressives qui lui forgent un corps de requin-tigre, le tout sculpté à la façon d’une batmobile.

« Fais pas semblant de ne pas me voir » soupire Étienne. Non pas que je ne reconnaisse plus personne quand je vois une Aston, mais difficile de ne pas être perturbé devant tant d’ostentation. En effet, cette divinité anglaise se prénomme DBS et porte la mention « ASTON MARTIN », c’est écrit ainsi sur son coffre.

Comme d’habitude, l’ouverture de la porte se fait en poussant délicatement la targette, pour ensuite la tirer vers soi. Entrer dans cette Aston Martin DBS c’est plus qu’un rituel, c’est une gestuelle synchronisée que seuls quelques connaisseurs maîtrisent : on pivote sur ses pieds afin d’y poser le séant en premier, puis l’on ramène les jambes naturellement, sans oublier bien évidemment le léger sourire et surtout, en dépit de l’assise ultra basse et la première chute quelque peu acrobatique, de garder l’allure flegmatique. Car, il ne faut pas l’oublier — ce n’est pas une surprise — en si bonne compagnie, on vous observe !

Démarrage canon et accélération catapulte, la simple balade se transforme en ballade avec un orchestre cylindrique en V12 de 725 chevaux. Un moteur 5,2l twin turbo qui vous mènera inévitablement à la prochaine station essence. Mais à ce prix-là, il vaut mieux oublier car quand on aime, on ne compte pas.

Le franchissement de dos d’ânes se fait en deux temps, d’abord les roues avant qui abordent le ralentisseur en biais puis l’on redresse aussitôt pour ramener l’arrière train. Un déhanché envoûtant qui a le don de ne pas laisser indifférent les passants, y compris les plus grands danseurs de l’Opéra Garnier.

Alors comme à l’habitude, nous mettons le cap sur l’obélisque qui règne en bas des Champs-Élysées où différents siècles de notre histoire se font écho. Au cœur de cette place de la Concorde, où règne le chaos du trafic et l’omniprésence des travaux, nous remarquons ces petits détails, sous le capot, qui rendent cette dame anglaise des plus raffinées comme ce bouchon d’huile couleur or ou cette plaque sur le moteur où est gravé le nom de l’ingénieur Paul O’Brien qui vient par sa signature attester la qualité du « fait à la main en Angleterre ».

Mathilde est venue de Bourgogne pour les vacances et pour l’instant, la seule attraction qui captive son attention ce sont ces étriers de frein rouge siglés Aston Martin. « Ah ! C’est pas très classe » me lance cette étudiante en mode, qui me voit peiner à sortir de la DBS Superleggera. Je l’invite donc à prendre place à bord et de tenter une sortie plus charismatique. En vain, l’étudiante avoue être  « déstabilisée » dans cet univers sulfureux, foisonnant de « boutons et commandes », où l’on est « assis plus bas que la porte »

Emma et Louise, sont Alsaciennes et ont subitement délaissé leurs trottinettes pour venir approcher ce cabriolet grisant. « Félin ou requin ? », à la question philosophique où je ne parvenais pas à m’accorder avec Étienne, elles ont tranché, ça sera « la tête d’un félin et le corps d’un requin ». Ne perdant pas le nord, les demoiselles s’installent à bord de la majestueuse et appairent aussitôt leur téléphone via Bluetooth pour se laisser bercer le temps d’un coup de cœur musical dans une parenthèse impromptue au son de Grace Vanderwaal –  Ur so beautiful.

Les deux places étant loin de se libérer, j’essaie tant bien que mal de m’installer à l’arrière dans un recoin avec des sièges trompe l’œil parfaits pour les enfants ou punir un ami…

La pluie s’invite soudainement. Or, nous sommes toujours en train de disserter sur la forme du museau dessinée par les nervures sur le capot en contraste avec ces branchies latérales et l’aileron arrière qui parachèveront la représentation d’un requin tigre. Et les filles recapotent incognito pour une immersion totale avec les enceintes Bang & Olufsen. 
Il est l’heure de repartir mais nos belles amies ne sont pas du même avis. « C’est difficile d’en sortir » se lamentent les demoiselles, nous faisant les yeux doux. Emma et Louise seraient-elles sujettes à une soudaine flemme aux allures de mauvaise volonté ou auraient-elles donc peur d’effectuer cette contorsion théâtrale afin de s’extirper du cabriolet ?  Probablement les deux… C’est sûrement ça le rite de l’Aston Martin !

Daniel Latif
Photos : Étienne Rovillé /DL /DR

El Profesor malgré lui

« Je pense qu’on te l’a déjà dit ? », « tu connais la Casa de Papel ? » ou « c’est fou parce que tu ressemble trop au Professeur », que ce soit au supermarché, dans la rue et même à l’étranger… A force d’entendre cette même ritournelle ou de déclencher l’hilarité des caissières, je suis allé voir à quoi ressemblait Alvaro Morte, l’acteur espagnol qui incarne le fameux « El Profesor » dans cette célèbre série Netflix connue sous le nom de Money Heist. Soit, mais je ne suis pas convaincu. « Tu dois le voir dans le contexte de la Casa de Papel » m’assure-t-on encore.

Alors que j’arpentais les allées de la porte de Versailles à l’occasion de la Paris Game Week, je croisais quelques Cosplayer, ces fans qui incarnent des personnages fantastiques, issus de comics ou autres jeux-vidéo qui ont marqué des générations. Il y a notamment Lara Croft du jeu Tomb Raider, Mario et Luigi du célèbre jeu de Super Nintendo ou encore l’agent des forces spéciales Bandit de Rainbow Six siege. Toutefois, ils restent assez minoritaires dans l’affluence de cette convention, car il s’agit ici principalement d’un rassemblement de jeunes « geek qui n’ont pas cette culture du déguisement, contrairement à la Japan Expo ou Paris Manga et Sci-Fi Show » analyse Adrien, venu spécialement de Rouen pour l’événement dans son costume de personnage de la confrérie d’Assasin’s Creed.

Culture du déguisement, certes, mais pas question de s’approvisionner dans les boutiques officielles de merchandising. Tous ces fans qui donnent vie à leurs personnages fantastiques ont poussé le détail des ressemblances en confectionnant eux-même leurs costumes. Tout est presque fait maison, à partir de tissus récupérés, cousus main comme ces protège tibias recouverts de simili cuir ou ces armes factices en carton ou bois poncé, dont certaines ont été mises en consigne par les vigiles, car trop réalistes.

Plus qu’un travail d’artisan minutieux, il s’agit également d’une performance d’acteur comme Allan, ce fan venu du Sud incarnant le soldat Link dans Zelda, qui interprète avec brio le chant du temps et des bois perdus à l’ocarina, une flûte en forme de tête d’oie. Une envoûtante mélodie qui attire les connaisseurs qui viennent spontanément faire une vidéo ou l’abordent pour un bon mot, un brin nostalgique de cette « belle période » rétro.

Toujours en pleine déambulation, j’aperçois les fameux malfaiteurs de la Casa de Papel. Vêtus d’une combinaison rouge arborant le masque de Dali, l’un d’eux se retourne et m’observe. Coïncidence ou non, il s’agit du moment idoine pour vérifier si la ressemblance avec le chef de la bande de voleurs est notoire. Je fais un signe de la main. Aussitôt, le personnage masqué accourt et m’embrasse : « El Profesor ! Où étiez-vous passé ? Vous nous avez manqué », je reste interdit devant autant d’émotion, « je suis Athènes » me lance naturellement Carole qui se cache derrière le masque. Arrive un deuxième braqueur qui lui aussi me prend dans ses bras : « moi c’est Huston, quel est le plan professeur ? ».

« Athènes et Huston » n’existent pas dans la série, mais ce couple est tellement fan qu’ils se sont créé leurs propres personnages. La scène est surréaliste. Un visiteur, iPhone en main, s’approche : « on peut faire une photo ? ». Et c’est ainsi que s’est improvisé, au cœur de la Paris Game Week, un retournement de situation improbable pour des personnages qui se retrouvent braqués devant les nombreux objectifs des aficionados de tous âges et différentes contrées venus poser comme otages aux côtés des protagonistes de la Casa de Papel et du Professeur, malgré lui. 

Une heure après, l’effervescence de la séance photo redescend. Je rejoins mes confrères Alexandre et Alexandra puis leur raconte mon improbable aventure. Tous deux me scrutent attentivement : « maintenant que tu le dis, ouais, il y a un air… ». Amusés et troublés par la ressemblance, ils s’enquièrent : « mais, tu leur as dit que ce n’était pas toi le Professeur ? ».

J’avoue, j’ai complètement oublié !

Daniel Latif
Photos : DL /DR
Illustration : Carole Sauret

La bohème nautique n’existe plus

C’est un beau et grand voilier qui vient de faire son approche sur le port de Kaş, au Sud de la Turquie. Alex effectue la manœuvre d’amarrage. Imperturbable, mais non moins nonchalant, sa barbe bien fournie lui forge ce caractère de presque vieux loup de mer tandis que son regard perçant pourrait faire de lui l’effigie de ce mannequin en poster dans la chambre d’une adolescente.

Tant de charisme qui fait déjà saliver ces trois sulfureuses polonaises dont l’attention ne se porte plus que sur le skipper :
« Vous venez d’où ? Lui demande l’une d’elles
— De Corse… » lance-t-il fièrement.
Les yeux des filles scintillent aussitôt. 
— Que faites-vous dans la vie ?
— Je suis navigateur et poète, termine-t-il légèrement agacé par la question.
— Ça doit être la belle vie de voguer à travers le globe au gré de vos envies ? »

Taciturne, il sourit et reste pensif…

Certes, changer tous les jours de cadre et rencontrer de nouvelles personne c’est le bon côté de la navigation. Peut-être « un des derniers aspect qui persiste encore aujourd’hui ». Même s’il est passionné de nautisme, Alex regrette cette période où existait encore la « belle aventure » que tout le monde fantasme encore, cette « bohème nautique », aujourd’hui,  n’existe plus.

En effet, autrefois « on arrivait avec un rafiot ou un bateau des plus minimaliste et on se posait comme un pirate dans un coin du port ». Aujourd’hui, prendre la mer cela reste une grande aventure mais « c’est devenu une vraie industrie où tout est question de fric ». Il enchaîne du tac au tac : « entre les délais d’attente pour le contrôle d’entrée dans chaque pays, qui varient entre 4 à 5 heures, puis les taxes ainsi que les frais de ports qui peuvent atteindre les 1 000 euros. Tout ceci, ajouté aux frais de carburant mais aussi d’équipements. Sur ce bateau de 4 millions d’euros, il y a 400 000 euros juste pour les voiles. De surcroît, le bateau doit s’équiper d’un système de navigation GPS, d’un téléphone satellite et de radios pour être assuré, « les assurances sont très regardantes car ça chiffre très vite si tu abîmes le quai ou le yacht d’un voisin » précise le jeune capitaine. 

À la question de « l’écologie dans tout cela ? », il soupire et lève les yeux au ciel. Entre les plastiques des bateaux qui ne sont pas recyclables, les solvants de construction, la peinture au cuivre que l’on met sur les coques pour éviter que les algues s’accrochent, les particules de peintures sur la coque et enfin les diesels des bateaux…  « On est loin de préserver notre planète », se lamente-t-il. 

Ce qui le désole le plus lorsqu’il vogue, c’est qu’« il ne se passe pas deux secondes sans croiser un sac plastique y compris les déchets organiques qui ne se biodégraderont jamais ».

Et la carte postale paradisiaque d’une étape pour se baigner nu dans une eau bleue turquoise est aussitôt balayée par ce cliché qu’il montre sur son téléphone avec ces vingt bateaux en Grèce qui ont jeté leurs eaux sales en pleine mer : « tu ne peux plus te baigner, il y a des boulettes de caca partout ! »

Rares sont les moments de navigation où l’on jouit au gré du vent, au gré des courants… Et pour cause, la navigation est loin d’être un long fleuve tranquille. Il se remémore les conditions difficiles, ces moments où l’eau était mouvementée, ces états de fatigue qui mènent aux moments d’hallucinations que Homère retranscrit parfaitement avec Ulysse dans L’Odysée.

Tous ces petits détails qui ont le don de rendre cette mer des plus amères.

Daniel Latif
Photos : Alexandre Merlet /DR

Design week Milan : la quête du renouveau de la créativité

« Qui a peur du design ? » le slogan de cette affiche publicitaire dans les rues de Milan, pourrait résonner comme un aveu d’orgueil, et pourtant… Ne leur parlez pas de « fashion week », de « design week » ou encore moins de « semaine de la gastronomie ». Toutes ces manifestations, ne changeront rien à la classe des Milanais.

Car la classe, on l’a ou on l’a pas… En l’occurrence, dans le chef-lieu de la Lombardie, il n’y a pas de débat. Pour s’en convaincre, il suffit de flâner le long de la galerie commerçante historique de prestige ; La Galleria Vittorio Emanuele II qui renferme sous un imposant dôme, une architecture de style néo-classique à tendance baroque du XIXème siècle, une multitude de magasins, restaurants rappelant la galerie du Louvre à Paris.

Le constat est frappant. Les Milanais sont aussi chic et clinquants que dans ces publicités Dolce & Gabbana. Ici, l’on ne court pas — encore moins quand on est en retard. L’on marche d’un pas sûr, posé et tranquille. Tels des figurants flegmatiques, mais non moins charismatiques, les passants vont et viennent sereinement. Le Milanais ne se prend pas au sérieux mais prend tout avec le cœur, pour ne pas dire … amour !

Avec, entre autres, une cathédrale à l’architecture emblématique. Un éclairage radieux qui fait ressortir le panachage ocre, brique et jaune moutarde. Enfin, la circulation y est étonnamment fluide et les arbres sont fleuris. La ville de Milan, semble sortie tout droit d’un film.

Autant d’arguments qui ont attiré les designers de chez Honda pour venir chercher l’inspiration dans ce haut-lieu historique et culturel. De ce séjour idyllique, est née la neuvième génération de la Honda Civic.

Et c’est en partie pour cette raison, mais également dans une volonté de confronter les idées pour trouver de nouvelles solutions pour parfaire une évolution, qui s’inscrirait dans le sens d’une émulation automobile, que Honda a décidé de participer pour la première fois à la célèbre Design week.

Exposant ainsi dans la rue Tortona son nouveau petit bijou : le Honda « e Prototype ». Sa couleur blanc mat perlé, harmonic white myst, qui reflète une lumière bleutée invite à la caresse. L’on y voit de nombreuses réminiscences de voitures iconiques mais non moins sportives telles qu’une 205 par exemple.

A l’intérieur c’est vraiment la voiture du futur. Une sensation confirmée par la présence d’un écran panoramique, c’est le règne du digital.
Tellement futuriste que les rétroviseurs ont disparu au profit d’appendices latéraux équipés de caméras qui diffusent en permanence sur des écrans l’image d’un rétroviseur.
Heureusement une belle et massive planche en bois vient contraster et faire office de planche de bord. Autre souci du détail : les ceintures de sécurité y sont customisées de couleur marron.

Un prototype qui fascine et plaît : « un panda futuriste, hyper mignon, rien de superflu et ils ont osé un logo qui s’éclaire » s’enthousiasme Pierlouis Clavel, étudiant aux Beaux-arts de Paris. Une initiative des plus coquettes qui ne risque pas de se concrétiser « notamment en Europe où ce logo illuminé sera interprété comme une publicité » regrette Ken Sahara, chef du design extérieur.
Pierlouis Clavel poursuit l’analyse de cette compacte du futur, notant cette petite « folie de la part du constructeur » qui y a inclus un bloc noir destiné à accueillir le câble de recharge sur le capot.

Pour l’intérieur de cette nouvelle Honda ePrototype, les designers japonais nous confient avoir séjourné en Scandinavie à la recherche des éléments qui permettent le bien-être à bord. Un condensé du célèbre concept de « hygge » pour apporter une harmonie notoire à l’intérieur de l’auto.

Modeste et humble, le constructeur japonais reconnaît son côté quelque peu trop rationnel et cherche ainsi avec cette première participation à la design week une opportunité de faire quelque chose de vraiment différent de ce qu’ils ont pu faire auparavant : « ajouter une atmosphère émotionnelle, mettre plus de rêve et d’émotion ». Ils peuvent dorénavant compter sur les italiens pour ajouter cette facette à leurs véhicules.

Daniel Latif

Des Regards Parisiens, loin du cliché

Le temps paraît figé ce samedi matin de mars 2018, sur l’île Saint-Louis. Un silence règne au café Saint-Régis. Il est bientôt 10 heures, mais les clients peinent à sortir de leur torpeur. « Ah ! Vous êtes avec les photographes ?! » s’exclame le garçon. En effet, avec leurs nombreux boîtiers et imposants objectifs, il est difficile de ne pas remarquer la table avec les sept photographes.

Il y a les traditionalistes, comme Laurent, du collectif « Regards Parisiens » et Grégoire, avec leurs mythiques appareils argentiques datant des années 70, le Hasselblad, qui installent soigneusement leur pellicule. Puis, les modernes, avec leurs appareils numériques, comme Sophie, venue de Belgique, qui fait le point sur les batteries de son Fuji X100T. Nicolas Cunione, venu de Cannes, a déjà commencé à faire des portraits dans le café. L’appareil photo Nikon D800 de Philippe occupe, quant à lui, presque toute la table avec son imposant téléobjectif Tamron 70-200.

PETITS, GRANDS OU MOYENS… IL Y EN A DE TOUTES LES TAILLES !

Derrière eux, se trouve Martin, un anglais aux lunettes de soleil multicolores, dont une aux verres kaléidoscopiques. Ce dernier, bienveillant et communicatif, attire l’attention des photographes qui sont en train d’effectuer les dernières vérifications. Aussitôt, Daniel s’incline et clic ! Il vient de le prendre en photo. Les autres compagnons analysent le cadre… « Attendez, je n’étais pas prêt, reprenez-moi en photo ! » lance Martin avec son accent british, les photographes ne se font pas prier et immortalisent l’homme anglais devant son petit déjeuner. La glace est brisée, le contact s’établit. Martin raconte sa vie de globe-trotteur qui collectionne les selfies avec les célébrités.

11h, la bande se dirige sous une pluie fine vers le quartier du Marais, puis progresse vers la place des Vosges. Armés de leur boîtier, le regard furtif, ces passionnés ont le geste et la dextérité de paparazzi, sans leur oppression, mais ils ont surtout le talent de photographe ; celui de saisir les parisiens dans leur vie quotidienne, des moments simples mais authentiques, comme par exemple ce monsieur, assis sur un banc, le nez dans la gazette.

Le pas est régulier, l’ambiance est conviviale, certains échangent sur leur dernière acquisition de matériel, d’autres prodiguent leurs conseils avisés sur le calcul du temps de pose lorsque l’on travaille en argentique. Quand soudain, devant le théâtre du Châtelet, ils aperçoivent un sujet idéal, ici un couple qui s’embrasse avec la fougue d’un baiser digne des films hollywoodiens. Subtilité de la scène, Mademoiselle, beaucoup plus petite que Monsieur, doit se dresser sur les talons afin d’atteindre les lèvres de son amoureux.

Quelques kilomètres plus loin, au jardin du Luxembourg, Cunione aperçoit une scène authentique derrière les courts de tennis. Un groupe observe leurs deux amis disputer une partie d’échecs avec la plus grande concentration. S’avançant subrepticement, il se penche en avant presque dans une posture contemplative avec son Canon 5D Mark II, puis tel un peintre, vient saisir cette scène surréaliste en Noir et Blanc qui a pourtant bien lieu en 2018.

LE SOURIRE PARISIEN : UNE PERSONNE QUI FAIT LA TRONCHE

« Lorsque nous apercevons une scène, le défi va être de la capturer avant qu’il ne soit trop tard. C’est d’ailleurs là toute la magie de la photo de rue, l’instantané. Certains parmi-nous sont redoutablement efficaces dans cette discipline, même avec un boitier argentique et sans auto-focus ! » analyse Cunione. En effet, il faut être rapide, car la scène, l’action peut changer en quelques secondes. Tout se fait au naturel, clic clac – et voilà, c’est dans la boîte !

Parmi toutes les photos qu’il a faites, ses préférées restent de loin celles qu’il appelle — le sourire parisien (imaginez une personne qui fait la tronche) et l’addiction au téléphone portable. « Les gens ne calculent plus rien autour d’eux. Ils sont dans leur bulle. Ne communiquent plus avec leurs voisinsce qui n’était déjà pas la spécialité des parisiens. C’est triste. » ironise-t-il.

Avec son appareil photo argentique, Grégoire n’a pas le droit à l’erreur. « J’aime l’argentique pour le côté rituel, explique-t-il. Il faut soigneusement insérer et enrouler la pellicule, refermer le boîtier et tourner la bobine jusqu’à ce que cela se bloque et affiche le numéro de la pose ». Nul n’est à l’abri d’une petite erreur de montage… comme ce fut le cas ce jour-là, pour Laurent qui, pour la première fois, a monté à l’envers un rouleau Cinestill 800T dans son Hasselblad. Un moment d’égarement sûrement, surtout après avoir déjà utilisé des centaines de péloche.

Il redouble de vigilance et assure la prise de vue. « La bouille de vieil appareil photo à l’ancienne » impressionne et intrigue ceux qu’il croise dans la rue, commente-t-il. Remarquable parmi les autres possesseurs d’Hasselblad par la sangle autour de laquelle est cousue une cravate, « une matière soyeuse plus confortable, lorsqu’il s’agit de porter l’appareil autour du cou ». Son apparence est à l’image de son appareil, authentique ! Les badauds et camarades restent figés pour observer l’artiste en action « CHLACK », le bruit beaucoup plus violent et sec qu’un appareil classique, vient confirmer que le cliché a été pris. Il relève la tête, la marche reprend.

La noblesse de l’argentique induit nécessairement à l’étape cruciale du développement des photos. Étonnamment, il reste encore quelques laboratoires qui pratiquent des prix raisonnables — environ 1 euro 10 centimes le prix de la photo. Avec plus d’un boîtier dans son sac, Laurent alterne volontiers entre numérique et argentique, car la photo noir et blanc d’antan apporte une vraie réflexion autour de la photographie : « il faut éviter de devenir des “serials shooter ”. Philosophe, il estime que les deux peuvent encore cohabiter, mais je l’espère, tout comme l’ordinateur n’a pas supplanté le livre papier, que le numérique ne va pas tuer définitivement l’argentique ».

Le fruit de ces pérégrinations s’expose, se retrouve sur leur site Internet puis encore, les meilleurs clichés sont publiés selon un thème du mois dans leur magazine « Regards Parisiens ». Qu’ils soient fuyants, enjoués, vides, mélancoliques ou encore préoccupés… le regard porté sur ces parisiens se veut spontané avec la vocation de capturer « le temps qui nous échappe à tous ».

Laurent reconnaît arriver à court d’idées pour trouver le titre des photos, alors il avoue avoir « décidé de mettre un nom imaginaire pour les personnages qu’il croisent dans la rue ». Une vision de Paris, certes, onirique mais loin des clichés

Daniel Latif
Photos : Cunione Photography

Collectif Regards Parisiens : https://www.regardsparisiens.fr/https://www.facebook.com/Regards.Parisiens/

“Bercy beaucoup pour la patinoire !”

Patinoire Bercy Sonja HenieAussi surprenant que cela puisse paraître, même si l’on n’a pas la culture canadienne du patinage tout au long de l’année, à l’approche de l’hiver, l’on peut remarquer un engouement pour le patin à glace.
À un tel point que les aficionados de ce sport de glisse n’ont pas pu attendre l’inauguration officielle de la patinoire de Bercy Sonja Henie, le samedi 15 novembre. En effet, la veille, les habitués n’ont pas pu résister à la proposition alléchante sur la page Facebook de la patinoire les invitant à participer à la grande répétition générale avant l’inauguration. Bercy Patinoire inauguration
Mais ce n’était rien comparé à l’effervescence du lendemain en présence de Catherine Baratti-Elbaz, le Maire du 12ème arrondissement, qui n’a pas hésité à chausser des patins pour aller couper le ruban d’inauguration et lancer officiellement la séance de patinage.

FÉERIE SUR GLACE À BERCY

Après huit mois de fermeture pour travaux de rénovation, nombreux étaient ceux qui avaient langui ce lieu car il s’agit de la seule vraie patinoire permanente dans Paris. Patiner est loin de devenir une activité démodée. Inconsciemment, cela rappelle l’enfance, les films américains et la période de Noël. Patinoire Bercy 2Pour certains, c’est un bon moyen de faire des rencontres et de se retrouver entre amis. “Ça nous avait beaucoup manqué” racontent Noélie, Amandine et Lucie, trois lycéennes qui n’hésitent pas à venir de Cachan depuis plusieurs années toutes les semaines : “C’est notre sortie de la semaine, il y a de la musique, une bonne ambiance et ça rassure nos parents de savoir qu’on est pas en boîte de nuit” racontent-elles. Pas n’importe quelle musique, car “on ne se contente pas d’enchaîner une playlist, il y a un vrai DJ qui fait l’animation” explique Julian Marcos, responsable de la patinoire. Et tout le monde danse, pas étonnant puisque l’on est à Bercy, temple des plus grands concerts en France. Au même moment, se déroule dans l’arena, la salle de spectacle mitoyenne, le concert de Kylie Minogue mais personne ne s’en rend compte en raison de l’isolation de la patinoire.

TOUTES LES GÉNÉRATIONS SUR UNE SEULE PATINOIRE

Sur la glace toutes les générations et tous les niveaux sont réunis. L’on côtoie des novices comme l’on peut y croiser de très bons patineurs comme Nicolas, un spécialiste de la vitesse, sensible à la taille mais aussi la qualité de la glace de Bercy qui offre « une meilleure accroche, permet d’aller plus vite et s’arrêter plus facilement ».
Dans le flot des habitués, il y a Jérémy qui se distingue avec ses patins de hockey qu’il a customisés et qui clignotent de toutes les couleurs. Ce comptable de 30 ans, est en quelques sortes le doyen de Bercy. Passionné de sports de glisse, il regrette que, dans l’imaginaire collectif, le patin à glace ne soit associé qu’à “l’image du patineur en tutu”.

flashmob bercy patinoire

Victime de son succès, à certaines heures, c’est à la queue leuleu que l’on progresse sur la glace. Une telle mobilisation ne relève pas du hasard, ni même en raison du prestigieux nom de Bercy mais bel et bien de Julian Marcos. Cet ancien grand joueur de Hockey sur glace veille au grain et au bon déroulement des séances. Des surfaçages réguliers sont organisés et les personnels sont bienveillants et une équipe assure foison d’animations.

CÔTÉ AMBIANCE, IL Y EN A !

Avec tout au long de la soirée des flashmob de dance sur glace, des freestylers qui, en dépit d’être chaussés de patin hockey, enchaînent des chorégraphies et des figures des plus artistiques. Parmi les patineurs, il y a Jerry, chef de piste, qui s’assure que tout le monde puisse patiner dans la bonne humeur. Pédagogue, il rappelle les règles élémentaires de conduite sur la glace au micro : “On ralentit et on pense aux autres patineurs”. Et tel un arbitre, il n’hésite pas à recadrer les éventuels casse-cous en leur distribuant des cartons jaunes. Ce dernier organise aussi “la minute de vitesse”, un moment où les plus chevronnés peuvent, juste après le surfaçage, s’élancer dans une course en comité restreint et en toute sécurité.

À la sortie, des jeunes dans l’euphorie, qui avaient probablement oublié de s’équiper chaudement pour aller patiner, lancent au personnel : “Ah ! c’était génial, on reviendra, Bercy beaucoup pour la patinoire !”.

Daniel Latif
Photo : © SAE POPB / Loll WILLEMS

Horaires et informations :
www.accorhotelsarena.com/fr/arena/la-patinoire/
Patinoire AccordHotels Arena

Cruiser en plastique ou bois ? Le skate dans tous ses états !

Skate cruiser plastiqueQuelle est cette planche que bon nombre de jeunes branchés trimbalent à travers les rues de Paris ? Dans les années 2000, l’on assistait au retour de la trottinette, mais c’était incommode à transporter une fois pliée et surtout cela reflète une image assez puérile. En 2007, les Vélib’ sont arrivés mais ces vélos trop lourds, impersonnels et la plupart du temps esquintés ont vite fait déchanter les plus grands cyclistes. Depuis l’été 2014, un surprenant moyen de locomotion a fait son retour : le skateboard. Cependant, celui-ci a cette curieuse particularité : il est en plastique ! Au grand dam de certains puristes.
De surcroît, ce dernier se trouve dépourvu de grip et arbore un panachage de couleur flashy. Équipé de quatre grosses roues, le “Cruiser”, autrement dit skateboard de petit format, voudrait nous faire croire à un nouveau concept : se déplacer en ville tout en faisant du sport ! Alors pourquoi un tel engouement envers une activité qui, autrefois, effrayait de nombreux profanes ?

LE SKATE, C’EST KITSCH !

Cruisers skateEn voilà une belle idée, mais les apparences sont trompeuses. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer attentivement leurs propriétaires skate à la main, pour s’apercevoir qu’il s’agit d’un accessoire de mode des plus kitsch. En effet, ce sont des hipsters, pour la plupart, souhaitant étoffer leur style, dont une grande majorité de filles qui débutent et qui ne savent pas en faire. Les plus honnêtes avoueront même n’avoir aucun équilibre.
Toutefois, les utilisateurs de Cruisers en plastique ne sont pas tous novices. En effet, Thomas, designer à Paris, fait du skate depuis l’âge de huit ans. Il y un an, ce passionné s’est « ouvert à tous les aspects de la discipline » et s’est initié au skate en plastique. Son Cruiser, c’est son moyen de locomotion pour aller travailler. « L’avantage, c’est qu’il est beaucoup plus durable qu’un skate en bois et que je peux l’utiliser même en cas de pluie » renchérit-il.
Lorsque l’on monte dessus, l’adhérence laisse à désirer car la chaussure dérape et, à moins d’être un enfant, la planche s’enfonce, ce qui crée une désagréable sensation pendant la glisse. Le skate en plastique s’avère concrètement un gadget beaucoup trop cher pour ce qu’il offre réellement.

PLASTIQUE OU BOIS ? DEUX MONDES À PART

skateboard

Puis, il y a les connaisseurs qui ne conçoivent pas le skate autrement qu’en bois. Ces riders ont la philosophie du skateboard mais ne sont pas nécessairement des adeptes de skate park. Effectivement, les Cruisers ne sont pas faits pour réaliser des figures. Ils l’utilisent comme moyen de transport et se jouent du trafic chaotique parisien, rattrapent les bus et profitent des aménagements de pistes cyclables protégés. Ses adeptes ont tous les âges, et les dimanches sur les quais en bord de Seine l’on peut croiser des parents qui se sont replongés dans leur passion d’ado, les plus aventuriers d’entre eux ont même tenté le longboard, pour accompagner leurs enfants en balade. Comme son nom l’indique, le longboard est un skate de grande taille fait pour les descentes et la glisse à haute vitesse, entre autres.

L’alliance du matériau noble en bois au confort de roulage offert par les grosses roues, qui gomment les imperfections de la route et atténuent les vibrations, crée une nouvelle sensation plus agréable lors de la glisse. Un des agréments auquel Thomas reste encore attaché. Ce dernier confie regretter les sensations du skate d’antan. C’est pourquoi, il réfléchit sérieusement à revenir sur un Cruiser en bois pour « retrouver la légerté et la maniabilité » du skate traditionnel.

LES SKATEURS PARTENT EN CRUISADE

Cruiser skateSimple effet de mode ou réelle alternative aux transports classiques ? Que la RATP se rassure, que les concessionnaires et les pétroliers s’apaisent… Le phénomène skate est loin d’être pandémique. La pluie et le mauvais temps sauront raisonner les quelques tentés de la glisse. Les longues distances sauront également les faire déchanter. Au-delà de cet insignifiant débat, les skateurs ont encore de beaux jours devant eux car nos élus n’ont pas encore pris le temps d’une réflexion concernant la réglementation de la pratique du skateboard qui, d’ores et déjà, considérée comme problématique en matière de déplacement urbain. Et fort heureusement, car dans le cas échéant, le gouvernement se verrait obligé de se pencher sur ce dossier et mettre à contribution ces poids plumes, d’une façon ou d’une autre, en leur administrant ce que les poids lourds n’ont pas voulu entendre…

Daniel Latif