Le souffle du maquis dans un flacon

La Corse, c’est du contraste avant toute chose, avec ses routes où tout monte, tout descend et tout zigzague. Des agrumes des plaines à l’iode des criques, en passant par les herbes sauvages, tout y change, tout s’entremêle. Sur l’île, les parfums parlent presque autant que les paysages. Parmi les plantes les plus connues de l’île, comme la myrte, il y en a une qui surprend tout autant : la nepita.

Avec sa liqueur de Nepita, la Distillerie de Louis Napoléon Mattei en donne une expression particulièrement agréable. Née à Bastia au XIXe siècle, la maison s’est imposée au fil du temps parmi les grands noms insulaires des apéritifs et des liqueurs. Comme toutes les liqueurs de la distillerie, cette nouveauté suit la recette initiale du fondateur et prolonge un savoir-faire ancien.

La nepita appartient à la famille de la menthe, mais la liqueur évite justement tout ce que la menthe a souvent de trop appuyé. Au nez, on croit d’abord percevoir un jeu discret de plusieurs plantes. Puis la dégustation recentre tout, avec une menthe fine, légère et en toute retenue. On se prend alors à penser à la manière dont tant de produits ou de sirops industriels ont déformé ce goût-là en le poussant jusqu’à l’excès. Ici, on retrouve au contraire la subtilité de la plante et ce qu’elle a de plus vrai.

C’est aussi ce qui distingue L.N. Mattei. Là où beaucoup de liqueurs classiques reposent sur un seul ingrédient, celles de la maison sont conçues à partir d’un assemblage. Fruits, baies et plantes du maquis, récoltés localement, sont épluchés, mis en macération, puis distillés. Une technique qui permet de retrouver l’alchimie des recettes originelles et de magnifier les arômes. Dans cette Nepita, les notes végétales sont en outre soutenues par des extraits de cacao, qui apportent du relief et de la structure à l’ensemble.

Le flacon participe lui aussi au charme. L’étiquette évoque celles d’autrefois, avec son beau dessin botanique et son charme ancien. Le verre, avec ses motifs en relief, rappelle ces belles bouteilles qui attirent l’œil derrière un bar, celles qu’on remarque tout de suite parce qu’elles ont une allure, une illustration, une vérité.

À déguster avec un carré de chocolat, pour faire naître une saveur d’After Eight authentiquement corse.

Décidément, si vous n’allez pas en Corse, alors c’est la Corse qui vient à vous.

Daniel Latif
Photos : DL /DR