« Marilyn Monroe : 100 ans ! » La blonde qui défie le temps, toujours sous les projecteurs

À quelques pas de la patinoire de Bercy, où la grâce d’une patineuse tient à un équilibre fragile entre maîtrise et abandon, la Cinémathèque française célèbre une autre silhouette entrée dans la légende : Marilyn Monroe. Cent ans après sa naissance, l’actrice hollywoodienne continue de fasciner, non seulement pour son aura de star, mais pour cette manière unique d’incarner l’image, entre éclat, mystère et vulnérabilité.

À la Cinémathèque française, l’exposition « Marilyn Monroe : 100 ans ! », s’attache à cette dualité : derrière la star que tout le monde connaît, la comédienne que l’on regarde parfois trop peu. Entre morceaux de films choisis, photographies en noir et blanc d’une grande qualité, costumes originaux et documents rares, elle remet au centre son travail, au-delà de la légende.

L’ambiance y est feutrée, presque film noir, baignée dans une esthétique très hollywoodienne qui donne à voir une autre facette de la célèbre blonde. On y redécouvre une femme fatale, mannequin devenue star, mais aussi une interprète fine, capable de nuances dans des films comme Niagara, Les hommes préfèrent les blondes ou Certains l’aiment chaud. Une icône pourtant souvent déformée par les récits qui l’entourent, et dont l’aura continue de fasciner autant les passionnés que les curieux.

On ne compte plus le nombre de livres, de biographies, de récits censés restituer la « vraie » Marilyn Monroe, ses pensées intimes, ses blessures, son ascension, sa vie personnelle troublée et sa mort mystérieuse. L’exposition présente de nombreux extraits de films où apparaît la pin-up légendaire, parfois méconnaissable. Aujourd’hui, cette légende continue de fasciner et de fédérer des fans, mais aussi des curieux désireux d’en savoir plus sur leur star hollywoodienne.

Si l’exposition séduit par son atmosphère et la richesse de ses images, elle laisse néanmoins une légère impression d’inachevé, comme si un étage supplémentaire ou quelques pièces en plus auraient permis d’aller encore plus loin. Peut-être est-ce aussi cela, Marilyn : une présence qui ne se donne jamais entièrement, et qui, justement, continue de captiver le monde.

Infos pratiques
Cinémathèque française
51 rue de Bercy, 75012 Paris
Du 8 avril au 26 juillet 2026

Daniel Latif

La carte aux trésors des vins de France

Que ferait-on aujourd’hui sans GPS ? À l’heure où tout passe par le téléphone, la sortie d’une carte Michelin a presque quelque chose de réjouissant. Au-delà du simple plaisir nostalgique ou de la sensualité du papier retrouvée, cela reste l’outil le plus pragmatique pour chercher une route, embrasser une région, suivre un relief ou simplement préparer le voyage : la carte est souvent plus lisible qu’un écran.

Quand il s’agit de routes des vins, de villages, de bonnes adresses à dénicher et de paysages à parcourir, une carte de cette taille ouvre le regard. Elle donne envie de quitter l’itinéraire le plus rapide, de prendre son temps, de déambuler et a fortiori de se laisser surprendre.

C’est l’idée de cette nouvelle carte Michelin consacrée à l’œnotourisme, réalisée en collaboration avec Michelin Éditions et Vin de France. Cette première carte Michelin dédiée à cet univers recense 252 caves et maisons, ainsi que des offres de restauration et d’hébergement chez des vignerons.

Pour une sélection plus pléthorique, il y a bien sûr le célèbre Guide Michelin, mais pour s’orienter, suivre une route, longer un parcours, saisir un territoire, la carte garde ce vrai avantage. Elle permet de redécouvrir la topographie et la géographie. Surtout, elle sort du cadre fermé d’un GPS qui vous conduit d’un point A à un point B sans toujours laisser de place à ce qui pourrait surgir en chemin.

Et si l’on rangeait le GPS pour suivre la carte des vins ?

Ici, l’idée n’est pas seulement de rouler. C’est aussi de lire le vin autrement, avec une approche pédagogique et intuitive pour explorer la France viticole, comprendre l’originalité de la dénomination Vin de France, pensée comme un espace de liberté pour les producteurs, la diversité des profils de vins, la ronde des cépages et les bases des accords mets-vins.

L’objet lui-même séduit beaucoup. Avec son pliage en accordéon, cette carte rappelle les cartes historiques que l’on gardait dans la voiture, dans un sac à dos, ou que l’on dépliait sur une table avant de repartir. L’on y ajoutait des annotations, traçait des parcours, découvrait des patelins inconnus aux noms les plus farfelus. Parfois plus utile qu’un compagnon de route, elle reste un support concret, facile à emporter, à consulter, à partager et à transmettre.

C’est aussi une bonne raison de lâcher le téléphone. De sortir un peu du flot des informations, des alertes et des publicités. De renouer avec une manière plus libre de voyager, presque à l’ancienne, comme quand on était scouts et qu’on suivait une direction, un paysage, un nom de village, avec l’envie d’aller voir plus loin. Un esprit d’aventure qui rappelle les départs sans GPS, avec un goût d’exploration et d’imprévu.

La carte « Sur la route de Vin de France » s’adresse à ceux qui aiment la gastronomie et qui rêvent d’escapades gourmandes, de petites adresses sur la route, de maisons à découvrir au fil du périple ou d’endroits où passer la nuit selon les établissements. Que l’on parte en voiture, en van, en camping-car ou même à vélo, elle insuffle un nouvel élan et une autre manière de parcourir les régions viticoles : plus lente, plus curieuse et plus ouverte à la découverte.

Et dans cet imaginaire des routes, des vins et des haltes gourmandes, la Bourgogne garde une place à part. C’est l’une des régions qui viennent tout de suite à l’esprit quand on pense au lien entre paysages, gastronomie et culture du vin. Cette carte donne justement envie de reprendre la route dans cet esprit-là, à la recherche de nouvelles maisons, d’autres étapes et peut-être d’un nouveau trésor.

Daniel Latif
Photo : Jordan Rey
/DR

« Ça y est ! » Ali Akbar est enfin décoré

Figure emblématique de Saint-Germain-des-Prés, mascotte du Quartier latin, il a même son portrait en fresque à l’angle de la rue du Four et des Canettes. Après plus de cinquante ans passés à vendre des journaux dans la rue, Ali Akbar — dernier représentant d’une profession en voie de disparition — a reçu la médaille de chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Chaque jour, il parcourt encore plus de quinze kilomètres à pied, un paquet de journaux sous le bras, pour en vendre à peine une quarantaine d’exemplaires. Une réalité qui n’étonne plus vraiment : dans les transports, les regards sont rivés aux écrans, et ceux qui font le choix délibéré de la matérialité du papier deviennent rares, presque précieux.

Dernier vendeur de journaux à la criée, Ali Akbar arpente inlassablement les rues parisiennes, notamment à Saint-Germain-des-Prés. Le Monde, Le Figaro, Libération parfois Charlie Hebdo : il les porte comme on porte une mémoire vivante. Malgré sa notoriété, malgré les interviews, malgré l’âge et même malgré la retraite, Ali bat encore le pavé, brandissant ses journaux comme d’autres lèvent un drapeau.

Il connaît ses clients par cœur. Se souvient des prénoms, des habitudes, des préférences — Le Monde pour l’un, Le Figaro pour l’autre, Libération pour les plus fidèles. Peu importe la météo. Qu’il pleuve, qu’il neige ou que le froid saisisse les doigts, Ali pousse la porte du Café de Flore, des Deux Magots ou d’un restaurant du quartier, et apporte avec lui une gaieté immédiate, presque contagieuse.

« Ça y est ! Trump va racheter la Corse ! »

Car Ali ne vend pas seulement des journaux. Il annonce l’actualité à la criée, à sa manière. Il l’improvise, la détourne, la poétise parfois. Toujours avec la même anaphore, devenue signature : « Ça y est… ». Une accroche qui amuse la galerie, déclenche des sourires, interrompt une conversation. Entre deux bons mots échangés avec les habitués, les touristes venus chercher leur exemplaire ou les serveurs qui le saluent, les titres prennent une autre saveur : « Ça y est ! François Fillon a rendu l’argent ! », « Ça y est, Marine le Pen s’est convertie », « Ça y est ! Sarah Knafo est avec François Hollande ! ».

Et pendant quelques secondes, au détour d’un café parisien, l’actualité redevient une voix, un corps, une présence.

Un monde où le journal est un lien, un prétexte, un sujet de conversation. Un moment de curiosité partagé, quand on jette un œil à la Une que tient nonchalamment le voisin. Un support que l’on peut griffonner, plier, déchirer parfois, et conserver précieusement aussi — un encadré, une photo, un titre, un fragment du jour.

Un bout d’histoire en guise de témoignage, fragile et tangible, qui rappellera à la postérité qu’il fut un temps où l’on touchait l’actualité du bout des doigts, et où, oui, on avait encore une sensibilité.

Ça y est !
Le papier n’a peut-être pas dit son dernier mot ?

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Jeffrey Gibson, les prismes du cœur

Sous les voûtes claires de la galerie Hauser & Wirth, au 26 bis rue François-1er, les œuvres de Jeffrey Gibson semblent respirer. L’artiste américano-choctaw, figure majeure de la scène contemporaine, y présente sa première exposition solo en France : This is dedicated to the one I love – un titre comme une offrande, ou un souffle d’empathie adressé au monde.

Depuis plus de trente ans, Jeffrey Gibson mêle l’histoire autochtone, la culture queer et la mémoire populaire américaine pour inventer un langage visuel où la couleur devient matière spirituelle. Ici, les toiles, les perles et les céramiques forment un paysage où tout vibre. Ses « punching bags » suspendus, gainés de franges et d’inscriptions comme Never let your spirit bend, remplacent le corps, le transcendent. On aurait presque envie d’y cogner, pour sentir la résonance des perles — mais sans gants, on s’abstiendra.

« J’admire ceux qui confectionnent entièrement leurs vêtements », confie-t-il. Chez lui, le vêtement devient sculpture, le motif un acte de résistance. Les perles rappellent la patience des mains, les gestes transmis. Ses nouvelles têtes en céramique évoquent les poteries mississippiennes précolombiennes, mais aussi la fragilité d’une mémoire à modeler encore.

Tout, chez Jeffrey Gibson, passe par la lumière : les couleurs, les spectres, les prismes. « On voit tous la même chose, mais chacun y projette son interprétation », philosophe-t-il. Ces compositions polychromes, qu’il nomme « psycho-prismatiques », semblent capturer les reflets du ciel après la pluie – une métaphore des émotions, multiples, indécises.

Par nature collectionneur d’images et de matières, Gibson tisse un récit où se rencontrent foi, identité et réparation. This is dedicated to the one I love n’est pas seulement une exposition : c’est une déclaration d’amour au geste créatif, à ce qui relie les êtres quand tout vacille.

Une exposition à visiter chez Hauser & Wirth Paris, jusqu’au 20 décembre 2025

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Baueneinflugzeug, le livre de Romain Villate prend son envol

Avec Baueneinflugzeug, Romain Villate signe un livre de photographies argentiques à la beauté subtile. Le titre, à lui seul, intrigue et dépayse.

« Il y a l’histoire du nom, d’origine allemande, qui interroge beaucoup les gens et dont je parle peu », confie l’artiste. Tout est né d’un souvenir d’enfance : des petits avions en polystyrène qu’il assemblait autrefois, et qu’il a retrouvés des années plus tard sous forme d’un stock venu d’Allemagne. « J’en ai reçu des centaines, que j’ai partagés avec mes amis. De là est née une vidéo, Build a plane, point de départ de ma réflexion. Ce souvenir m’a fait en créer de nouveaux, que j’ai figés sur pellicule. Le projet est devenu Baueneinflugzeug — construire un avion. Ce mot demande à être creusé, j’aime ça ».

Ce voyage intime nous embarque dans des paysages tantôt familiers, tantôt mystérieux. Romain Villate guide son lecteur à travers des diptyques, des silences, des respirations blanches qui deviennent autant de métaphores du voyage intérieur.

Baueneinflugzeug

La couverture du livre, elle aussi, en dit long : « C’est une partie de film non shootée, en fin de pellicule. J’aime cette couleur grise chaude, traversée d’un dégradé jaune. C’est énigmatique, comme le livre. Une photo vierge, une page blanche : le début de quelque chose ». 

Directeur artistique, artisan-couturier de ses propres vêtements, Romain Villate dévoile ici les coulisses de sa vie : un atelier, une machine à coudre, un fragment du quotidien, sa mère à l’ouvrage. Des fragments de mémoire, autant de traces de ce qu’il appelle ses « bagages commémoratifs » — ceux qu’on construit tout au long d’une vie et qui finissent par soutenir notre dernier vol.

L’art de construire un souvenir

Baueneinflugzeug

Les clichés argentiques traversent le temps et l’espace : des topographies enneigées, des ciels à la lumière douce et diffuse, des constellations figées dans le grain. Tout ici respire la légèreté du ciel et la profondeur du silence.

« Je me soucie peu de la technique, dit-il. Je cherche l’émotion et l’instant ». Le livre rassemble dix-sept ans d’images, prises avec une dizaine d’appareils — de vieux Ikon Zeiss ou Smena Lomo jusqu’aux compacts Olympus ou Yashica —, souvent sur des pellicules périmées. Ce goût du hasard et de l’imperfection confère à ses images une authenticité rare.

« C’est un hommage à l’ordinaire, une collection de beauté et d’ennui figée dans l’imperfection de la photographie argentique », glisse encore Romain Villate.

Baueneinflugzeug

Et c’est bien cette sérénité qui saisit le lecteur : celle de feuilleter lentement, de caresser le grain d’une image, en ressentir la texture particulière, de respirer l’odeur du papier neuf. Page après page, feuille après feuille, on décolle. Et le “mode avion” devient alors une invitation au lâcher-prise.

Baueneinflugzeug¹, un beau livre de photographies, tiré à seulement 500 exemplaires, laisse présager une suite — ce discret “¹” apposé au titre en est peut-être la promesse.

Disponible chez Bonjour Jacob, Ofr, Sans Titre, Echo 119, 1909 Bookstore

Daniel Latif

Célébration et symphonie de couleurs par Frank Bowling

Frank Bowling, né en 1934, est un artiste transatlantique, initialement expressionniste qui a vogué entre Londres à New-York. Diplômé et félicité du Royal College of Art à Londres en 1959, son style a évolué au fil des décennies. « Huit exactement », aime rappeler son fils Ben Bowling, qui dirige actuellement le studio Frank Bowling.

Petit à petit, Frank Bowling est devenu spécialiste de l’abstraction. Ayant toujours eu comme médium artistique la peinture, il n’a cessé d’explorer et d’expérimenter différentes techniques pour représenter ses mémoires et ses expériences personnelles. 

Plus qu’une école, plus qu’un simple objectif, Paris a toujours été « le centre du monde mais aussi un lieu d’inspiration » pour l’artiste qui n’avait qu’une obsession à l’époque, y faire une exposition. 

À 91 ans, et malgré de nombreuses expositions à travers le monde, il s’agit de la toute première exposition solo de Frank Bowling, intronisée chez Hauser & Wirth à Paris. Le « lieu relève d’une haute symbolique », se remémore Ben Bowling qui, il y a deux ans, transmettait à son père les photos de la galerie artistique encore en travaux. 

Il faut se souvenir qu’entre 1955 et 2018, le 26 bis rue François 1er a été le siège des radios Europe 1, Europe 2 et RFM. Un fief historique que Lagardère a revendu et qui s’est réincarné en immense galerie à travers plusieurs étages dédiées à l’art contemporain et moderne.

Ce lieu, dont la magnificence a définitivement inspiré l’artiste New-yorkais qui a peint en proportion ses œuvres qui atteignent pour certaines jusqu’à 4,5 mètres de hauteur. Elles ont été élaborées dans son atelier à Brooklyn, à East River, où Frank Bowling a dû composer en plusieurs étapes sur plusieurs mois pour élaborer de telles pièces gigantesques. 

Le résultat est tout simplement époustouflant et des plus inspirants. L’eau est un élément récurrent que l’on remarque dans le travail de Frank Bowling : « ce n’est pas seulement un collage, c’est une peinture qui imbrique plusieurs niveau de lecture, y compris dans son processus de fabrication de cette peinture » théorise Neil Wenman, Creative Director pour Hauser & Wirth, à propos des peintures intitulées Skid et Dawn. « Cela s’observe notamment par ce mouvement de gravité qui a été inversé », poursuit-il. 

Il en résulte une association de tableaux immenses où l’on devine des natures mortes dans un encadrement qui pourrait laisser croire que l’on fait face à plusieurs tableaux, mais en fait il s’agit d’une seule et unique pièce entière. Mêlant couleurs vives dans un enchevêtrement de strates où l’on distingue cette partie supérieure sorte de la sphère aérienne, un niveau terrestre et le dessous du sol. Cette observation se concrétise parfaitement sur le tableau intitulé Dancing, où Ben Bowling y décrit ce « coucher de soleil cataclysmique au-dessus d’arbres qui bordent une cascade d’eau »

« L’eau est essentielle pour la vie de mon père, il y fait de constantes références à travers ses œuvres » argumente Ben Bowling. Cette omniprésence procure cette sensation rafraîchissante qui invite le spectateur à plonger dans ses œuvres. Les interprétations sont nombreuses et l’artiste est entièrement ouvert à ce que le  visiteur puisse s’inspirer et y voir librement ce qui le touche. 

Le regard est absorbé par le panachage des couleurs entre les différents échos des tableaux mais il l’est d’autant plus par ces artefacts que l’artiste y a greffés. C’est de surcroît, l’une des caractéristiques que l’on retrouve dans les œuvres de Frank Bowling, ces différents souvenirs glanés, ça et là, dans son studio comme ce pinceau brosse plat, ces morceaux de feuilles ou ces bouts de ficelle, qui se marient harmonieusement bien avec les peintures. Une performance « un peu comme un D.J., où à la fin du spectacle, il lâche son micro » compare Neil Wenman. Ces objets sont comme un journal intime, une histoire narrative qui raconte la production du tableau. 

Toujours dans une inspiration créative mais avec l’envie de poursuivre son travail selon sa technique expérimentale bien personnelle, Frank Bowling joue avec les couleurs et les géométries, observe comment la peinture réagit, l’explose et la laisse s’étendre sur la toile. Il s’affranchit de la « technique du collage dans son sens conventionnel » et additionne les toiles selon un procédé de marouflage très particulier. 

Enfin, Ben Bowling — qui confesse ne pas toujours comprendre « d’où vient cette inspiration et cette création », synthétise l’esprit des œuvres de Frank Bowling à la façon d’un spectacle de jazz. Une performance qui donne du rythme et où l’improvisation a une place primordiale pour à chaque fois donner naissance à quelque chose des plus authentique, des plus singuliers pour ne pas dire unique. 

Exposition du 22 mars au 26 mai 2025

Hauser & Wirth Paris
26 bis rue François 1er
75008 Paris

Visite théâtralisée du Musée Jacquemart-André

C’est au détour d’une déambulation dans le VIIIème arrondissement de Paris, qu’on découvre quelques joyaux architecturaux comme cet hôtel particulier du XIXème siècle où se trouve le Musée Jacquemart-André.

Habituellement, l’on y découvre une riche collection dans une ambiance intimiste à travers un parcours labyrinthique, défilant les différents salons majestueux où les peintures, sculptures, meubles, tapisseries et objets d’arts font voyager de part en part entre le XVI et XIXème siècle. 

Ce week-end, et pour la deuxième édition, certains chanceux ont pu faire l’expérience d’une visite théâtralisée. L’occasion de redécouvrir les lieux avec une performance singulière des jeunes comédiens de l’association Héritages, tous élégamment costumés pour une immersion encore plus surréaliste dans l’intimité des anciens maîtres des lieux.

Les majordomes qui vous accueilleront sur le perron de la Cour d’honneur, suivez ensuite les valets qui vous guideront le long des salons où vous rencontrerez les soubrettes puis laissez-vous surprendre et embarquer dans un voyage, le temps d’une flânerie interactive, avec des comédiens dont l’écriture de la pièce de théâtre et la confection des costumes été entièrement réalisée par leur soins.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

The House from : les maisons cultes au-delà des murs

« 295 Lafayette Street », « 90 Bedford Street » ou bien « 66 Perry Street » à New-York ou encore le « 1709 Broderick Street » à San Francisco…

Ces adresses ne sont peut-être qu’un détail pour vous, mais pour les fans ça veut dire beaucoup. Il s’agit, en effet, des maisons ou façades d’appartements que l’on aperçoit dans ces films ou séries télé, plus connues sous le nom de plans généraux ou establishing shots, dans le jargon Hollywoodien. 

Le réalisateur Tommy Avallone s’est intéressé aux relations parasociales qui lient les fans de séries — et parfois même les acteurs — à des lieux qu’ils n’ont jamais connus ou qui n’ont jamais existé.

Et pour cause, même si les façades des appartements sont New-Yorkaises ou que les maisons aperçues se trouvent à Philadelphie ou Chicago, ce n’est qu’un leurre, car la grande majorité de ces productions cinématographiques sont tournées en studio à Los Angeles. À la grande déception d’un grand nombre de spectateurs qui longtemps ont cru que ces maisons étaient réellement les lieux de tournage ou de vie des acteurs. 

Ceci pourrait être le début d’une piste pouvant expliquer cet attachement émotionnel qui pousse inlassablement foison de touristes à se rendre devant ces lieux à la façon d’un pèlerinage.

Disponible en visionnage sur iTunes et sur Amazon video, The House from… est un documentaire enthousiaste d’une heure quarante pendant lesquelles l’on suit Tommy Avallone à la rencontre de ces fans de séries, des voisins mais surtout des propriétaires de résidences plus que familières, comme la résidence de Kevin dans Maman, j’ai raté l’avion, qui nous partagent leur quotidien, le rôle et l’engagement vis-à-vis des fans puis la charge que ces célèbres demeures leur confèrent. 

Mieux que des simples coulisses de tournage, il s’agit d’une réelle investigation autour d’éléments topographiques, certes triviaux, de formats télévisuels qui font désormais partie de la culture populaire et représentent un réel marqueur socioculturel pour toute une génération aujourd’hui, comme Anne-Charlotte, inconditionnelle de la sitcom Friends qui raconte l’avoir « tellement vue, qu’elle a,  l’impression de pouvoir s’y repérer sans jamais y être allée »

Une exploration qui mène à une réflexion autour de ces lieux tellement présents dans les media, comparable avec ces aventures en urbex : fortement chargées en histoire, mais dont il vaudrait mieux se contenter d’admirer la façade extérieure iconique et s’abstenir de les visiter. Car, au-delà, il y a le risque d’être tout simplement déçu et de se retrouver face à un NPAI.

Lire l’article en anglais sur The Interior Review

Daniel Latif

Accrobsession

Pendant mes RTT où j’étais en PLS à DL des PDF à cause de mes RDV, je dois RSVP au SMS ASAP pour aller aux JO. Je sors la CB pour prendre un billet SNCF D’abord TER puis TGV puis RATP.

Assis en POV devant une MILF qui vit aux US à LA, ancienne DAF pour les GAFAM, elle se prend pour SAS. Elle m’assure que les IA vont MAGA. Après avoir demandé mon ASV OKLM, elle s’écrie SOS lorsque je lui réponds que je n’ai pas SC mais juste IG ou FB, STV.

Elle insiste : 

– CDI ?
– RAS
– LOA, LLD ?
– RAF
– PEL, ISF ?
– JPP, vous êtes du FBI ?
– NTM, je suis pas ta BFF, MDR.
– OK, LOL.

Elle m’a mis KO, j’ai cru que j’étais en GAV SMLP.

Parentalités…

Ils s’appellent Scooby-Doo, Milou, Rex ou Lassie et dans l’imaginaire du XXème siècle, ils étaient les vedettes du petit écran. Aujourd’hui, la fiction dépasse la réalité, le chien n’est plus un animal de compagnie, il est devenu un membre à part entière de la famille. Sur le carnet du vétérinaire, ils s’appellent Frankie, Robert ou encore Monsieur Philibert mais dans la rue, au quotidien, leurs « papa et maman » les surnomment volontiers « mon bébé », « ma fille ».

Ils défraient la chronique à travers le monde. Notamment, lorsque Lady Gaga promet 500 000 dollars de récompense pour retrouver Koji et Gustav, ses deux bouledogues français kidnappés lors d’une balade. Ou encore, Commander, le berger allemand du président Joe Biden qui s’en est pris à de nombreuses reprises au personnel de la Maison Blanche et aux membres des services secrets.

L’idée d’un tel ouvrage est venue à l’esprit d’Helder Vinagre « lors d’un séjour à Deauville où énormément de personnes se baladent paradant avec leur petit chien dans des sacs parfois de grandes marques ». Les instants d’après, il remarque un autre chien confortablement assis dans une poussette alors que l’enfant essaie de marcher péniblement. Frappé par cette scène, Helder Vinagre se remémore ces nombreux clichés, pris lors de ses balades avec le collectif Regards parisiens, qui foisonnent dans ses archives et qui interpellent sur « la place de l’enfant et de l’animal dans la famille ».

Assiste-t-on à la fin de la période de l’enfant roi au profit d’une nouvelle ère où le chien serait le roi ?

Une série de photographies des plus originales qui reflète les mœurs de notre société. Car, de nos jours, on donnerait tout pour le toutou. En effet, tant d’années après les avoir personnifiés, le rapport des forces a basculé.

Insatisfaits de réclamer perpétuellement l’attention de leurs maîtres, les chiens ont quitté l’habit de seconds rôles pour devenir le centre de l’attraction. Une déification qui pousse l’humain à leur ouvrir même des pages Instagram pour suivre et aimer leur moindres faits et gestes de leurs vies de chiens.

À travers ce beau livre, les scènes de notre quotidien, habilement capturées par Helder Vinagre, suscitent de nombreux questionnements et ouvrent le champ des hypothèses. Est-ce — vraiment — l’homme qui promène son chien ? Qui est réellement au centre de la photo ? La relation entre le maître et son compagnon animal serait-elle le fruit d’une construction dans un imaginaire collectif à travers les médias ?

Les sujets, ici, incarnent une dualité inséparable. Celle de l’animal et de son maître ou l’inverse ? Qui promène qui ? Qui dirige la balade ?

Plus qu’une œuvre qui s’inscrirait dans la tradition d’observation Balzacienne, il s’agit d’une anthologie qui pose les bases d’une expérimentation scientifique qui vient corroborer la posture et le regard du médecin qu’est le Docteur Helder Vinagre — qui sans le savoir a lancé les prémices d’une réflexion socio-culturelle.

Parentalités est non seulement l’illustration éblouissante d’une mise en abîme photographique et d’une observation sociologique du monde dans lequel on vit, mais également une invitation au lecteur à s’interroger sur l’évolution de la place du compagnon animal et à se forger sa propre opinion. 

De surcroît, il s’agit du parachèvement d’une exposition qui a eu lieu à la maison de la culture d’Avintes au Portugal en février 2024 qui a suscité beaucoup d’intérêt à la fois sociologique, philosophique et même éthologique auprès du public.
Laissez-vous guider, le temps d’une déambulation, dans un enchevêtrement d’observations complexes mais délicates où Helder Vinagre s’affranchit du simple cadre de photographe et se pose a fortiori comme photojournaliste.

Préface du livre de Helder Vinagre, Parentalités…