Salon Air France CDG 2F : Souriez, vous avez été surclassé !

Il a bien changé le salon Air France du terminal 2F à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Fini le choix cornélien entre ces lounges de bas étage qui se trouvaient en bout de terminaux avec une répartition inégale, car tout le monde se dirige naturellement vers le plus près de sa porte d’embarquement. Désormais le nouveau lounge se situe au milieu, les flemmards seront servis.

Meilleure répartition, certes, sauf que tout le monde s’est agglutiné au rez-de-chaussée. Forcément, on se dirige vers l’étage en empruntant un vertigineux escalier dont les marches ont été disposées de telle sorte que si vous ne les enjambez pas deux par deux, l’on pensera que vous performez un menuet ou tout simplement que vous boitez. 

Le buffet du haut est quasi vide. Un passage en bas vous fait comprendre qu’il y a plus de choix ici. Il y a notamment ce chef qui vous sert des œufs brouillés, pas très appétissants. Alors vous vous rabattez sur ces pancakes arrosés de sirop d’érable. Vous remontez les manger à l’étage et comme ils étaient bons, vous redescendez vous resservir. 

Étonnant qu’il n’y en ait pas à l’étage, peut-être que ces crêpes québécoises avaient la flemme de prendre les escaliers ? Quoi qu’il en soit, eu égard, la quantité de calories que vous avez ingurgité, vous vous donnez bonne conscience avec le peu de marche sur vous venez d’effectuer. 

Le matin s’annonce calme et serein, avec ce magnifique lever du soleil qui s’offre sous devant yeux. Voilà de quoi se réjouir d’être venu aussi tôt. Quand soudain, vous percevez le bruit infernal d’un train en approche. Me serai-je trompé de destination, aurais-je confondu la gare du Nord et l’aéroport ? Que nenni, Monsieur et Madame sont en train de divertir bébé avec ces vidéos de tchoutchou, celles où des mordus de trains ont dû patienter quatre heures de bon matin pour voir défiler sur ce viaduc cette locomotive désormais classée au patrimoine ferroviaire. 

La grande nouveauté de salon 2F réside dans le fait qu’il y ait un espace de soin Clarins Traveller SPA, ouvert même le mercredi ! Dans cet espace zen, moins feutré que celui du terminal 2E, ce matin-là, c’est le sosie d’Ada Wong, célèbre espionne du jeu vidéo Resident Evil, qui vous prodiguera un soin à base de plusieurs crèmes. Un instant hors du temps, de 20 minutes, entièrement gratuit.

Hélas, l’étrange musique de fond — qui colle parfaitement à l’ambiance inquiétante du jeu de zombies — ne suffira pas à couvrir les sanglots de ce bébé rythmés par le tri des couverts, jetés nonchalamment de cœur avec ce tintamarre continu de vaisselle que l’on disposerait de la façon la plus indélicate provenant de l’étage inférieur du salon. 

A cette ambiance sonore chaotique, les quatre spots halogènes situés au-dessus de vous parachèveront cette sensation de subir un interrogatoire de police pendant un petit déjeuner à l’hôtel. 

Si vous parvenez à faire abstraction de tout ceci, vous profiterez très certainement de ce massage des mains, prolongé jusqu’au bout des doigts en passant par la paume suivi de ce délicat massage des épaules prolongé jusqu’en haut du cou. 

Et si vous êtes, comme moi, dépourvu de cette éblouissante capacité d’abnégation et de torpeur venue d’outre tombe, vous vous rassurez en vous rappelant que vous avez pu faire partie de cette vingtaine de privilégiés qui ont pu avoir un créneau dans cette prestigieuse institution du soin à la française.

Ayez l’air faussement détendu et zen au sortir du cabinet, pour encore mieux faire jalouser cette dame qui n’a pas eu la chance de trouver un créneau disponible avant l’embarquement.

La même attitude que vous adopteriez si vous appreniez qu’on vous a surclassé. Alors, vous souriez, mais pas trop quand même, hein ! Vous n’êtes qu’en Premium Economy. Eh ouais, faut pas abuser non plus… Allez, salut la compagnie !

Le contrat de confiance

La demoiselle habillée tout de rose assise à côté de moi, tape frénétiquement sur son MacBook rose dont le thème Gmail est dans les mêmes tons… Sa conversation téléphonique, des plus indiscrètes, se rythme aux « clic, clic, clic » de ses ongles sur le clavier de son ordinateur. 

« Pouvez-vous jeter un œil à mes affaires svp ? » me missionna-t-elle dans son plus bel accent États-unien. À peine avais-je hoché de la tête, que Miss California avait déjà tourné les affreuses pantoufles moumoute-rose-flashy qui « coûtent une blinde » selon une consœur spécialiste dans la mode. 

Je ne bouge plus, tel un ninja observant les alentours, je retiens mon souffle et fixe son MacBook entrouvert comme une sentinelle. L’ordinateur n’est même pas en veille et ses deux iPhone trônent sur les accoudoirs du fauteuil à côté de son sac… Je me sentais encore plus responsable de ses affaires, alors je décidais de remplir mon job aussi sérieusement que son investissement dans ses faux ongles. 

Elle revint dix minutes plus tard avec une coupe de Cava et un bol de cacahuètes puis me gratifia d’un très succinct : « thank you », ce merci automatique que tu échappes nonchalamment à un concierge d’hôtel… À la différence que ce dernier aurait eu un petit tips ou une éventuelle deuxième coupe en guise de pourboire, à défaut d’une preuve inframince de convivialité.

Elle a vraiment pris la confiance, je crois. 

J’aurai pourtant pu être le plus grand bandit de la terre ? Et si j’avais voulu connaître les secrets industriels sur la sélection des prochains tissus qui vont augurer les saisons à venir des Fashion week ?

Et si j’avais voulu remplacer mon Mac — du même coloris — dont la batterie a gonflé et qu’Apple ne veut pas échanger, car ces derniers ont perdu leur dignité depuis la disparition de Steve Jobs ?

Je me résolus à aller chercher moi-même quelque rafraîchissement et fis un petit tour dans le salon de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol. Notre mistinguette lobotomisée par son écran ne daigna à peine me proposer de surveiller mon sac, elle se contenta d’un clin d’œil orné de son plus hypocrite sourire à l’américaine. Un tour, deux tours et un troisième parce que cette correspondance était quelque peu laborieuse mais surtout j’avais envie de ces fameux bonbons à la réglisse, qu’il n’y avait plus… 

Je revins à ma place. Mademoiselle Rose, en pleine conférence audio avec son casque sur la tête, n’avait que faire de mes affaires. Quand j’aperçus ce voisin en face de moi, qui me fit lui aussi un clin d’œil, pointant ostensiblement son MacBook Pro, me faisant comprendre qu’il prenait congé… Me revoilà, Macbooksitter malgré moi.

Ma ressemblance avec le célèbre Professeur dans la Casa de Papel, inspirerait-elle aussitôt une confiance aveugle de mon voisinage ? 

Car, si j’avais endossé le rôle au-delà de l’habit de moine, j’aurais déjà ouvert un Apple Store… Et si j’avais été un grand pirate j’aurais siphonné toutes ses données…
Mais comme je ne suis qu’un gentil petit passager, j’ai attendu qu’il revienne pour respecter ce contrat — tacite — de confiance. 

Un contrat que je commençais à théoriser, me rappelant une ancienne conversation avec un directeur d’exploitation d’un salon Air France. Celui-ci avait halluciné à l’idée que je laisse mon bagage le temps d’une course au duty free : « il y a peu de vols dans les salons, mais mieux vaut ne pas tenter le diable » m’avait-il prévenu, car « une fois le méfait commis, il est déjà trop tard ».

Celui qui voudra voler mon sac ne sera pas déçu du voyage, car ce que j’ai de précieux reste sur moi.

Quoi qu’il en soit, même si la confiance règne, la morale de l’histoire c’est de ne pas laisser ses affaires sans surveillance. Alors comme le dit Tonton David, je « passe le message à ton voisin ».

Allez, salut la compagnie !

Copenhagen Distortion : et la rue devint Festival

Il est 9h du matin à Copenhague, quand soudain dans le quartier de Vesterbro retentit un « SCHHLLLAAKKBOOOMM ». L’on se dit qu’il s’agit encore d’un feu d’artifice et pourtant, en ce mercredi 1er juin, les danois n’ont rien de particulier à célébrer. Des visages surgissent à travers les fenêtres des immeubles de la rue Skydebanegade, à deux encablures de Kødbyen — littéralement le quartier de la viande, sorte de halles géantes où les bouchers et autres grossistes en viandes fournissaient les grandes cuisines et institutions.

Un camion est stationné en pleine rue, deux hommes et une femme vêtus de noir s’affairent à décharger des grilles le long des immeubles. L’une tend les grilles, le second les installent et le troisième verrouille le tout d’un coup de visseuse et s’enfuient aussitôt. « Ça y est, ils nous reconfinent encore » bougonne un résident. 

Arrive une autre équipe qui apposent des bannières publicitaire pour la nouvelle série Amazon « The Boys », en dessous de ces dernières une série de gouttières auxquelles sont reliées un entrelacs de tuyaux jaunes qu’ils enfoncent dans la bouche d’égout avoisinante. Et voilà, le tour est joué, les pissotières sponsorisées sont installées aux premières loges, les voisins sont ravis !

Félix, un Copenhagois, s’enthousiasme d’avance : « demain, c’est le premier jour de Copenhagen Distortion, ça va être la folie dans tout le quartier ». Et pour cause, « cela fait deux ans qu’on a pas eu d’édition de ce festival de musique » qui accapare les rues de la capitale avec différentes scènes où chanteurs, danseurs et DJ enchaînent leur show.

Le lendemain matin, la pluie diluvienne et le calme dans les rues laissent à croire que le Festival n’aura pas lieu… seul un bus scolaire rebadgé Skålebussen, le bus de la santé, et l’omniprésence des toilettes de chantier dans le long de la rue Halmtorvet laissent à croire qu’il va se passer quelque chose pourtant les danois sont encore au bureau. Ce n’est qu’à 17h que l’afflux des passants, chacun une cannette ou bouteille à la main, certains ont carrément une palette de bières, d’autres qui ont grand soif transportent des sceaux qui laissent transparaître un liquide jaune fluo, dans lequel a été parsemé quelques pailles. 

Après l’homme qui danse avec un ananas à la main, rencontre avec Eliott qui se promène avec un panneau stationnement interdit. Un accessoire qui a le mérite d’attirer non seulement les regards mais la sympathie de nombreux festivaliers et lui assure définitivement le titre de « Party entertainer ».

La foule commence à s’aliéner au son du duo de DJ Namunel et Tripolism, concentrés à mixer de la techno sur leurs platines. Le centre a quasiment été bouclé, plus aucune voiture ne circule, car la rue est bondée et c’est bien « le seul moment où vous verrez un danois marcher en pleine rue car ici, tout le monde respecte les règles : le piéton, le cycliste et l’automobiliste sans exception » explique Thomas, mais là « c’est le chaos » reconnait-il en portant son vélo de compétition pour essayer de se frayer un chemin à travers la foule pour regagner son domicile.

Pendant que certains célèbrent, d’autres se frottent les mains. Parmi la foule de festivaliers qui affluent de la gare, des individus déambulent le long des raveurs avec leur vélo triporteur ou armés de gros sacs transparents. Tels des pickpockets, ils sont à l’affût et dès qu’ils aperçoivent une canette de bière, de soda ou tout ce qui contient une consigne, ils ramassent frénétiquement ce précieux contenant à tout va.

« C’est fini ? » Lance Omar à ce couple qui a posé nonchalamment leurs bouteilles à leurs pieds. À peine, eurent-ils le temps de hocher la tête qu’il avait déjà saisi les deux flacons, les retournant pour en vider le restant de liquide et aussitôt dans le sac, il continue à scruter les moindre recoins à la recherche de la moindre canette. « Les bouteilles en plastique rapportent le plus, faut faire attention que les canettes de bière ne soient pas écrasées et parfois les étiquettes sont arrachées ou viennent de Suède donc on peut plus les retourner en magasin, celles-la je ne les ramasse pas » détaille-t-il à l’affût du prochain précieux trésor que beaucoup de danois jettent nonchalamment.

Pour eux, c’est juste une couronne, mais pour moi à la fin de soirée ça fait un bon billet, surtout pendant ces événements raconte ce chasseur canettes. « L’écologie a bon dos » ricane-t-il, le nombre de canettes ou bouteilles explosées est hallucinant, et tout ça c’est de l’argent qu’on ne récupérera jamais.

Existe-t-il plus grand plaisir que de se balader dans la rue et voir s’improviser sous vos yeux un festival auquel vous êtes non seulement invités mais de surcroît en famille ?

Bienvenue à Copenhague, au Festival Distortion Copenhagen où la scène se passe, à travers plusieurs quartiers, où la rue est enfin à vous.

Pluie et 11 degrés annonce la météo… Mais il en faut bien plus pour effrayer les danois. Parapluie, bottes et cirés, tel est le thème de l’étonnant défilé permanent de festivaliers qui affluent de la gare. Malgré la grisaille, les danois gardent le sourire.

Fini la galère des billets, ceux que tout le monde achète un an en avance pour finir par les revendre sur Facebook l’avant veille. Finis les chichis des attachés de presse qui rivalisent admirablement bien avec les videurs de boîte de nuit des années 80.

C’est gratuit et tout le monde est le bienvenu, avec ou sans sa boisson ! Enfin, contrairement à d’autres Festival en France, le bon esprit est omniprésent et il n’y a pas de relou qui ne tiennent plus debout. Pas surprenant, vous êtes au pays du « hygge » où l’ambiance en famille règne.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Exposition « Regards Urbains » par Dan Latif au Square des Batignolles

Dan Latif

Daniel Latif, journaliste de formation, est un photographe originaire de Dijon. Ses influences multiculturelles lui ont forgé un goût pour l’aventure. Déambuler dans Paris pour capter des instants de vie du quotidien avec son appareil photo est quelque chose qu’il a fait depuis toujours.

Cela l’a amené à la rencontre des gens de son quartier, le 17ème  arrondissement, et à les prendre en photo avec son BlackBerry au départ. D’ailleurs, il le dit lui-même, « la photographie de portait a réveillé en moi une sensation particulière, une madeleine de Proust qui me pousse à être reporter-photographe depuis mon enfance ».

Jusqu’au jour où il s’équipe d’un appareil professionnel, le Nikon : « Ça y est, c’est fini le BlackBerry ? » lui disent alors ses sujets coutumiers du quartier quand il souhaite faire un nouveau portrait avec son appareil qui ne le quitte plus. « Tout a réellement commencé avec le Nikon qui a radicalement changé mon approche de la photographie » témoigne-t-il. Cela lui a permis d’explorer de nouveaux champs et de repenser autrement l’art du portrait.

Comme Robert Capa ou Vivien Maier, il aime rendre visible l’invisible du quotidien des inconnus qui vivent dans une ville mais en couleurs !

Sa patte :  une scénographie authentique qui saisit les modèles en un clic dans leur environnement naturel et ordinaire en jouant des contrastes chromatiques, des décors, des lumières qui s’offrent à lui « en situation ».

Sa règle : ne jamais trahir le réel en rendant compte de ce qu’il y a de meilleur chez les gens. Sa première série de portraits publiée sur Instagram rencontre tout de suite un vif succès. Sûrement parce que Daniel Latif aime les gens et que cela se ressent dans ses photos.

Ses portraits font ressortir quelque chose de réenchanté de l’ordinaire des personnes. Daniel Latif a un parti pris depuis le départ : quand il fait un portait, il refuse d’utiliser tout artifice. Il saisit l’inattendu, le champ aveugle d’un visage. A travers cette série, le photographe nous offre une biographie de la vie des habitants du 17ème .

Ces visages nous livrent les contrastes d’un quartier mais aussi l’existence habituelle de ses habitants. L’amour d’un artisan pour son métier, la joie d’une mère qui se rend au parc, le rituel du petit café d’un homme à la retraite, l’engagement associatif d’un habitant au sein de son quartier. Daniel Latif choisit ses sujets à « l’alchimie du moment », il flirte avec l’inattendu des gens anonymes. Il considère que chacun de nous porte en lui « quelque chose de beau », troublant, touchant qu’il peut dévoiler par son portait.

Son désir boulimique de voir, d’aller chercher cette vérité en chaque personne donne à ses portraits de femmes, d’enfants et d’hommes, une signature visuelle unique qui offre une palette sensible de visages authentiques. Il a un radar inné qui révèle chez les individus ce qu’ils ont de mieux en eux.

Pauline Escande Gauquié, sémiologue spécialiste de l’image,
Maitre de conférences à Sorbonne Université

Visite guidée de l’exposition et critique par Dr. Ry Pierce-Grove, PhD. Cand. en Communication à Columbia University

Exposition hors les murs, à voir au Square des Batignolles dans le 17ème arrondissement de Paris

Plus d’informations ici : Regards Urbains exposition Dan Latif

Élection présidentielle française 2022

affiches élection présidentielle 2022

« Femme d’État », « le camp des travailleurs », « nous tous »,
pensons que « nos vies valent plus que leurs profits » alors « ensemble changeons d’avenir » car « un autre monde est possible ».

Ayons « le courage de faire » « choisir la liberté » et « faire face » « pour que la France reste la France » : « la France authentique », « la France des Jours heureux »

PUBLICITÉS — POLITIQUES — ET MESSAGES INDUITS NON CONTRACTUELS.

Daniel Latif

Je me suis converti

« Ça y est, c’est fini le BlackBerry ? » me disent mes sujets habitués du quartier quand je souhaite faire un nouveau portrait avec mon Nikon Z6.

Il faut avouer que le cheminement vers cet appareil photo de nouvelle génération n’a pas été simple. Passer d’un smartphone qui tient dans la poche à un boîtier avec un imposant objectif nécessite une préparation particulière.

Cela faisait quelque temps que j’observais chez mes confrères photographes un engouement pour les appareils photo hybrides. Mon premier réflexe a été aussitôt d’affirmer mon scepticisme emprunt d’un soupçon de snobisme vis-à-vis de cette nouvelle génération d’appareil photo sans miroir. Ce n’est qu’après en avoir discuté avec mon ami photographe Cunione, que j’ai décidé de me laisser tenter par le Nikon Z6. 

Tout a réellement commencé avec le Nikon d780 qui a radicalement changé mon approche de la photographie. Celui-ci m’a permis d’explorer de nouveaux champs et de repenser autrement l’art de la photo. 

« Ça y est, on se professionnalise » m’a lancé Laurent Dufour, photographe aguerri qui œuvre au sein du collectif Regards parisiens. En effet, j’ai été étonné, même sidéré lorsque j’ai pris en main le Nikon Z6 et que j’ai pointé son impressionnant objectif NIKKOR Z 50 mm f/ 1.2 S.

Bluffant même en faible luminosité

Ce qui change concrètement, c’est le confort d’utilisation. Petite taille et poids quasi similaire à un reflex, c’est un véritable atout de stabilité. Sa capacité d’ouverture permet notamment de capturer un sujet y compris dans des conditions de très faible luminosité, le résultat est tout simplement bluffant !

Au-delà des simples clichés, le Nikon Z6 s’illustre notoirement lorsqu’il s’agit de faire de la vidéo ultra haute définition en 4K. De plus, n’étant plus bridé par la mécanique, l’on peut monter à 1/8000 ce qui permet d’avoir des rafales plus importantes. Mais aussi, le Z6 est beaucoup plus réactif qu’un reflex au niveau de l’autofocus, il réagit avec une vitesse et une précision impressionnante et surtout il détecte les visages. Enfin, grâce à l’adaptateur FTZ le passage à l’hybride ne nécessite pas de changer toutes ses optiques. 

L’utilisation de cet appareil a réveillé en moi une sensation particulière, une madeleine de Proust qui me pousse à être reporter-photographe depuis mon enfance. Encore plus bouleversante que celle où j’avais repris un appareil argentique !

« Le portrait façon New York Times »

L’expérience est différente pour moi et aussi pour mes sujets qui sont davantage intimidés de se faire photographier avec un vrai appareil photo qu’avec un téléphone portable. Ma relation avec mes sujets a-t-elle changé ? M’offrent-ils la même pose, sont-ils aussi naturels et authentiques que face à mon petit BlackBerry ? Ai-je encore besoin qu’ils me regardent ? Je sens que mon champ de vision s’élargit et je suis excité par les possibilités qui s’offrent à moi.

« Le portrait façon New York Times, c’est acquis ! Grâce à cet appareil, tu commences à prendre d’autres photos très intéressantes impossible à faire avec ton BlackBerry. Tu captes de nouvelles images où la scène prend une autre dimension, où le sujet peut être capté sans regarder l’objectif dans un environnement plus riche. Tu peux regarder autrement et aussi te sentir plus libre sans attendre que des regards croisent ton objectif  » analyse Véronique Naly, collectionneuse de photos.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Compteur bleu : voyage intemporel autour de l’automobile déstructurée

C’est dans cet espace qui rappelle l’ambiance et inspire la vision d’un paysage lunaire que le visiteur avance à tâtons, suivant des fils guidant vers ces œuvres éparpillées de part et d’autre, à la façon d’une explosion suite à crash. 

Une invitation à explorer le lieu, où les pièces disséminées auraient pu provenir d’un vaisseau spatial, mais Pierlouis Clavel préfère parler d’ « instruments de musique, de mesure ». Cet étudiant aux Beaux-arts de Paris, nous convie le temps d’une performance pour son diplôme de troisième année à un voyage au bout de la ligne électrique.

À travers cette performance intitulée « Compteur bleu », l’artiste nous invite à la réflexion autour d’une énergie devenue « centrale » : l’électricité.

Notre regard est attiré par « Système 60 », « une capsule d’environnement musicale » présente Pierlouis Clavel. Il s’agit d’un micro espace dans lequel sont programmés des « changements d’états générés artificiellement par rapport au souffle, à la lumière et à la proximité du spectateur ».

Entièrement fabriquée à la main, majoritairement à partir d’éléments de récupération, cette boîte à musique, assemblée à la façon d’un Lego, renferme un synthétiseur analogique.

L’œuvre réagit ainsi en fonction des oscillations du courant, « ce qui génère une musique sans début et sans fin » de façon complètement autonome et « tant qu’il y aura de l’électricité » ironise l’artiste. 

« Presque un boulot de carrosserie »

Ensuite, il y a cette portière de BMW série 5 E34, avec son décrochage en pointe, qui incarne l’alliance de « ma pratique plastique avec ma pratique musicale. Et comme j’ai toujours voulu avoir une harpe, j’ai décidé de la construire moi-même » confie Pierlouis Clavel.

C’était presque un boulot de carrosserie, détaille Pierlouis Clavel : « j’ai dégarni les fausses moquettes et le faux simili cuir de la porte pour y glisser les cordes et les mécaniques ainsi qu’un micro ». Le résultat est des plus singuliers avec une harpe sur laquelle l’on peut jouer de la rythmique. 

Également connu sous le pseudonyme de A60, Pierlouis est un mélomane passionné autour de l’univers de l’automobile. Son rêve serait de « raccrocher cette portière à la voiture initiale, rouler à pleine vitesse avec la portière ouverte et voir si les vibrations du vent peuvent faire une harpe éolienne ».

De l’autre bout de la ligne, nous découvrons « Synchro Hz », une enceinte retournée. Une œuvre qui incarne le degré zéro du son de l’électricité et qui tente de répondre à cette ultime question : quel son fait l’électricité ?

Le visiteur est invité à participer à cette expérience en manipulant une manette permettant l’accélération ou ralentissement du flux d’électricité.  

Au fond, se trouve une loge façon pit stop avec deux tenues de pilote de course automobile, un casque. Bref, tout l’attirail emblématique que Pierlouis Clavel enfile pour mettre en musique sa passion pour l’univers du sport auto. Le personnage A60, une sorte de Stieg beaucoup plus judicieux, incarne une vitesse, une autoroute, le chiffre et la lettre. Une immersion dans une bulle où l’on peut écouter sur cette chaîne-hifi les différents titres composés par l’artiste mais surtout une allégorie de l’automobile avec le lecteur CD qui est déjà amené à disparaître.

Le son de l’électricité 

Enfin, il y a « Système A », qui est un « outil de composition et de diffusion particulier » avec son esthétique rétro-futuriste. Rappelant le ghetto-blaster, revisité de façon futuriste, cette pièce à la sonorité particulière émet un son très étouffé, comme en boîte de nuit. Car l’idée de « contenir les sons dans une capsule scellée que l’on peut transporter, recèle cette énergie dangereuse alliant l’électricité et la musique fascine Pierlouis Clavel. Cela pose la question de la dangerosité et l’origine de l’électricité ».

Une approche originale sur la façon dont on écoute le son mais surtout un point de vue qui rappelle ces voitures roulant la musique à fond dont les sonorités aiguës sont coupées. Et comme de nos jours la voiture n’émet presque aucun bruit, sauf une mélodie emblématique artificielle pour avertir les piétons. « J’aime beaucoup l’idée de choisir la sonorité d’une voiture, affirme Pierlouis Clavel. Être compositeur des sons du futur, et s’interroger sur pourquoi ce son-là plutôt qu’un autre ? ». 

Au-delà d’une approche paradoxale autour de la voiture, de l’électricité et a fortiori de la voiture électrique, Pierlouis Clavel avec sa déconstruction de l’automobile pose un regard philosophique et lucide sur le passage à l’électrique qui « ne sauvera pas le monde » mais s’engouffre dans ce qui sera probablement un des futurs enjeux de l’automobile.

Daniel Latif
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Perception nouvelle du regard parisien

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C’est en discutant avec mon ami photographe Cunione qu’il me lança le défi de faire mes portraits avec un appareil photo numérique plus qualitatif et surtout de meilleure résolution que mon BlackBerry. Effectivement, il y a une autre approche dans l’exécution d’une photographie avec un reflex plutôt qu’un smartphone. C’est moins discret et la vision d’un objectif braqué sur soi entraîne plus facilement des réticences. L’exercice est plus difficile et bouscule mes habitudes mais j’accepte le challenge.

Alors je me suis naturellement orienté vers un appareil Nikon car leur univers m’a toujours été familier ; il m’est également arrivé d’utiliser régulièrement dans mes reportages un Nikon D70 puis un D700. Leur usage était par pur intérêt pragmatique. En effet, la photographie n’avait pas encore éveillé en moi d’élan poétique.

Pignon /
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Histoire de me roder avec le tout nouveau D780 de Nikon, je retrouve des photographes chevronnés et passionnés que j’avais déjà suivis auparavant. L’occasion parfaite pour explorer Paris avec un nouveau regard, capturer la vie parisienne sous un autre angle avec ce tout nouveau boîtier Nikon.

LexarSD1066x

Le Nikon D780 est capable de prendre jusqu’à 12 images par seconde en rafale et également de faire de la vidéo en 4K. Des performances qui nécessitent une carte mémoire puissante mais robuste. Ayant eu quelques mauvaises surprises auparavant, j’ai opté pour une carte SD de nouvelle génération, la Lexar SD 1066x SDXC, qui en plus d’être capable de capturer rapidement, permet d’afficher et parcourir des photos de très haute qualité sans ralentir ou peiner. Autre argument notoire : sa capacité de stockage 128 Go, allant même jusqu’à 512 Go. À l’image du boîtier qui est tropicalisé, la Lexar SD1066x résiste à l’eau, aux chocs, vibrations et rayons X. Un élément primordial pour conserver l’essence même du travail d’un photographe et travailler en toute sérénité.

Pérégrinations au cœur de Paris

Regardx Parisiens

Les samedis se suivent et ne se ressemblent pas. Pourtant, cela fait dix ans que les photographes du collectif Regards Parisiens se réunissent hebdomadairement et poursuivent la même routine : déambuler à travers la capitale pour capter ces regards et instants de vie du quotidien.

Lauren Dufour / Regards Parisiens
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Même après la crise sanitaire de 2020, nos artistes parcourent toujours la ville lumière armés de leurs boîtiers photo mais avancent désormais masqués comme des bandits, à l’instar des passants qu’ils essaient tant bien que mal de capturer à travers des clichés. 

« Museler la personnalité ou souligner le regard ? ». Au-delà de se limiter à une dualité grossière, cette problématique — relative au port du masque et son impact dans la perception de la photographie — constituerait à elle-même un remarquable sujet de thèse.

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Le masque est, certes, un élément devenu trivial de notre quotidien. Toutefois, il ajoute une toute nouvelle contrainte dans l’exécution de l’œuvre photographique. Comme s’en lamente Daniel Girard, photographe amateur depuis 1970, qui regrette le temps où les passants n’avaient pas cette allure fantomatique.  

« Cela déshumanise un peu les photos, reconnaît Emma Radenac, photographe au sein du collectif Regards Parisiens, qui affectionne les portraits de rue très serrés. On a du mal à photographier autre chose que des masques et des portables mais il faut saisir le masque car c’est un marqueur temporel qui a toute sa place dans nos photos. C’est le témoin d’une époque que nous traversons » philosophe-t-elle. 

Le masque a cet atout paradoxal de souligner certaines expressions, notamment du regard. Parfois, ces yeux envoûtants peuvent disparaître aussitôt une fois le masque enlevé. « Même si beaucoup d’émotions passent par les yeux, il manque le sourire. Elle se remémore, « avant, on avait le droit à des photos d’amoureux, de longs baisers langoureux ! Là, ça devient très rare » soupire Emma Radenac. Pourtant c’est si beau l’amour. 

Pour Laurent Dufour, adepte de photo argentique avec son authentique Hasselblad 500 CM « cela ne change absolument pas leur regard ». Spécialiste de la photo de rue notamment à Paris, il dresse un portrait cinglant du parisien qui « n’est pas connu pour être sympathique en général. Peu souriant, souvent ronchon, râlant pour un oui ou pour un non ». Pourtant, ce jour de janvier, les flocons de neige qui ont recouvert Paris d’un joli manteau blanc, ont adouci le mauvais caractère du parisien qui se prêtait volontiers au jeu en tombant spontanément le masque, le temps du cliché.

Immersion dans les nouveaux quartiers de Paris

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Le soir, couvre-feu oblige, la capitale se plonge dans un silence des plus angoissants rappelant des airs du premier confinement. C’est le moment idyllique pour arpenter les rues de Paris afin de capter les architectures et des perspectives et ainsi tester le Nikon D780 en basses lumières — exercice auquel je ne pouvais me prêter avec un téléphone. 

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Engouffrons-nous dans cette nouvelle rue dans le 17ème arrondissement au nom imprononçable et dont la prolongation mène au nouveau Tribunal de Paris. Un tout nouveau pan de quartier disgracieux, entièrement bétonné, une architecture au goût douteux, un horizon de tours d’immeubles aux façades végétalisées — ornées de plantes déjà fanées dont la plupart des feuilles sont tombées ou moisies.

Le lendemain, en repassant par ce quartier aux prémices de La Défense, j’aperçois un taxi New-Yorkais. Ce fameux yellow cab utilisé pour le tournage d’un film attire immédiatement mon œil. Une équipe empêche les accès aux voitures et piétons y compris à ce livreur à scooter qui insiste pour passer : « attendez, on est en train de tourner un film qui se passe à New-York, vous ne pouvez pas être dans le plan »

Copyright © : Dan Latif

Foison de constructions qui ont déjà mal vieilli, rappelant les modélisations 3D, où règne l’ambiance glauque d’un Resident Evil 3, orné de fausses façades en trompe l’œil comme dans Driver. Visiblement, au-delà de nous replonger dans ces jeux-vidéo sur la PlayStation d’antan, ce décor fantomatique a le mérite d’inspirer des réalisateurs et leur épargner un tournage outre-Atlantique.

La balade s’achève, j’envoie les premiers portraits à Cunione. Il jette un coup d’œil sur son portable rapidement et lance : « Elles sont très bien tes photos ! C’est lassant de voir tous ces masques. Déjà qu’on les voit dans la vie de tous les jours… » argumente-t-il. Outre le fait d’occulter toute une partie du visage et de lui rappeler a fortiori la crise sanitaire, cela ne l’empêche pas de percevoir le fameux « sourire parisien », son expression favorite pour parler du « parisien qui tire la tronche ». Après une inspection minutieuse et quelques observations, le verdict tombe dans la soirée : « oublie ton BlackBerry ! ».

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Le retour de Lula Nonyme

Si le personnage de Lula Nonyme ne vous dit rien, ne cherchez pas plus, vous n’avez probablement pas connu l’époque d’Internet 1.0. Cette héroïne de bande dessinée s’est forgée sous la plume de Frédéric Berria, pionnier blogueur à l’époque où Facebook n’avait pas encore imposé ses diktats dans nos usages sur le web.

Ce graphiste a toujours eu la fibre du dessin. Déjà à 17 ans, il avait loué un kiosque dans la galerie commerciale Compans-Caffarelli de Toulouse où il faisait des portraits ou des caricatures des passants et clients. Quelques années après, il rejoint la capitale et commence à travailler chez Take-Two, maison mère de Rockstar qui a sorti le fameux jeu vidéo Grand theft auto (GTA).

Un jour de 2005, alors qu’il rêvassait dans un bar en terrasse apercevant une « adulescente » qui passait avec une jupe au-dessus de son jean : « Surpris par cette nouvelle mode, j’ai griffonné la fille » se souvient Frédéric. Le jeune graphiste dessine spontanément à ses heures perdues sur des post-it : Lula Postit venait de naître. Une première planche est publiée sur son blog promettant d’« inénarrables aventures de la petite fille qui squatte [son] pense-bête ».

DU POST-IT À LA BANDE DESSINÉE

Très rapidement, la jeune Lula s’ennuie toute seule dans son carré de papier. Elle rêve d’un animal de compagnie « intelligent, petit et mignon avec de la force dans le caractère ». Son créateur fait alors entrer sur scène Günther, un petit cochon gris quelque peu râleur, Fuyutsuki, une tortue japonaise nommée , Zach, un félin taciturne — à l’opposé de Salem, le chat dans Sabrina l’apprentie sorcière — puis un bébé : Pomme, le petit frère de Lula, « né sur une feuille vierge et immaculée, un peu comme Jésus, mais sans le folklore ».

Un an plus tard, Frédéric Berria signe désormais les croquis d’une sobre lettre entourée d’underscores  _F_. Très rapidement le cochon se fait remarquer et un éditeur propose à Frédéric de sortir un livre. Lula change son patronyme et devient Lula Nonyme,  car « Post-it ça ne plaisait pas à la marque 3M qui voyait un parasitage », et s’échappe de sa petite case jaune avec ses compagnons pour s’épanouir en grand format bande dessinée en 2008 à travers 94 pages. 

« STEVE JOBS A TUÉ MON JEU »

L’univers de Günther sera par la même occasion décliné en jeu vidéo en animation Flash. « 15 000 joueurs ont testé le jeu en moins d’une semaine dès sa sortie », un tel succès a naturellement poussé Frédéric Berria à sortir : Little Pig Adventure 2, un deuxième opus entièrement développé par ses soins, de la programmation jusqu’à la création sonore, où le cochon doit faire le plein de Crépitos pour progresser plus vite, tout en évitant des sentinelles et obstacles, le tout chronométré.

Même si l’on peut trouver encore des traces de ses jeux sur le net, il est désormais difficile d’y rejouer car les différents navigateurs ne prennent dorénavant plus en charge Flash Player depuis le 31 décembre 2020, pire encore, ces derniers l’ont même bloqué depuis cette année suite à l’abandon définitif de son propriétaire Adobe. « Steve Jobs a tué mon jeu » plaisante-t-il aujourd’hui. En effet, le patron d’Apple avait, pour des raisons de sécurité mais aussi de stabilité, banni la technologie Flash sur les appareils mobiles et tablettes à la pomme. 

DU POST-IT À LA TABLETTE GRAPHIQUE

Les années ont passé, Frédéric Berria a lancé en 2012 l’agence de communication Pencil Park, une agence couteau suisse qui crée du contenu pour tous les supports. À la fin du premier confinement, son crayon le démange, « profitant d’une période de creux », l’artiste en a profité pour faire revivre ses illustres personnages ultra-minimalistes.

Lula et sa famille ont franchi le cap de la modernité et s’affichent sur Instagram et Facebook. Grand aficionado du format comic strip, sa référence ultime reste Calvin and Hobbes illustrée par Bill Watterson, bande dessinée publiée quotidiennement dans le New York Times. « Je me force à raconter mes histoires, gags ou tranches de vie en une ou quatre cases à cause des contraintes d’affichage sur Facebook » soupire-t-il.

Le style de ses dessins a évolué, « je fais des essais pour représenter le caractère hyper dynamité de Lula, je travaille sa chevelure notamment son emblématique swing. Je ne la maîtrise pas encore tout à fait » avoue l’artiste. Alternant à la fois entre Günther et la jeune fille aux cheveux rouges, tantôt dans sa tête ou dans son univers, l’on se délecte quotidiennement à retrouver ses personnages touchants, voire attachants.

Au-delà du running gag, Frédéric Berria nous invite à une réflexion, humblement, sans prétention, mais avec une finesse dans sa prose et une pointe de nostalgie où il introduit subtilement des références à ses influences, comme une chanson dans la tête, ou à des incontournables du cartoon et de la pop-culture : The Simpsons, Scooby-Doo et Superman entre autres…

À la question d’un prochain album de bande dessinée, Frédéric s’amuse : « cela n’est pas le but recherché mais s’il y a un lectorat conséquent, on verra. Pour l’instant, je m’amuse ». Pour que l’œuvre devienne réalité, vous savez ce qui vous reste à faire…

Daniel Latif
Photo : DL /DR
Dessins : Frédéric Berria

Mieux qu’un mois d’août à Paris

Au-delà du surréaliste, le calme qui règne à Paris est des plus insolites : « mieux qu’un mois d’août à Paris » commente Véronique penchée sur son balcon filant au cinquième étage. Un bus vide passe à toute allure, suivi d’un autre des plus fantomatiques, complètement éteint et qui affiche « Sans voyageur ». Les panneaux RATP indiquent que le trafic est perturbé.

Les rues de la capitale sont vides, tout juste clairsemées de quelques passants. Certains marchent au milieu des avenues, téléphone portable à la main pour immortaliser une belle carte postale d’un Paris qui respire à nouveau, par décret.

Hasard du calendrier des travaux ou simple coïncidence, on s’émerveille devant la façade du Palais Bourbon aux « colonnes pimpantes remarque Julien, un photographe parisien. C’est surprenant et d’autant plus rare d’avoir un contexte aussi photogénique » s’enthousiasme-t-il tout en dégainant son appareil photo.  

La place de la Concorde est vide, et pourtant le cliché ne bluffe guère de monde, comme le raconte cet officier de police qui se remémore des airs de dimanche matin. Si Eric et Ramzy voulaient tourner un deuxième opus du film Seuls two, le décor leur serait servi sur un plateau.

Les taxis attendent à la station sur le presque vierge boulevard Saint Germain. Fofana, sort de sa majestueuse berline noire, masque chirurgical autour du cou. On croirait qu’il vient de sortir du bloc opératoire et pourtant cet artisan taxi depuis 28 ans ne fait que profiter du boulevard Saint Germain vide pour se dégourdir les jambes.

 « Ça fait réfléchir… » observe-t-il, en constatant les portes closes du Café de Flore avec des chaises et tables en barricades. À la question, craint-il la proximité avec des clients potentiellement contaminés par le Covid-19 dans son taxi, le chauffeur remet aussitôt son masque sur son nez : « il faut être fataliste, sinon on ne travaille plus » philosophe-t-il.

LE CALENDRIER DE LA PEUR

Un jeune couple marche rapidement sur la rue du Four. « Mais si, ça doit être ouvert » lance-t-elle pour rassurer son bel ami. Approchant de l’angle avec la rue Bonaparte, ils arrivent devant une pharmacie fermée, sans affiche, ni indication d’alternative, alors que l’enseigne aux nombreuses croix vertes lumineuses clignote pourtant. Sur les avenues, seules les croix vertes des pharmacies et les enseignes des tabacs sont illuminées.

Quelques joggers passent, certains arborent un masque. Un couple court à un mètre de distance, mesure de sécurité oblige ou alors c’est juste le deuxième qui n’arrive pas à suivre la cadence du premier ?

Juliette, étudiante à Sciences Po Aix, promène sereinement son chien sur le boulevard. Loin de céder à la panique autour de l’épidémie, elle estime « la vision des masques anxiogène. Ces gens te donnent l’impression que tu as la peste quand tu passes à côté d’eux »

Elle raconte avoir préféré rentrer à Paris pour être au plus près de sa famille. « Les rassemblements ont été limités, ensuite les parcs ont été fermés, puis le discours d’Édouard Philippe a tout précipité. La montée de la peur et la psychose se sont fixées sur la parole de nos dirigeants et elles se sont multipliées sous l’effet des réseaux sociaux créant ainsi un calendrier de la peur » analyse-t-elle.

Alors que le Quai d’Orsay annonce une suspension des liaisons aériennes en Europe jusqu’au 17 avril, le ministre de l’Intérieur implore un confinement jusqu’au 31 mars, au moins… Étonnamment, l’Apple Store du marché Saint-Germain annonce une fermeture « jusqu’au 27 mars ». Des hôtels affichent une fermeture « pour une durée indéterminée », tandis que les kiosques sont fermés « jusqu’à nouvel ordre ».

Le temps s’est arrêté à 12H ce mardi mais le peuple est déjà impatient de retrouver sa liberté.  Il scrute le calendrier des jours prochains, avec une multitude de dates incohérentes et des échéances incertaines, a fortiori extensibles. Seul le compteur qui chiffre les morts et les contaminés continue à bouger.

La population attend la prochaine allocution de Godot ou celle du gouvernement prodigue annonçant la fin d’une « guerre sanitaire » ou plus vraisemblablement un prolongement du confinement dont la date de fin reste inconnue. Adieu les plannings, out les agendas. La France latine vit au jour le jour en rêvant du mois d’août. La seule échéance que les Français attendent, c’est celle de leur libération…

La liberté de se mouvoir. La liberté de contester. La liberté de commenter l’actualité au zinc du bar de son quartier. La liberté de donner son avis en live devant un public en chair et en os qui réagit de vive voix.  La main d’un pote sur son épaule. Le parfum d’une femme qui n’est pas la sienne, le spectacle de la rue, les bruits. Le miroir de l’autre. L’interactivité avec ses 5 sens. Voilà ce qui manque subitement et qui est irremplaçable.

Les smileys sont subitement devenus insuffisants. Il n’aura pas fallu une journée pour se rendre compte que les réseaux sociaux ne créent pas tant de lien que ça et qu’on s’ennuie déjà peu importe les nombreux messages qu’on envoie ou qu’on reçoit.

Le jour de leur libération, les français entreront dans un café voisin, ils serreront des mains qui ne sentent pas le gel hydroalcoolique ou le savon de Marseille, ils plongeront leurs doigts dans le bol de cacahuètes aux milliards de bactéries, ils commanderont un café, une bière ou un verre de vin blanc, ils s’embrasseront, et tout ne sera plus qu’un mauvais souvenir. En attendant, ils appliquent les décrets de leur démocratie chérie et rêvent de jours meilleurs.

Mieux qu’un mois d’août à Paris, en témoignent ces trois canards, sans doute échappés du jardin des Batignolles qui déambulent à 23 heures sur la chaussée place de l’église. Il aura fallu moins de douze heures pour que la nature commence à reprendre ses droits…

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Illustration : Anne-Catherine Belliot