À deux pas de la place Vendôme, l’une des plus belles de Paris et l’une des plus réputées pour ses joailliers, Hegid reçoit au 8, rue Volney, dans sa boutique parisienne. Un lieu très design, fidèle à l’esprit de la maison, où Pieter Ceizer expose actuellement ses peintures abstraites, visibles librement. C’est là que nous découvrons Good Times, une édition limitée de 30 exemplaires, pensée comme une montre de caractère, joyeuse et singulière.

« La montre est là pour nous rappeler que notre vie est ce qu’on en fait », résume Henrick Gauché, président de Hegid. Avec Good Times, la maison livre une montre automatique dont l’écoulement des aiguilles hypnotise presque aussitôt. La pièce repose sur la capsule Mirage Soleil, avec ce fond qui accroche la lumière et ce dessin de cadran à la fois fun, presque cartoonesque, et pourtant très chic. Autour du cadran, soixante traits rappellent les rayons du soleil. Chacun correspond à une graduation de minute ou de seconde, autant de repères naturels qui rendent la lecture particulièrement fluide. L’ensemble est animé par un mouvement automatique Hegid Specimen FE-01 et une construction étanche jusqu’à 100 mètres.

Le bracelet Virage prolonge cet esprit avec une référence très précise à l’automobile. Fabriqué en cuir véritable, son dessin s’inspire des baquets de la Lamborghini Miura, avec une présence visuelle forte, particulièrement en jaune. Au dos de la montre, on lit la gravure « Made in France », tandis qu’un drapeau français apparaît en surpiqûre sur l’ogive du bracelet. Ce soin du détail et cette élégance en disent long sur l’esprit Hegid.
L’univers de Pieter Ceizer n’a rien d’anecdotique dans cette collaboration. Artiste et typographe néerlandais, élevé à Amsterdam et installé à Paris, il joue avec les mots et les lettres depuis toujours. Ceizer est connu pour ses collaborations avec Uniqlo, Mizuno, Nike, Paris Saint-Germain, Evian, Heineken ou Coca-Cola. On l’a aussi vu dans les rues de New York à travers des fresques réalisées en collaboration avec Warner Bros.

Chez lui, les mots sont des impulsions, des élans, des signes qui viennent égayer la journée. C’est exactement l’esprit qu’incarne Good Times : « Do », « rad », « act », « hi », « sk8 », « sex » : la montre en compte 31 au total. « On a détourné le disque de quantième, la date, par des petits mots qui donnent une impulsion joyeuse pour la journée », explique Pieter Ceizer. Ici, les mots circulent comme autant de petites impulsions joyeuses. Même les chiffres des heures s’affranchissent des habitudes, tous placés dans un apparent désordre. « Le 8 est à la bonne place, par accident », s’amuse-t-il. Et sa façon de regarder cette montre dit sans doute l’essentiel : « Je la vois comme un bracelet, un accessoire de mode plus que comme un instrument du temps. »
Cette liberté créative va jusque dans les détails qu’on ne voit pas forcément au premier regard. Pieter Ceizer avait même imaginé pousser encore plus loin le dessin des aiguilles, en leur donnant l’allure d’un pinceau cassé en deux. L’idée n’a pas pu être menée jusque-là, mais elle raconte bien l’esprit du projet. Good Times n’est pas une montre figée. C’est un objet vif, spontané, traversé par un geste artistique très libre. Un dessin impulsif aussi, pensé pour Jérôme Coste, directeur artistique de Hegid, mais surtout ami de l’artiste, avec qui il concrétise tous ces bons souvenirs, ces fameux « good times ».

Chez Hegid, cette pièce raconte aussi une certaine idée du métier : « Nous sommes des artisans, pas des industriels », rappelle Henrick Gauché. D’où l’envie de travailler en petites séries, de soigner ces détails parfois infimes mais toujours réjouissants et, surtout, de fabriquer en France. Les mouvements et les carrures sont réalisés à Maîche, dans le Doubs, tandis que les bracelets sont fabriqués à Besançon. Une manière très concrète d’ancrer la montre dans un savoir-faire français et dans des territoires où l’horlogerie a encore un vrai sens.
L’idée de durée et de persistance est au cœur de la maison. Henrick Gauché parle d’« une capsule témoin du génie humain », conçue pour traverser les années. Grâce au système EVOL, la montre se démonte en quelques secondes, ce qui permet d’en changer le bracelet, la carrure ou la capsule au fil des envies. « C’est pour cela que nous l’avons voulue évolutive », souligne-t-il. Chez Hegid, les collections sont pensées pour s’inscrire dans la durée et permettre à la montre de se transformer au fil du temps. Elles se renouvellent, s’enrichissent et se complètent, de sorte que chaque pièce accompagne durablement celui ou celle qui la porte.

C’est aussi ce qui rend Good Times si attachante. Derrière son cadran libre, ses mots d’humeur et son allure très mode, elle reste une montre conçue pour résister, durer, se métamorphoser et a fortiori accompagner une vie. Quand on demande à Pieter Ceizer quel super pouvoir il aurait aimé lui donner, il répond simplement : « Le super pouvoir de remonter le temps. » Une très belle façon de parler d’une montre pensée pour garder, au poignet, quelque chose des bons souvenirs.
Lire l’article en anglais sur The Interior Review
Daniel Latif
Photos : DL /DR




















