Lounge Prague Erste : l’antichambre du lounge

C’est en déambulant à travers l’aéroport de Prague que je suis tombé par hasard sur cet escalier rouge qui mènerait selon les rumeurs au lounge. 

Me voilà en train de progresser le long de ce couloir, quand soudain à gauche, je vois deux hôtesses derrière un bureau surélevé, trônant devant deux énormes drapeaux, l’un européen, l’autre tchèque. 

J’aperçois au loin des canapés et des fauteuils sur lesquels des hôtesses de la compagnie nationales se sont affalées. L’une d’entre elle, me fait son plus grand sourire et coucou, je réponds et m’approche timidement. Sa collègue se lève aussitôt pour me prévenir : « désolée Monsieur, c’est un lounge présidentiel.
– Ah bon ? Le président est là ?
Lancé-je tout en scrutant au loin, ne voyant que des hôtesses de l’air.
– En fait, non,
bredouille-t-elle, mais comme il n’y a pas de personnalités ministérielles prévues aujourd’hui, on laisse les collègues se reposer avant leur vol. »

Quelle délicatesse… c’est pas en France qu’on aurait un tel soin. 
Dommage, j’aurai bien testé ce salon présidentiel avec cette belle compagnie. Je continue mon périple et arrive enfin au Erste Premier lounge. 

Je scanne ma carte d’embarquement, visiblement ça ne passe pas : 
– Vous êtes quel statut Monsieur ? m’interroge l’hôtesse
– Platinum, Madame
– Ah oh oui, bien sûr, allez-y…
Soupire t-elle en pointant les deux directions
– Vous me conseillez l’aile gauche ou l’aile droite ?
– Le lounge de droite est le meilleur

Je lui fais entièrement confiance mais comme les autres collègues journalistes de sont déjà installés à gauche, je n’ai pas le choix que de suivre comme un mouton. Tous les collègues sont assis les uns sur les autres sur des banquettes dans un coin du fond du lounge. 

Je décide de m’installer dans ce carré mitoyen où se trouvent quatre fauteuils blancs. Une collègue se met à côté de moi et part téléphoner. Deux verres coca-cola et une assiette vides traitent sur les accoudoirs des canapés en face. Probablement des restes qui n’ont pas été débarrassés. 

Mes affaires posées, je retourne vers le lounge de droite. L’hôtesse avait bien raison, ici il y a plus de place et un buffet assez garni, des pâtes à la sauce tomate, des plateaux fromage et salamis qui ont l’air de bonne fabrication et locaux. Un frigo avec une vitre transparente façon cave à vin mais les bouteilles de vin à l’intérieur sont à bouchon en vis. Tu sais déjà que tu es loin d’y avoir un grand cru et encore moins un cru tout court. Des grandes bouteilles de jus concentrés de la marque Cappy qui ne donnent pas envie non plus. Deux énormes bols de popcorn, l’un doit être sucré, l’autre salé, je suppose car je n’ai absolument pas l’envie de tester. 

« Tu trouves ton bonheur ? » me lance ce collègue qui dépose son verre et son assiette sur un chariot. Me voyant des plus dubitatifs mais n’attendant même pas ma réponse, celui-ci repart illico avec sa deuxième assiette. 

Il est inscrit sur le chariot que les passagers sont invités à débarrasser leur vaisselle et verres sales eux-mêmes. Tiens donc, on est chez Mc Donald’s ici ? Ce chariot trône lui-même devant une porte sur laquelle on peut lire : « premier private lounge », un lounge privatif « uniquement pour vous » avec un bar tout compris, et des « toilettes séparées ». À la bonne heure, manquerait plus qu’on ait les toilettes intégrés au siège. 

Je retourne m’installer dans le salon de gauche quand j’aperçois une valise grise, ornée d’une étiquette Platinum et d’une belle pochette avec un porte clé de cigare Cohiba. Mes affaires ont été quelque peu poussées et à la place quelqu’un a posé une soupe. 

« Ce sont vos affaires ? » me lance dans un anglais à l’accent à couper au couteau, cet homme à la montre suisse dont la couleur or est des plus éblouissantes :
– Vous, vous êtes français ?
– Oui
, réplique-t-il soulagé de parler en français
Ce sont mes affaires, en effet ! Lancé-je tout en m’asseyant
Je pensais que vos affaires étaient sur le siège d’à côté, alors je me suis permis de m’installer
Ce sont les affaires de ma collègue, mais vous pouvez deviner par la présence de cet autre sac qu’il y a une deuxième personne ici
Et votre collègue, elle n’est pas là, vous n’étiez pas là… bafouille-t-il
Je peux aller me servir au buffet le temps d’un instant ?
Mais où est donc votre collègue ?
– Elle est là, elle discute avec les autres collègues…
– Et vous vous étalez dans tout le salon ?
– Monsieur,
m’agaçais-je, nous sommes dix, comment voulez-vous faire avec une configuration de quatre fauteuils ?
Voilà, c’est ça les Français, ça se tient mal en France… mais à l’étranger vous êtes pires !
Votre remarque ne m’atteint pas, j’ai suffisamment de maturité pour ne pas me vexer
Vous trouvez ça normal, votre comportement dans ce salon ? Insiste-t-il. D’ailleurs, vous faites quoi à Prague ?
Je suis journaliste et j’écris un livre sur les lounges d’aéroport. 

Le monsieur reste interdit :
– Les lounges, comme celui-ci ?
– Tout à fait, et vous m’inspirez une belle histoire à raconter 
– Ah bah, vous parlerez de ces français insupportables alors,
persiste-t-il.

Je lui demande son nom. Étonnement, il me tend sa carte puis s’adoucit et me demande mon âge. « J’ai trois filles dont une à marier » murmure-t-il.

Comme quoi, un père qui vous rencarde avec sa fille… sur un malentendu, ça peut marcher ?

Allez, salut la compagnie !

Salon Air France CDG 2F : Souriez, vous avez été surclassé !

Il a bien changé le salon Air France du terminal 2F à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Fini le choix cornélien entre ces lounges de bas étage qui se trouvaient en bout de terminaux avec une répartition inégale, car tout le monde se dirige naturellement vers le plus près de sa porte d’embarquement. Désormais le nouveau lounge se situe au milieu, les flemmards seront servis.

Meilleure répartition, certes, sauf que tout le monde s’est agglutiné au rez-de-chaussée. Forcément, on se dirige vers l’étage en empruntant un vertigineux escalier dont les marches ont été disposées de telle sorte que si vous ne les enjambez pas deux par deux, l’on pensera que vous performez un menuet ou tout simplement que vous boitez. 

Le buffet du haut est quasi vide. Un passage en bas vous fait comprendre qu’il y a plus de choix ici. Il y a notamment ce chef qui vous sert des œufs brouillés, pas très appétissants. Alors vous vous rabattez sur ces pancakes arrosés de sirop d’érable. Vous remontez les manger à l’étage et comme ils étaient bons, vous redescendez vous resservir. 

Étonnant qu’il n’y en ait pas à l’étage, peut-être que ces crêpes québécoises avaient la flemme de prendre les escaliers ? Quoi qu’il en soit, eu égard, la quantité de calories que vous avez ingurgité, vous vous donnez bonne conscience avec le peu de marche sur vous venez d’effectuer. 

Le matin s’annonce calme et serein, avec ce magnifique lever du soleil qui s’offre sous devant yeux. Voilà de quoi se réjouir d’être venu aussi tôt. Quand soudain, vous percevez le bruit infernal d’un train en approche. Me serai-je trompé de destination, aurais-je confondu la gare du Nord et l’aéroport ? Que nenni, Monsieur et Madame sont en train de divertir bébé avec ces vidéos de tchoutchou, celles où des mordus de trains ont dû patienter quatre heures de bon matin pour voir défiler sur ce viaduc cette locomotive désormais classée au patrimoine ferroviaire. 

La grande nouveauté de salon 2F réside dans le fait qu’il y ait un espace de soin Clarins Traveller SPA, ouvert même le mercredi ! Dans cet espace zen, moins feutré que celui du terminal 2E, ce matin-là, c’est le sosie d’Ada Wong, célèbre espionne du jeu vidéo Resident Evil, qui vous prodiguera un soin à base de plusieurs crèmes. Un instant hors du temps, de 20 minutes, entièrement gratuit.

Hélas, l’étrange musique de fond — qui colle parfaitement à l’ambiance inquiétante du jeu de zombies — ne suffira pas à couvrir les sanglots de ce bébé rythmés par le tri des couverts, jetés nonchalamment de cœur avec ce tintamarre continu de vaisselle que l’on disposerait de la façon la plus indélicate provenant de l’étage inférieur du salon. 

A cette ambiance sonore chaotique, les quatre spots halogènes situés au-dessus de vous parachèveront cette sensation de subir un interrogatoire de police pendant un petit déjeuner à l’hôtel. 

Si vous parvenez à faire abstraction de tout ceci, vous profiterez très certainement de ce massage des mains, prolongé jusqu’au bout des doigts en passant par la paume suivi de ce délicat massage des épaules prolongé jusqu’en haut du cou. 

Et si vous êtes, comme moi, dépourvu de cette éblouissante capacité d’abnégation et de torpeur venue d’outre tombe, vous vous rassurez en vous rappelant que vous avez pu faire partie de cette vingtaine de privilégiés qui ont pu avoir un créneau dans cette prestigieuse institution du soin à la française.

Ayez l’air faussement détendu et zen au sortir du cabinet, pour encore mieux faire jalouser cette dame qui n’a pas eu la chance de trouver un créneau disponible avant l’embarquement.

La même attitude que vous adopteriez si vous appreniez qu’on vous a surclassé. Alors, vous souriez, mais pas trop quand même, hein ! Vous n’êtes qu’en Premium Economy. Eh ouais, faut pas abuser non plus…

Allez, salut la compagnie !

Le contrat de confiance

La demoiselle habillée tout de rose assise à côté de moi, tape frénétiquement sur son MacBook rose dont le thème Gmail est dans les mêmes tons… Sa conversation téléphonique, des plus indiscrètes, se rythme aux « clic, clic, clic » de ses ongles sur le clavier de son ordinateur. 

« Pouvez-vous jeter un œil à mes affaires svp ? » me missionna-t-elle dans son plus bel accent États-unien. À peine avais-je hoché de la tête, que Miss California avait déjà tourné les affreuses pantoufles moumoute-rose-flashy qui « coûtent une blinde » selon une consœur spécialiste dans la mode. 

Je ne bouge plus, tel un ninja observant les alentours, je retiens mon souffle et fixe son MacBook entrouvert comme une sentinelle. L’ordinateur n’est même pas en veille et ses deux iPhone trônent sur les accoudoirs du fauteuil à côté de son sac… Je me sentais encore plus responsable de ses affaires, alors je décidais de remplir mon job aussi sérieusement que son investissement dans ses faux ongles. 

Elle revint dix minutes plus tard avec une coupe de Cava et un bol de cacahuètes puis me gratifia d’un très succinct : « thank you », ce merci automatique que tu échappes nonchalamment à un concierge d’hôtel… À la différence que ce dernier aurait eu un petit tips ou une éventuelle deuxième coupe en guise de pourboire, à défaut d’une preuve inframince de convivialité.

Elle a vraiment pris la confiance, je crois. 

J’aurai pourtant pu être le plus grand bandit de la terre ? Et si j’avais voulu connaître les secrets industriels sur la sélection des prochains tissus qui vont augurer les saisons à venir des Fashion week ?

Et si j’avais voulu remplacer mon Mac — du même coloris — dont la batterie a gonflé et qu’Apple ne veut pas échanger, car ces derniers ont perdu leur dignité depuis la disparition de Steve Jobs ?

Je me résolus à aller chercher moi-même quelque rafraîchissement et fis un petit tour dans le salon de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol. Notre mistinguette lobotomisée par son écran ne daigna à peine me proposer de surveiller mon sac, elle se contenta d’un clin d’œil orné de son plus hypocrite sourire à l’américaine. Un tour, deux tours et un troisième parce que cette correspondance était quelque peu laborieuse mais surtout j’avais envie de ces fameux bonbons à la réglisse, qu’il n’y avait plus… 

Je revins à ma place. Mademoiselle Rose, en pleine conférence audio avec son casque sur la tête, n’avait que faire de mes affaires. Quand j’aperçus ce voisin en face de moi, qui me fit lui aussi un clin d’œil, pointant ostensiblement son MacBook Pro, me faisant comprendre qu’il prenait congé… Me revoilà, Macbooksitter malgré moi.

Ma ressemblance avec le célèbre Professeur dans la Casa de Papel, inspirerait-elle aussitôt une confiance aveugle de mon voisinage ? 

Car, si j’avais endossé le rôle au-delà de l’habit de moine, j’aurais déjà ouvert un Apple Store… Et si j’avais été un grand pirate j’aurais siphonné toutes ses données…
Mais comme je ne suis qu’un gentil petit passager, j’ai attendu qu’il revienne pour respecter ce contrat — tacite — de confiance. 

Un contrat que je commençais à théoriser, me rappelant une ancienne conversation avec un directeur d’exploitation d’un salon Air France. Celui-ci avait halluciné à l’idée que je laisse mon bagage le temps d’une course au duty free : « il y a peu de vols dans les salons, mais mieux vaut ne pas tenter le diable » m’avait-il prévenu, car « une fois le méfait commis, il est déjà trop tard ».

Celui qui voudra voler mon sac ne sera pas déçu du voyage, car ce que j’ai de précieux reste sur moi.

Quoi qu’il en soit, même si la confiance règne, la morale de l’histoire c’est de ne pas laisser ses affaires sans surveillance. Alors comme le dit Tonton David, je « passe le message à ton voisin ».

Allez, salut la compagnie !

Ma première fois… dans un Lounge

Il faut se réjouir si vous n’avez que deux terminaux à traverser pour rejoindre le Lounge KLM à Amsterdam Schiphol. L’aéroport étant tellement grand que si vous n’avez qu’une heure de correspondance, l’escale au Lounge peut rapidement se transformer en marathon. Ce jour-là, je suis large, j’ai plus de 4 heures de correspondance, c’est mon anniversaire et le vol que je m’apprête à effectuer va me permettre de passer au statut Gold.

J’arrive devant l’hôtesse KLM, une blonde reconnaissable avec sa tenue bleue emblématique. Je fais les yeux doux et lui explique ma situation, essayant de l’amadouer afin d’obtenir ses faveurs. Aussitôt, un grand sourire s’affiche sur son visage : « Ohhh, félicitations M. Latif et un très joyeux anniversaire alors ! » s’enthousiasme-t-elle. Puis, soudain, l’air grave, elle enchaîne : « malheureusement je ne peux vous faire rentrer dans le lounge et même si vous payez, vous devrez attendre deux heures, car nous sommes en heure de pointe… ».

Si près du but, quelle frustration…

Abasourdi par la rigueur néerlandaise et l’absence d’humanisme de l’hôtesse, je fais demi-tour et ressors. Je ne me dégonfle pas pour autant, et demande au premier passager qui se dirige vers le salon : « puis-je être votre invité ?
— Bien sûr !

Sans même expliquer quoi que ce soit, nous nous dirigeons vers le comptoir, devant la même hôtesse et le jeune homme lui lance : « c’est mon invité ! »

L’hôtesse sourit jaune, me fusille du regard, mais ne dit mot. J’étais un peu gêné toutefois je bouillonnais intérieurement de joie, pour ne pas me confronter à un éventuel deuxième refus.

Ça y est, je pénètre enfin dans mon premier Lounge. Un salon aux allures de Star Trek avec un look faussement futuriste de l’époque qui a très mal vieilli. Il y a de tout : des fauteuils, des canapés, des espaces de travail, des douches, qui ne donnent guère l’envie d’y mettre un doigt de pied, un fax ! — qui ne fonctionne plus, mais qui atteste bien que la décoration ainsi que le mobilier date du siècle dernier. Au fond, vous l’aurez rapidement senti, c’est le coin fumeur. Une bulle d’où s’échappe continuellement les émanations des passagers neurasthéniques à chaque va et vient.

Enfin, il y a cette cuve en inox, sous verre reliée à un tuyau menant à un robinet à pression. L’installation — factice — est toutefois, impressionnante. Normal, c’est Heineken qui régale. Une marque que je suis loin d’affectionner mais comme c’est local, je me laisse tenter. Il y a même un manuel qui vous explique comment servir la bière parfaitement, du rinçage de verre jusqu’au service.

Une blonde quelque peu décevante pour couronner ma première fois, mais surtout une bière reflétant harmonieusement bien l’ambiance régnant dans ce salon à Amsterdam, et qui de surcroît est à l’image de mon nouveau statut Gold : somme toute assez banale. Pour une première expérience, c’est raté.

Allez Proost ! comme diraient les aficionados d’Heineken, et salut la compagnie !

Daniel Latif

Le Lounge de bas étage

C’est presque tout un sport que d’accéder aux lounges du terminal 2F de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Situés en bout du terminal, il vous faudra zigzaguer entre les passagers qui attendent devant les portes d’embarquement « s’il vous plaît, pardon, permesso ».

Maintenant, vous devez prendre le plus exaspérant des escalator, celui à une file où il y a toujours quelqu’un devant vous. Et dans ces moments-là, le temps vous est compté. Arrivé au sous-sol, demi-tour et nous y voilà !

A gauche, tous les agents du comptoir d’accueil sont occupés, direction la machine pour scanner soi-même son billet. Les yeux se braquent furtivement sur vous… Va-t-il réussir à répondre à la question subsidiaire « avez-vous un invité ? ».

Subsidiaire et parfois éliminatoire, car le salon, étant très fréquenté, surtout les matins, l’on vous proposera des bons de 12 euros valables dans les restaurants, kiosques et cafés environnants.

Pour avoir pratiqué de long en large ce terminal, autant vous dire d’avance qu’avec cette somme vous n’avez même pas de quoi avoir un sandwich au Jamon Jabugo… 

La lumière verte s’allume, bingo ! « Bienvenue M. Latif » !

Maintenant, il faut trouver une place — et ça c’est une autre épreuve. 

Ici, plus de places. Là, non plus. Et ici, il y a visiblement personne mais un grand écran diffuse en boucle France 24, heureusement sans son, on comprend pourquoi ! Il semblerait que les passagers ont préféré éviter la sinistrose de bon matin. 

La particularité de ce salon, où la vue est imprenable sur les pistes et les avions, c’est qu’il est situé face à d’immenses baies vitrées qui sont là plupart du temps voilées par un rideau gris. Sans doute quelqu’un incommodé par l’irritant soleil parisien ?

Ce qui immanquablement oblige les occupants du salon à allumer leurs veilleuses au-dessus des sièges.

Et comme ces dernières restent toutes allumées y compris l’après-midi, cela crée une atmosphère d’aérodrome avec le balisage lumineux formant les longs couloirs pour guider les avions en vue de leur atterrissage. Quand vous prenez place dans les fauteuils, cela aveugle car l’éclairage frontal de la puissante LED vous donnera cette impression d’être au poste de police pendant un interrogatoire de garde à vue.

En matière de réveil, on a connu mieux ! 

Une expérience à l’image de la capitale à vous faire tirer la gueule et un buffet à la parisienne, notamment au petit déjeuner, qui vous laissera affamé avec ces croissants et pains au chocolat congelés, les mêmes qu’on sert dans l’avion…

Tout contribue à vous faire regretter d’y être passé.

Allez salut la compagnie !

Lounge Turkish Airlines Istanbul : la caverne d’Ali Baba

Nous voilà plongés dans un lieu quasi mystérieux, à la lumière tamisée et composé d’alcôves, dont l’admirable hauteur des toits rappelle l’atmosphère des palais des sultans ou le musée Sainte Sophie.

Je suis perdu dans ces méandres où se trouve un vestibule avec un billard et une bibliothèque. Un livre sur Atatürk est ouvert sur un pupitre. La presse, essentiellement turque, est posée en vrac sur un caddie… Mais on se calme ! Ici, on n’est pas là pour lire. Je continue mon périple.

« Que faire ? Où aller ? Où se poser ? » Les questions fusent… C’est le début de la soirée et, par chance, il n’y a presque personne. J’ai beau avoir l’embarras du choix pour m’asseoir, je n’arrive pas à me décider.

Je continue ma progression. À droite, derrière des rideaux à demi baissés, se cache une salle de cinéma avec fauteuils, grand écran et machine à pop-corn.

À peine ai-je visité le quart du salon que le directeur m’invite à goûter les mantis, ces fameuses ravioles turques faites maison à l’étage du dessous. « Il y a un étage ? » pensais-je, déjà perdu dans ces allées qui font penser à un labyrinthe.

Posé au milieu de nulle part, un buffet avec 12 variétés d’olives — olives de Bodrum, aux amandes, noires, vertes, à l’orange amère, de Rhodes, farcies aux poivrons rouges – ainsi qu’un petit texte qui vante la culture de l’olive depuis des millénaires. Pas mal, mais il m’en faut plus pour être surpris !

Pepsi ou Coca-Cola ? Les deux, mon général ! Rarement on aura observé un établissement pousser à ce point le souci du détail et laisser l’embarras du choix à son hôte. D’autant que le Pepsi est en canette « édition spéciale » avec son logo d’antan. Sinon rabattez-vous sur les classiques Sprite, Fanta, bière Efes en canette, Schweppes mandarine, bitter lemon, tonic, jus de tomate, jus d’orange, pomme…

Direction l’étage du dessous. Mieux vaut bien s’accrocher à la rambarde ou ne pas avoir le vertige face à l’énorme nébuleuse formée par les quatre escaliers qui se croisent au centre.

Cuisine chinoise par ici, cuisine italienne par-là, grillades par là-bas. Les petites ou grandes faims seront servies.

La mécanique est bien huilée. Comme un spectacle à Disney, tout est mis en œuvre pour assurer un moment de féérie. En effet, une ronde permanente dans laquelle des femmes de ménage défilent ainsi que des serveurs cachés derrière les colonnes ou dans des recoins s’assurent que tout soit au poil. À peine l’assiette terminée, comptez moins d’une minute et votre table est déjà débarrassée. C’est parfait.

On regrettera simplement ces frigos et hottes qui font un sacré bruit, surtout parce qu’ils sont mitoyens aux espaces canapés dans lesquels on s’avachit avec plaisir.

Impossible de qualifier l’endroit surréaliste où nous nous trouvons. Sommes-nous dans un Lounge ? Vraisemblablement non. Mieux que dans Loft Story, avec cette multitude de caméras disséminées dans des recoins improbables, ici c’est un peu comme à Hollywood. Une multitude d’espaces scéniques et des décors de rêve qui inspireront très certainement Steven Spielberg pour y tourner la prochaine adaptation des Mille et Une Nuits.

On passe de l’ambiance Central Perk dans Friends, au cosy d’un Lounge bar faussement jazzy avec ce piano à queue électrique Feurich. Élément de décor ou non, ce dernier est posé sur une estrade qui fait face à une multitude de canapés, et enchaîne remarquablement ces quelques faux accords les plus dysharmonieux qui parachèveront d’exécuter définitivement l’art de cet instrument — visiblement, cela ne semble aucunement déranger ces clients qui subissent cette irritante dissonance tout en restant stoïques.

Cela faisait quelque temps que j’entendais de la part de confrères ainsi que de globe-trotters, les plus chevronnés, la rumeur comme quoi le Lounge de Turkish Airlines à Istanbul n’avait rien à envier aux autres.

Ma mère m’appelle et me lance : « Tu es à Istanbul ? Tu repars déjà ? As-tu mangé des baklavas ?
Non, je n’ai pas eu le temps, soufflai-je dépité
Quel gâchis, c’est dommage ! »

Marchant machinalement, je me retourne et tombe nez à nez sur un chariot composé de baklavas aux noisettes et à la pistache !

Des pides (pizzas turques), fraîchement préparées devant vous en quatre déclinaisons, en passant par cette roulotte traditionnelle à simit (le bagel au sésame turc servi avec du beurre frais en provenance de Trabzon), sans oublier l’emblématique boisson turque qu’est l’ayran, jusqu’au café turc, accompagné de loukoums, les fameux Turkish Delights…

C’est à se demander : à quoi bon encore aller à Istanbul ?

Et pour cause, l’on ne compte plus le nombre de fois où l’on s’est dit qu’on est bien là, que si le vol avait du retard ou était annulé, cela ne poserait en aucun cas le moindre souci, vu qu’il y a même des suites pour passer une formidable nuit.

Car, la vraie question qui persiste est : « qu’est-ce qu’il n’y a pas dans ce Lounge ? »

Puis, on a des réminiscences de ces fameuses publicités mettant en scène le petit gratin de la FIFA, notamment Lionel Messi et Didier Drogba, ou ces célébrités d’Hollywood comme Morgan Freeman, se faisant servir le thé tel un Pacha, ou encore plus récemment ce vaniteux film publicitaire des plus abscons réalisé par Ridley Scott avec Sylvia Hoeks et Aure Atika, diffusé lors du Super Bowl.

Et l’on se dit qu’il ne manquerait plus que leur présence aux côtés de Tiger Woods qui dispenserait des cours pour améliorer son swing, dans cet espace simulateur golf Turkish Open… Et la boucle sera bouclée.

Allez, salut la compagnie !

Le mystère du Lounge Sheltair

Surtout, ne vous trompez pas de file, vous risqueriez de vous retrouver au contrôle aux frontières. Prenez bien le couloir à l’extrême droite. Dans le doute, serrez bien, longez le mur et grimpez vite les escaliers. Les policiers vous observent… 

Un panneau trône en guise d’accueil où l’on y lit : « Air Serbia, Austrian, Czech Airlines, Air Baltic, Air Malta, Belarusian Airlines, Finnair, Azerbaijan airlines, Georgian airways… »

Tout laisse à croire qu’on s’apprête à prendre « L’Orient Airways ».

Le décor compartimenté, la lumière d’époque et le calme mystérieux qui y règne vous feront croire à une reconstitution d’un Cluedo. Un chandelier, des bougies, qui n’ont jamais été allumées. Sécurité incendie oblige, on ose penser qu’il n’a jamais servi. Au-dessus d’un meuble, trône une tête de bouddha. Loin de méditer, il fait clairement la gueule !

L’on déambule et l’on parcourt ces pièces à travers un labyrinthe composé de plusieurs recoins où tout le monde est censé trouver son cocoon. A force de s’y balader, l’on arrive par hasard sur des espaces secrets, avec ce sosie de Poutine qui est en train de passer un coup de téléphone, la main gauche masquant sa bouche. Ça sent la conversation diplomatique !

Un lieu tellement décomposé et inquiétant que les passagers n’osent s’y poser seuls et finissent tous par s’agglutiner au même endroit, près du buffet, alors qu’ils disposent considérablement de place. 

Le plus effrayant, reste cette extension de salon, inaccessible mais visible à travers ces hublots où l’on a la réplique inversée du salon en vide, avec parmi les débris, ces restes de meubles, des câbles arrachés et détritus laissés à l’abandon faisant penser que le tournage du prochain Resident Evil s’est bien passé au cœur du terminal 2D.

Une intrigante omniprésence de caméras, des pots et des vases disposés absurdement. Enfin, il y a ce magnum de Champagne Jacquart vide — même le responsable du salon s’interroge encore sur la présence de ce producteur car ils ne servent point du vin de cette Maison — des décorations que nos bobos appelleraient volontiers « random » avec notamment ces banquettes en moquette incrustées dans des armoires qui invitent à faire un cache-cache, placées ça et là, à la façon d’une pièce « escape game », où il faut s’évader. Les amateurs de séries criminelles seront ravis !

S’ils avaient été encore en vie, les inspecteurs Derrick, Colombo ainsi que le Commissaire Navarro se seraient saisis de l’affaire et auraient uni leurs services de police afin de convoquer les ingénieurs entrepreneurs de ce salon en vue de faire la lumière sur cette architecture des plus douteuses.

Allez, salut la compagnie !