À la Tour d’Argent, Lestang 1573 joue les grands accords

Il y avait quelque chose d’évident à présenter Lestang 1573 à la Tour d’Argent. D’abord parce que le lieu impose toujours autant : quai de la Tournelle, face à Notre-Dame, cette maison étoilée Michelin appartient à l’histoire gastronomique française, avec sa vue spectaculaire sur la Seine et son fameux canard au sang. Ensuite parce que le clin d’œil chronologique amuse : 1573 pour Lestang, 1582 pour la Tour d’Argent. Le domaine de Sancerre est donc plus ancien que le restaurant. Neuf ans d’écart, à cette échelle, ne changent pas le monde, mais donnent à la rencontre un charme particulier.

Le déjeuner se tenait dans les Appartements Augusta, au cinquième étage, avec Paris déployé à perte de vue. La Seine imposait sa présence, dans des variations de lumière magnifiques sur les pierres grises de la ville. Après ses récents travaux, la Tour d’Argent a retrouvé une élégance intérieure très juste, entre héritage et modernité. Le lieu prolonge aussi l’expérience au-delà du repas, avec un appartement privé ouvert sur Paris et tout un art du séjour pensé dans le détail, du dîner à la Tour d’Argent au petit déjeuner suspendu au-dessus de la ville, en passant par des expériences autour de la sommellerie et de la dégustation.

Avant les vins de Lestang, le déjeuner a commencé avec le champagne de la Tour d’Argent. Puis sont arrivées les deux cuvées 2023 du domaine : Sancerre Tradition et Sancerre L’Illustre Voyageur. Côté cuisine, le Chef Yannick Franques, Meilleur Ouvrier de France 2004, a imaginé un menu sans fioritures, d’une grande clarté, où chaque plat semblait déjà tendre la main au vin : mystère de l’œuf, chapelure de brioche toastée, velours de céleri au beurre noisette et copeaux de truffes ; saint-pierre meunière, chou pointu, morilles au lard de Colonnata et jus d’arêtes aux trois citrons ; Caneton Diane de Poitiers en croûte de noisette, Reinette, céleri-rave à l’hibiscus et jus court ; puis Mangue de Gorée, meringue givrée au poivre de Timut, sorbet goyave et nuage de coco.

Au fil du repas, Rémy Graillot, directeur de Lestang 1573, raconte son domaine avec passion. Chez lui, le vin n’est pas seulement affaire de goût : « À Lestang, le vin est un voyage », résume-t-il. Le mot renvoie d’abord à l’histoire d’un lieu marqué par Jean-Guillaume Hyde de Neuville, ministre de la Marine, ambassadeur de France sous Louis XVIII, proche de Chateaubriand et devenu propriétaire de Lestang par son épouse. La cuvée prestige, L’Illustre Voyageur, fait précisément référence à Chateaubriand, surnom que lui donnait son ami.

Mais ce voyage passe aussi par le terroir et par une certaine idée de la nature. Rémy Graillot insiste : « On ne fait pas d’assemblage » et parle d’« un vin qui respecte la nature, un vin naturel, dans le respect humain ». Sur près de 50 hectares, Lestang abrite un parc vivant, nourri par des sources naturelles et un étang, entouré d’arbres fruitiers, de noyers, de ruches et d’une faune préservée. Aucun traitement chimique, des arbres replantés chaque année, des moutons l’hiver pour entretenir naturellement le parc : le domaine revendique l’esprit d’un « îlot de biodiversité ».

Dans le verre, cette approche donne des vins qui cherchent moins à imposer un style qu’à laisser chaque millésime trouver son équilibre. La cuvée Tradition 2023 ouvre cette lecture avec netteté. Sa bouteille incarne déjà une identité soignée : verre allégé, logo transparent, armoiries stylisées. Mais le vin, lui, parle encore plus. Célestin Bizet, chef de culture et maître de chai, y relève des notes herbacées précises. Rémy Graillot évoque un sauvignon parfois « bourguinisant », « très bien travaillé et très élégant, avec des notes d’agrumes ».

Ce Tradition 2023 n’est pas un sauvignon démonstratif. Il possède fraîcheur, tension et franchise, sans céder à la facilité du simple éclat variétal. Bérénice Klein, ingénieur agronome et fondatrice du Média Vin, y retrouve des arômes primaires végétaux, un côté herbacé typique, des notes d’agrumes gourmandes, ainsi qu’un élevage délicat, avec peu de bois, qui apporte des nuances briochées et pâtissières.

À table, le vin a montré toute sa précision. Sur l’œuf, il équilibrait la gourmandise du céleri au beurre noisette, la brioche toastée et la truffe. Sur le saint-pierre, il tenait le jus aux trois citrons tout en accompagnant le gras de la meunière, les morilles et le lard de Colonnata. On comprend alors ce que Rémy Graillot cherche à construire : un sauvignon élégant, travaillé, droit, mais jamais raide.

Avec L’Illustre Voyageur 2023, le ton change sans rupture. Produite à seulement 2 200 bouteilles, la cuvée prestige affiche un profil plus rond, plus gras, plus ample. Sa présentation accompagne le propos : bouteille sombre de forme bourguignonne, bouchon de cire, bouteilles cirées à la main et numérotées. Les étiquettes, dessinées par l’artiste américain Michael McGregor, prolongent le récit du château Renaissance et de l’histoire du domaine.

Dans le verre, L’Illustre Voyageur se montre plus charpenté, plus enveloppant que Tradition, mais toujours équilibré. Sur le Caneton Diane de Poitiers, il tenait le plat sans faiblir, épousant la noisette, le jus court, la fraîcheur de Reinette et le céleri-rave à l’hibiscus. Il affirme ainsi son ambition : être un vin de table au sens noble, capable de dialoguer avec une cuisine de haut niveau.

Autour des vins, Rémy Graillot a aussi évoqué ce qu’il veut faire de Lestang au-delà de la bouteille. Le domaine accueille des résidences d’artistes, et lui-même imagine un livre « disruptif, léger et aéré », accompagné de dessins et de poèmes. « J’adore les mots, la langue française, la poétique », confie-t-il. Chez lui, le vin dialogue avec l’art, la littérature et l’histoire.

Cette histoire passe également par Anne-Marguerite de Neuville, que la New-York Historical Society présente comme une figure centrale, parmi les premières figures féminines de l’art américain. Une nouvelle exposition autour de Marguerite de Neuville prolonge cette mémoire. Lestang 1573 ne raconte donc pas seulement un domaine viticole, mais aussi une circulation d’idées, de personnes, d’influences et de récits.

Cette ouverture se retrouve dans le développement commercial du domaine. Rémy Graillot cite Copenhague comme premier relais important à l’international. Lestang 1573 est présent en Australie, tandis qu’un intérêt se confirme aux États-Unis, avec des discussions à Miami et sur la côte ouest. Une consœur spécialiste du vin rappelait d’ailleurs qu’outre-Atlantique, un public croissant recherche aujourd’hui les vins de Loire pour leur personnalité et leur accessibilité face à certains Bourgognes. Dans le cas de Lestang, cette lecture a du sens : ce sont des vins précis, élégants, pensés pour la gastronomie.

C’est sans doute ce qui ressort le plus clairement de ce déjeuner à la Tour d’Argent. Les deux cuvées 2023 n’ont rien d’ostentatoire : Tradition par sa finesse, sa tension et ses notes d’agrumes ; L’Illustre Voyageur par sa rondeur, son gras et sa capacité à accompagner des plats plus charpentés. Deux expressions d’un même esprit, portées par une vision qui mêle terroir, histoire, art et élégance.

Dans un lieu comme la Tour d’Argent, tout cela prenait naturellement du relief. Entre la Seine, l’histoire de la maison, la cuisine du Chef M.O.F Yannick Franques et la passion de Rémy Graillot, le déjeuner a suscité chez les convives une émotion extraordinaire. Si Chateaubriand était encore en vie, il aurait sans doute prolongé le déjeuner face à la Seine, un verre de L’Illustre Voyageur à la main.

Où trouver les vins de Lestang 1573

Les vins de Lestang 1573 sont disponibles chez Lenôtre, au Drugstore des Champs-Élysées, ouvert 7 jours sur 7 jusqu’à 2 heures du matin, ainsi qu’en commande en ligne sur le site Lavinia.

La cuvée Tradition existe aussi en magnum, notamment pour le marché de Saint-Tropez.

Le domaine est distribué dans plusieurs maisons et tables haut de gamme, parmi lesquelles la Table de Bruno Verjus, Le Royal Monceau – Raffles Paris, l’Hôtel Peninsula, au Cheval Blanc Paris, ainsi que chez Yannick Alléno, qui le sert même au verre.

Daniel Latif
Photos : DL / DR

Au Joséphine, le meilleur siège se trouve au comptoir

Au Joséphine, le bar du palace Mandarin Oriental Lutetia Paris, le meilleur siège n’est pas celui que l’on croit. En effet, mieux vaut s’installer au comptoir, face au marbre rétroéclairé, au plus près des gestes du barman. On se laisse alors émerveiller par le panachage coloré des flacons dont les reflets se répondent, puis surprendre par ces réminiscences qui rappellent ce speakeasy niché au cœur d’une grande gare new-yorkaise.

La carte des boissons vous plonge d’emblée dans l’esthétique d’un Paris nocturne, où résonne cette mélodie jazzy teintée de blues. Les dessins de Serge Clerc, qui l’illustrent, vous transportent dans une atmosphère de roman noir et donnent à l’ensemble des airs de bande dessinée en ligne claire, élégante et légèrement mystérieuse. Le choix des cocktails devient vite cornélien. On hésite entre les signatures, les classiques, les alcools rares, des arômes qu’on ne connaît pas encore.

Le Joséphine, Lutetia, Paris

Le décor, lui, dépayse aussitôt. Depuis la réouverture du Lutetia, les fresques originales ont été restaurées. Les anciennes moquettes rouges ont disparu, laissant réapparaître un trésor que le temps avait caché. L’hôtel, initialement construit pour les artisans du Bon Marché, conserve cette mémoire parisienne que l’on devine dans les détails.

Au Joséphine, le spectacle est dans les gestes précisément chorégraphiés : la mesure, la coupe, la feuille cueillie puis froissée, le liquide versé au bon rythme, jusqu’à la présentation finale. Rien n’est surjoué. Le bar pousse le soin du détail jusque dans le choix des ingrédients, avec une jardinière où poussent basilic, thym, romarin et sauge. « On fait pousser nos plantes aromatiques nous-mêmes et on les utilise pour les créations », raconte Flavio Pellegrino, barman du Joséphine. Une attention que l’on retrouve aussi dans l’huile de chlorophylle artisanale élaborée par Angelo Forte, le directeur du bar.

Originaire du sud de l’Italie, Flavio parle des cocktails comme on parlerait d’un plat de famille. « Ma mère vient de Naples, elle m’a transmis la cuisine, l’importance des arômes et la fraîcheur des ingrédients », confie-t-il. Cette attention se retrouve dans l’Ika Sour, l’une de ses créations structurée autour de la feuille d’oxalis, fleur de sureau, absinthe, vodka, saké, agave, verjus, puis un smash de feuilles. La recette pourrait sembler chargée, et pourtant, elle ne l’est pas. Le cocktail garde une ligne claire, presque limpide. L’absinthe ne domine pas, le végétal apporte de la fraîcheur, le saké prolonge la dégustation, le verjus donne cette tension qui réveille l’ensemble. C’est étonnant sans nécessairement chercher l’effet. Un surprenant mélange qui éveille cette sensation de jamais vu et surtout de jamais bu.

« On donne une petite partie de nous dans chaque cocktail », poursuit Flavio Pellegrino. Chaque serveur apporte sa nuance, son geste, sa sensibilité aux saveurs. De surcroît, les barmans restent ouverts aux compositions sur mesure, aux envies particulières, parfois très singulières, et aiment improviser, toujours avec le souci de respecter les accords.

La carte prolonge cette exigence avec le même souci du détail. Plus de 90 références de whisky, et la même attention portée à chaque produit. Rien n’est choisi au hasard : pas de limoncello, mais un acqua di cedro, plus rare et plus subtil.

En accompagnement, la carte propose quelques bouchées soignées à partager : California maki uramaki, homard au miso, avocat et sauce épicée, bao bun au homard, huîtres Gillardeau classiques ou huîtres au caviar.

Enfin, parmi les choix au verre, on retrouve le Taittinger extra brut Cuvée Lutetia, le Bollinger Special Cuvée, mais aussi des rouges de Bourgogne, notamment en Hautes-Côtes de Nuits.

À mesure que la soirée avance, les conversations s’estompent, les gestes derrière le comptoir retiennent le regard et le marbre renvoie une lumière douce. On aperçoit dehors, un Paris crépusculaire où les gyrophares des voitures de police viennent parfois accrocher l’œil à travers les vitres. À l’intérieur, la notion de temps semble avoir perdu toute importance. Il semble s’être arrêté au Lutetia. On se retourne, rien n’a bougé, rien n’a changé.

Dans ce décor, on regrette presque que le piano à demi-queue soit fermé. L’envie d’y jouer quelques notes, un stride discret, s’impose naturellement. Il ne manque alors que mon confrère Jean-Marc Leclerc pour tenter un quatre mains. Il faudra revenir, un jeudi, un vendredi ou un samedi pour les concerts au piano. En attendant, on reste encore un peu.

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Daniel Latif
Photos : DL /DR
Film : Jordan Rey

Le souffle du maquis dans un flacon

La Corse, c’est du contraste avant toute chose, avec ses routes où tout monte, tout descend et tout zigzague. Des agrumes des plaines à l’iode des criques, en passant par les herbes sauvages, tout y change, tout s’entremêle. Sur l’île, les parfums parlent presque autant que les paysages. Parmi les plantes les plus connues de l’île, comme la myrte, il y en a une qui surprend tout autant : la nepita.

Avec sa liqueur de Nepita, la Distillerie de Louis Napoléon Mattei en donne une expression particulièrement agréable. Née à Bastia au XIXe siècle, la maison s’est imposée au fil du temps parmi les grands noms insulaires des apéritifs et des liqueurs. Comme toutes les liqueurs de la distillerie, cette nouveauté suit la recette initiale du fondateur et prolonge un savoir-faire ancien.

La nepita appartient à la famille de la menthe, mais la liqueur évite justement tout ce que la menthe a souvent de trop appuyé. Au nez, on croit d’abord percevoir un jeu discret de plusieurs plantes. Puis la dégustation recentre tout, avec une menthe fine, légère et en toute retenue. On se prend alors à penser à la manière dont tant de produits ou de sirops industriels ont déformé ce goût-là en le poussant jusqu’à l’excès. Ici, on retrouve au contraire la subtilité de la plante et ce qu’elle a de plus vrai.

C’est aussi ce qui distingue L.N. Mattei. Là où beaucoup de liqueurs classiques reposent sur un seul ingrédient, celles de la maison sont conçues à partir d’un assemblage. Fruits, baies et plantes du maquis, récoltés localement, sont épluchés, mis en macération, puis distillés. Une technique qui permet de retrouver l’alchimie des recettes originelles et de magnifier les arômes. Dans cette Nepita, les notes végétales sont en outre soutenues par des extraits de cacao, qui apportent du relief et de la structure à l’ensemble.

Le flacon participe lui aussi au charme. L’étiquette évoque celles d’autrefois, avec son beau dessin botanique et son charme ancien. Le verre, avec ses motifs en relief, rappelle ces belles bouteilles qui attirent l’œil derrière un bar, celles qu’on remarque tout de suite parce qu’elles ont une allure, une illustration, une vérité.

À déguster avec un carré de chocolat, pour faire naître une saveur d’After Eight authentiquement corse.

Décidément, si vous n’allez pas en Corse, alors c’est la Corse qui vient à vous.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

La carte aux trésors des vins de France

Que ferait-on aujourd’hui sans GPS ? À l’heure où tout passe par le téléphone, la sortie d’une carte Michelin a presque quelque chose de réjouissant. Au-delà du simple plaisir nostalgique ou de la sensualité du papier retrouvée, cela reste l’outil le plus pragmatique pour chercher une route, embrasser une région, suivre un relief ou simplement préparer le voyage : la carte est souvent plus lisible qu’un écran.

Quand il s’agit de routes des vins, de villages, de bonnes adresses à dénicher et de paysages à parcourir, une carte de cette taille ouvre le regard. Elle donne envie de quitter l’itinéraire le plus rapide, de prendre son temps, de déambuler et a fortiori de se laisser surprendre.

C’est l’idée de cette nouvelle carte Michelin consacrée à l’œnotourisme, réalisée en collaboration avec Michelin Éditions et Vin de France. Cette première carte Michelin dédiée à cet univers recense 252 caves et maisons, ainsi que des offres de restauration et d’hébergement chez des vignerons.

Pour une sélection plus pléthorique, il y a bien sûr le célèbre Guide Michelin, mais pour s’orienter, suivre une route, longer un parcours, saisir un territoire, la carte garde ce vrai avantage. Elle permet de redécouvrir la topographie et la géographie. Surtout, elle sort du cadre fermé d’un GPS qui vous conduit d’un point A à un point B sans toujours laisser de place à ce qui pourrait surgir en chemin.

Et si l’on rangeait le GPS pour suivre la carte des vins ?

Ici, l’idée n’est pas seulement de rouler. C’est aussi de lire le vin autrement, avec une approche pédagogique et intuitive pour explorer la France viticole, comprendre l’originalité de la dénomination Vin de France, pensée comme un espace de liberté pour les producteurs, la diversité des profils de vins, la ronde des cépages et les bases des accords mets-vins.

L’objet lui-même séduit beaucoup. Avec son pliage en accordéon, cette carte rappelle les cartes historiques que l’on gardait dans la voiture, dans un sac à dos, ou que l’on dépliait sur une table avant de repartir. L’on y ajoutait des annotations, traçait des parcours, découvrait des patelins inconnus aux noms les plus farfelus. Parfois plus utile qu’un compagnon de route, elle reste un support concret, facile à emporter, à consulter, à partager et à transmettre.

C’est aussi une bonne raison de lâcher le téléphone. De sortir un peu du flot des informations, des alertes et des publicités. De renouer avec une manière plus libre de voyager, presque à l’ancienne, comme quand on était scouts et qu’on suivait une direction, un paysage, un nom de village, avec l’envie d’aller voir plus loin. Un esprit d’aventure qui rappelle les départs sans GPS, avec un goût d’exploration et d’imprévu.

La carte « Sur la route de Vin de France » s’adresse à ceux qui aiment la gastronomie et qui rêvent d’escapades gourmandes, de petites adresses sur la route, de maisons à découvrir au fil du périple ou d’endroits où passer la nuit selon les établissements. Que l’on parte en voiture, en van, en camping-car ou même à vélo, elle insuffle un nouvel élan et une autre manière de parcourir les régions viticoles : plus lente, plus curieuse et plus ouverte à la découverte.

Et dans cet imaginaire des routes, des vins et des haltes gourmandes, la Bourgogne garde une place à part. C’est l’une des régions qui viennent tout de suite à l’esprit quand on pense au lien entre paysages, gastronomie et culture du vin. Cette carte donne justement envie de reprendre la route dans cet esprit-là, à la recherche de nouvelles maisons, d’autres étapes et peut-être d’un nouveau trésor.

Daniel Latif
Photo : Jordan Rey
/DR

Dis-moi ce que tu bois, je te dirai qui tu es

« Vous prenez quoi ? »

La question est lancée à la table avec un léger désespoir, alors que tout le monde a déjà choisi. Toi, non. Tu scrutes la carte comme si elle allait soudain te révéler une option cachée, un passage secret, une boisson qui ne dirait rien de toi.

Au café, on ne choisit jamais une boisson innocemment.

Mais la carte n’est pas inspirante. Et pour cause : dans la majorité des cafés français, c’est toujours la même litanie. Coca-Cola, Sprite, Orangina, Schweppes, limonade. Les grands classiques. Ajoutez à ça la bière, le vin et le café. Le tout, sauf après 18 heures, parce que « désolé, on a nettoyé la machine ».

Choisir devient alors un exercice périlleux. Car quoi que tu prennes, tu seras jugé.

Un Coca ?
Quelle audace. Le choix par défaut, celui qu’on prend quand on n’a plus d’idées, ni d’énergie mentale.

– Un Schweppes ?
Yes, « What did you expect ?». Le message est clair, inutile de développer.

Une coupe de champagne ?
L’élégance, certes, mais prépare-toi aux regards et à la question rituelle : « Quelque chose à fêter ? »

Un Orangina ?
La boisson nostalgie. Toujours trop chère pour ses 25 cl et toujours un peu frustrante, comme l’enfance.

– Un chocolat chaud ?
Il ne manque plus que le cartable et les petits écoliers pour compléter le tableau.

– Un sirop ?
Toi, tu cherches les ennuis.

– Un cappuccino ?
On entend déjà le soupir du barman depuis le fond du bar.

– Un thé ?
Un Lipton ou un Comptoir Richard sans saveur, qui va surtout réussir l’exploit de chauffer ta carte bancaire plus que ton palais.

– Un café ?
Le quinzième de la journée. Mais comme tu ne savais pas quoi prendre…

– Une bière ?
Ici, pas d’artisanale. Juste de la bière de soif. Pour ne pas dire autre chose.

– Un verre de vin ?
Le fameux Pic Saint-Loup ouvert depuis deux jours, qu’on essaie de refourguer à toutes les sauces.

Un vin chaud ?
Malheureux. On ne fait pas ça — correctement — en France.

Un Spritz ?
Tu le prends par mimétisme. En réalité, tu n’aimes pas ça.

– Un mojito ?
Tu veux surtout croquer de la glace et te faire remarquer par le bruit de la paille.

– Un ginger beer ?
Original, mais tu vas devoir expliquer à toute la table qu’il n’y a pas d’alcool dedans. Personne ne te croira.

– Un Perrier ?
Ambiance. Heureusement qu’il y a la rondelle de citron pour mettre un peu de soleil dans Paris.

– Un Ricard ?
On entend déjà les cigales et les boules de pétanque claquer peuchère.


Un Ricqlès ?
Allons. Tu ne les fais vraiment pas. Le bar non plus, d’ailleurs, depuis le siècle dernier.

– Une Suze ?
Tu veux surtout vérifier que l’inventaire a été bien fait. Spoiler : oui, RAS.

Une Red Bull ?
« C’est pas bon pour la santé », « c’est dégueu » avec grimaces à la chaîne. Les mêmes personnes qui en ont vidé des litres à la vodka en soirée.

– Un jus en bouteille ?
Secoue-le bien et prépare un peu d’eau pour faire passer l’acidité.

Un jus pressé ?
Plus de pamplemousse, plus de citron, plus d’orange. En fait, le serveur a juste la flemme.

Un Jägermeister ?
Là, tu as lâché une bombe. Te voilà immédiatement catalogué.

Un kir ?
Bon choix… jusqu’au moment où la serveuse précise : fraise, myrtille ou framboise.

Alors tu finis par opter pour une Valse.
On avait compris que tu ne savais pas sur quel pied danser. Quoi qu’il en soit, prépare-toi à devoir expliquer ce que c’est.

À ta santé.

Daniel Latif
Photo : DL /DR

2026, inattendue, déjà savoureuse

Plusieurs plans m’avaient été proposés : une « masquerade party » — bof — ou une « dancing music party ». Non, merci.

Aucune envie d’un dîner guindé, encore moins de vivre l’impatience artificielle du passage à 2026. Juste celle de prendre le temps. Du bon temps. Sereinement. Il faut le reconnaître : pas de plans a souvent été le meilleur plan. Alors suivons cette philosophie et embrassons la Saint-Sylvestre dans ce qu’elle a de plus précieux : la spontanéité.

Le dîner de réveillon s’improvise ainsi, presque naturellement, chez Mikkeller Færgekroen, au cœur du plus ancien parc d’attractions du monde : le Tivoli. Aucune réservation, évidemment. Mais Clara — serveuse solaire et attentive — trouve une solution.

Me voilà installé face au lac des jardins du Tivoli, là où se déroule un spectacle d’illuminations d’inspiration féerique : lumière, son, laser, feu, fumée et eau s’unissent dans une chorégraphie inspirée de Casse-Noisette, portée par le fil d’or de la musique de Tchaïkovski.

Le hasard fait bien les choses. La rencontre d’un couple bourguignon, venu célébrer un anniversaire, se transforme en discussion chaleureuse, puis en tablée partagée. Le réveillon prend corps.

À table, la tradition danoise se raconte avec sincérité. Des plats classiques, préparés avec soin, à partir d’ingrédients locaux de grande qualité. Le menu de Noël met à l’honneur le pâté de foie maison, le filet de carrelet croustillant, le généreux schnitzel viennois ou encore la poitrine de porc lentement rôtie. La maison excelle aussi dans l’art du smørrebrød, ces sandwichs ouverts emblématiques, travaillés avec précision, saisonnalité et ce savoir-faire danois justement réputé.

Ce soir, je choisis un grand classique : le Stjerneskud, garni de crevettes et d’œufs de truite. Une explosion de fraîcheur, nette, élégante. Pour accompagner ce plat à la fois savoureux et familier, une stout export sélectionnée par le brasseur Mikkeller : ronde, profonde et réconfortante.

En dessert, le patrimoine gastronomique danois s’invite à nouveau avec un divin risalamande. Et pour conclure, un havtorn snaps : doux, subtilement parfumé à l’argousier, préparé maison. Servi jusqu’à ras bord, comme la tradition l’exige. Skål !

Le froid est mordant, mais ici, le bon sens règne encore. Lampes chauffantes à l’extérieur, chaleur de l’accueil, convivialité assumée : on profite de l’air frais sans renoncer au plaisir.

Direction ensuite l’atelier de Johan Bülow, le confiseur spécialiste des Lakrids, pour une note de réglisse tout en douceur. L’art délicat — presque audacieux — de rendre la réglisse universelle, déclinée en près de vingt parfums permanents, parfois plus selon les saisons : menthe givrée, caramel beurre salé, fraise amère… Une gourmandise maîtrisée.

Puis cap sur le Nimb. L’American Bar offre refuge et chaleur autour d’un gløgg, vin chaud traditionnel accompagné d’amandes et de gâteaux à la cannelle, faits maison bien évidemment.

Le cinq étoiles, à la stature de palace, s’active. Ici, tout est prêt pour offrir à ses hôtes un passage à la nouvelle année inoubliable. Les privilégiés s’apprêtent à rejoindre le rooftop, autour de la piscine, pour assister au feu d’artifice du Tivoli. La direction et le personnel sont aux petits soins ; le temps s’efface dans une parenthèse aussi magique qu’inattendue.

Si cette période devait avoir un parfum, ce serait celui d’Amouage, qui habille harmonieusement le Nimb. Une senteur délicate, présente jusque dans les savons et crèmes pour les mains — attention précieuse en cette saison où la peau est mise à rude épreuve.

À 23 heures, le Tivoli lance officiellement les festivités. Un feu d’artifice orchestré par une équipe de pyrotechniciens chevronnés, mondialement reconnus. Un spectacle éblouissant qui laisse petits et grands les yeux levés, et semble émouvoir jusqu’au ciel lui-même.

Une coupe de champagne Ruinart accompagné d’un kransekage — que je surnomme affectueusement le gâteau de la reine, tant il est associé aux mariages royaux et réceptions officielles — viennent sceller l’instant. Une douceur de pâte d’amande, en anneaux superposés, simple et symbolique.

Skål og godt nytår !

Que 2026 soit tout aussi savoureuse.

Daniel Latif
Photos : DL, Flemming Gernyx /DR

Journée internationale de la raclette au Drugstore Publicis Champs-Élysées

Les origines de la raclette remonteraient au Moyen Âge, en Suisse, dans le canton du Valais. À l’époque, les bergers valaisans faisaient chauffer leur fromage au feu de bois avant de le racler sur du pain ou des pommes de terre. Un geste simple, rustique, qui donnera son nom au plat.

Le fromage utilisé est aujourd’hui connu sous l’appellation Raclette du Valais AOP, un fromage à pâte mi-dure, traditionnellement fabriqué à partir de lait cru de vache.

En France, la raclette connaît un véritable essor à partir des années 70, avec l’arrivée des premiers appareils électriques permettant de faire fondre le fromage directement à table. La convivialité devient alors indissociable du plat.

Le 13 décembre, la raclette à l’honneur

Le 13 décembre, c’est la journée internationale de la raclette. À cette occasion, Seb a organisé le #ParisRacletteDay au Publicis Drugstore, sur les Champs-Élysées. Un lieu mythique, avec vue sur les Champs et sur l’Arc de Triomphe, qui se prête étonnamment bien à l’exercice. Avec les décorations et illuminations de Noël, la raclette s’y installe comme une évidence, entre effluves de fromage fondu et regard porté sur l’une des avenues les plus célèbres du monde.

La raclette, une affaire de convictions

Pour Clément Cavadore, grand amateur de raclette, il est temps de trancher le débat : « arrêtons de parler de saison de la raclette, car c’est toute l’année la saison ». Un avis partagé par Raimund Kunz, ancien ambassadeur et diplomate suisse, avec qui j’avais eu le plaisir de déguster une raclette un 1er août, au Swissôtel The Bosphorus d’Istanbul, par plus de 35 degrés. Preuve, s’il en fallait une, que la raclette n’a que faire du thermomètre.

Même tonalité chez Yann, chef et restaurateur français : « la raclette, on se pose trop de questions avant de la manger : “est-ce bien la saison ? fait-il assez froid ?” Et on culpabilise après, parce que c’est vrai, ce n’est pas le plat le plus léger. Mais au final, on devrait en manger toute l’année, et ça devrait être remboursé par la sécurité sociale ».

Fromages, variations et liberté

Le fromage à raclette est un fromage au lait cru, à pâte pressée, spécialement élaboré pour être chauffé. Pour l’événement, on retrouve notamment le fromage du Meilleur ouvrier de France, M. Janier. Mais la raclette se décline aujourd’hui pour tous les goûts : à la truffe, au poivre, aux grains de moutarde, au vin blanc, fumée, à l’ail.

La légende dit qu’une vraie raclette repose sur ce trio incontournable : fromage, charcuterie et pommes de terre. Mais les légumes sont toujours les bienvenus, et il serait dommage de s’en priver.

Il est également possible de revisiter la raclette avec du morbier, de la montagnette d’Aydius au Jurançon ou même du saint-nectaire, qui apporte un fondant et une onctuosité remarquables. Et surtout, ne pas oublier les essentiels : les cornichons, oignons et salade.

Une organisation collective

Cette performance a été rendue possible grâce aux bénévoles des Toques Françaises, dont la mission est de partager et valoriser la gastronomie française dans le monde. Grâce à leur mobilisation, un service continu a pu être assuré de 11h à 22h, pour un total de plus de 1 200 couverts.

La balade digestive de rigueur

Après le repas, quoi de mieux qu’une petite marche sur cette avenue mythique ? Les Champs-Élysées, l’Arc de Triomphe, la ville qui continue de vibrer. Il ne manque plus que la neige.

Vivement l’année prochaine !

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Daniel Latif
Photos : Jordan Rey, DL /DR

Les saveurs lyonnaises s’invitent au lounge Air France

Décidément, le lounge Air France du terminal 2F ne cesse de surprendre, notamment sur le terrain gastronomique. Après la présentation de la nouvelle carte signée en personne par le Chef François Adamski — un moment particulièrement remarqué — le salon poursuit sur sa lancée gourmande.

« À l’occasion de la sortie du Beaujolais nouveau, on a élaboré un menu pour la semaine », présente Rudy Faliex, Chef exécutif chez Servair. Une parenthèse événementielle articulée autour des grands classiques des bouchons lyonnais, équivalent régional de la brasserie parisienne.

Toute la semaine, en plus de l’offre chaude habituelle, les voyageurs peuvent ainsi savourer un saucisson brioché, nappé d’une sauce bourguignonne, ou encore une quenelle de brochet relevée d’une bisque de homard. Deux plats emblématiques, pensés pour conjuguer authenticité lyonnaise et élégance du service Air France.

Pour accompagner ces mets, une sélection pointue des vins servis à bord est proposée : un Château Ollieux Romanis, cuvée Prestige 2021, et un Condrieu de Paul Jaboulet, « un vin de connaisseur » glisse Rudy Faliex. De quoi transformer une simple halte en un véritable moment de dégustation.

Aux tables du lounge, l’enthousiasme se lit immédiatement. « C’est extraordinaire ! » s’exclame une passagère, ravie d’avoir « pour une fois un peu de temps, devant elle, pour manger ». Car ici, qu’il s’agisse du petit-déjeuner, du déjeuner ou du dîner, « c’est la première étape vers un embarquement » poursuit Rudy Faliex : un rituel où la gourmandise fait partie intégrante du voyage.

Et comme la curiosité est un doux défaut, impossible de repartir sans demander quelles seraient les prochaines surprises. Réponse du chef : à partir du 20 décembre, le salon se mettra à l’heure des fêtes avec des meringues et des sablés de Noël, ainsi qu’un gâteau au yaourt aux « épices de pain d’épices ».
Du 23 au 25 décembre, un menu foie gras–saumon fera son apparition, accompagné d’une eau aromatisée imaginée spécialement pour l’occasion, aux notes de banane, cannelle et pain d’épices.

Entre Beaujolais nouveau, spécialités lyonnaises et prémices gourmands des fêtes de Noël, le lounge du 2F confirme son statut de halte privilégiée pour les voyageurs en quête d’un embarquement… savoureux.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Le Chef Adamski s’invite au Lounge Air France

Il y a des moments, parfois, où le hasard s’invite au salon Air France du Terminal 2F. Entre deux vols, une surprise : le Chef François Adamski est là, en veste blanche à col tricolore et à l’œuvre. Une session de cuisine en direct, un rare instant de contact entre la restauration et les passagers — un moment de création culinaire à vue, presque intime.

C’est alors qu’on mesure que les plats servis ici ne sont pas de simples repas de transit, mais des assiettes pensées, travaillées, portées par une véritable équipe.

Aujourd’hui, Air France dévoile la nouvelle carte d’automne imaginée avec la signature culinaire de François Adamski, Chef corporate de Servair, Meilleur Ouvrier de France 2007 et Bocuse d’Or 2001.

Au menu du jour : pâtes radiatori à la crème de champignons, potirons sautés aux herbes. « C’est un plat de saison, j’aime bien ces pâtes, car la crème pénètre bien dans les radiatori, ça amène du moelleux et de la gourmandise », confie le Chef Adamski, un brin de passion dans la voix.

Et pour prolonger la dégustation, le Chef suggère un accord mets et vins : un Condrieu de chez Jaboulet 2019, Les Cassines de la Vallée du Rhône, un Château La Clape 2022, ou tout simplement, une coupe de champagne Pommery Brut Royal.

Deux autres plats chauds accompagnent ce ballet gourmand. Poulet sauce truffonade et mélange de légumes, « un plat réconfortant et gourmand, accompagné de différents légumes d’hiver pour la couleur et la saveur », précise le Chef. Et puis la fraîcheur de gnocchetti aux deux saumons et sauce citron-aneth, « un crémeux de saumon pour apporter de la gourmandise aux gnocchetti, eux-mêmes relevés par des zestes de citron et d’aneth. Un plat frais et gourmand rehaussé de saumon fumé ».

La file s’allonge devant le stand. « On essaie de reprendre en température et après je continue le service », sourit le Chef MOF, heureux de pouvoir échanger quelques instants avec ses convives.

Pendant ce temps, Olivier, sosie de Richard Gere, avoue qu’il se « resservirait volontiers une troisième rasade » s’il ne devait pas embarquer maintenant. Agréablement surpris par cette cuisine inattendue, il confie avoir « l’impression d’être un privilégié, avec le Chef qui vient vous rencontrer à votre table ».

Darya, voyageuse portugaise, partage le même enchantement : « la façon dont il vous sert, explique les ingrédients, ajoute le basilic…Ça nous fait sentir comme quelqu’un de spécial »

François Adamski, lui, savoure cette communion rare. À la tête du « plus grand restaurant du monde, nous préparons les plats des cabines Business et Première, pour toutes les destinations au départ d’Air France — courts, moyens et longs courriers ». 

Un chef des airs, habitué à concevoir des plats pour toutes sortes de voyages, y compris jusqu’aux navettes spatiales. Il a même eu l’honneur de cuisiner pour Thomas Pesquet, lors de sa mission de 2023 à bord de l’ISS. Au menu de l’espace il y avait un bœuf bourguignon et risotto de petit épeautre à la truffe.

Comme quoi, dans les airs, et même dans l’espace, il y a toujours moyen de bien manger.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Brasserie Saint Jean : quand Montmartre prend le goût de l’Aveyron

À l’angle de la rue des Abbesses, le Saint Jean s’affiche comme une brasserie parisienne au charme intemporel. Sa façade, typiquement parisienne, attire l’œil des passants avec ses grandes baies vitrées, son enseigne dorée, sa marquise et sa toile rayée habillée de végétaux. En terrasse, les chaises Gatti en rotin tressé et les tables rondes complètent l’esthétique « Belle Époque », élégamment remise au goût du jour. Ici, le détail compte : du poivrier Peugeot jusqu’au pot de moutarde, rien n’est laissé au hasard.

Quatre mois de renaissance

Après quatre mois de travaux, le Saint Jean renaît. À l’intérieur, une curiosité interpelle le visiteur : un panneau de la ville de Bozouls, petit bijou aveyronnais célèbre pour son canyon en fer à cheval surnommé le « Colorado aveyronnais ». Un clin d’œil cher à Arnaud, patron passionné et amoureux de cette terre, déjà à la tête du Nazir, institution montmartroise. Son ambition : faire du Saint Jean un lieu unique  où se rencontrent les classiques de la brasserie parisienne et les saveurs généreuses de l’Aveyron.

Une carte entre tradition et terroir

En apéritif, la spécialité c’est le Spritz à « la Montmartroise ». Le célèbre cocktail revisité et élaboré à partir d’une liqueur gourmande faite à partir du marc des vignes de Montmartre, situées à quelques encablures du Saint-Jean.

À table, l’expérience se vit dans la convivialité. On partage des croquettes d’aligot, des radis croquants au beurre et fleur de sel, ou encore les escargots de Bourgogne signés Maison Valentin.

Viennent ensuite les plats incontournables, comme le Croque Saint Jean au pain de campagne, le tartare de viande d’Aubrac hachée minute, accompagné de frites maison.

Mais le plat signature qu’il ne faut absolument pas manquer, c’est la saucisse aveyronnaise à l’aligot. Ce jour-là elle est servie avec le geste spectaculaire d’Arnaud, tirant le fil dans une gamelle de cuivre.

Le final sucré signé Gilles Marchal

Pour finir, le Saint Jean fait appel à l’un des maîtres de la pâtisserie : Gilles Marchal, ancien chef pâtissier du Plaza Athénée et du Bristol. Son baba au rhum et ses profiteroles au chocolat clôturent le repas avec élégance et gourmandise.

Un lieu vivant, festif et généreux

Tous les trimestres, le champion du monde d’aligot, Guillaume Roche, vient y donner une démonstration, tirant le fil jusqu’au ciel et faisant de cette spécialité un véritable spectacle.

Au 23, rue des Abbesses, le Saint Jean se veut plus qu’une brasserie : un lieu de vie où s’entremêlent l’authenticité parisienne, la générosité aveyronnaise et une convivialité festive qui donne envie d’y revenir à toute heure. Et quand résonne au dehors l’accordéon des rues de Montmartre, l’ambiance prend des accents de carte postale, entre tradition et poésie.

Lire l’article en anglais sur The Interior Review

Daniel Latif
Photo : DL /DR