Mieux qu’un mois d’août à Paris

Au-delà du surréaliste, le calme qui règne à Paris est des plus insolites : « mieux qu’un mois d’août à Paris » commente Véronique penchée sur son balcon filant au cinquième étage. Un bus vide passe à toute allure, suivi d’un autre des plus fantomatiques, complètement éteint et qui affiche « Sans voyageur ». Les panneaux RATP indiquent que le trafic est perturbé.

Les rues de la capitale sont vides, tout juste clairsemées de quelques passants. Certains marchent au milieu des avenues, téléphone portable à la main pour immortaliser une belle carte postale d’un Paris qui respire à nouveau, par décret.

Hasard du calendrier des travaux ou simple coïncidence, on s’émerveille devant la façade du Palais Bourbon aux « colonnes pimpantes remarque Julien, un photographe parisien. C’est surprenant et d’autant plus rare d’avoir un contexte aussi photogénique » s’enthousiasme-t-il tout en dégainant son appareil photo.  

La place de la Concorde est vide, et pourtant le cliché ne bluffe guère de monde, comme le raconte cet officier de police qui se remémore des airs de dimanche matin. Si Eric et Ramzy voulaient tourner un deuxième opus du film Seuls two, le décor leur serait servi sur un plateau.

Les taxis attendent à la station sur le presque vierge boulevard Saint Germain. Fofana, sort de sa majestueuse berline noire, masque chirurgical autour du cou. On croirait qu’il vient de sortir du bloc opératoire et pourtant cet artisan taxi depuis 28 ans ne fait que profiter du boulevard Saint Germain vide pour se dégourdir les jambes.

 « Ça fait réfléchir… » observe-t-il, en constatant les portes closes du Café de Flore avec des chaises et tables en barricades. À la question, craint-il la proximité avec des clients potentiellement contaminés par le Covid-19 dans son taxi, le chauffeur remet aussitôt son masque sur son nez : « il faut être fataliste, sinon on ne travaille plus » philosophe-t-il.

LE CALENDRIER DE LA PEUR

Un jeune couple marche rapidement sur la rue du Four. « Mais si, ça doit être ouvert » lance-t-elle pour rassurer son bel ami. Approchant de l’angle avec la rue Bonaparte, ils arrivent devant une pharmacie fermée, sans affiche, ni indication d’alternative, alors que l’enseigne aux nombreuses croix vertes lumineuses clignote pourtant. Sur les avenues, seules les croix vertes des pharmacies et les enseignes des tabacs sont illuminées.

Quelques joggers passent, certains arborent un masque. Un couple court à un mètre de distance, mesure de sécurité oblige ou alors c’est juste le deuxième qui n’arrive pas à suivre la cadence du premier ?

Juliette, étudiante à Sciences Po Aix, promène sereinement son chien sur le boulevard. Loin de céder à la panique autour de l’épidémie, elle estime « la vision des masques anxiogène. Ces gens te donnent l’impression que tu as la peste quand tu passes à côté d’eux »

Elle raconte avoir préféré rentrer à Paris pour être au plus près de sa famille. « Les rassemblements ont été limités, ensuite les parcs ont été fermés, puis le discours d’Édouard Philippe a tout précipité. La montée de la peur et la psychose se sont fixées sur la parole de nos dirigeants et elles se sont multipliées sous l’effet des réseaux sociaux créant ainsi un calendrier de la peur » analyse-t-elle.

Alors que le Quai d’Orsay annonce une suspension des liaisons aériennes en Europe jusqu’au 17 avril, le ministre de l’Intérieur implore un confinement jusqu’au 31 mars, au moins… Étonnamment, l’Apple Store du marché Saint-Germain annonce une fermeture « jusqu’au 27 mars ». Des hôtels affichent une fermeture « pour une durée indéterminée », tandis que les kiosques sont fermés « jusqu’à nouvel ordre ».

Le temps s’est arrêté à 12H ce mardi mais le peuple est déjà impatient de retrouver sa liberté.  Il scrute le calendrier des jours prochains, avec une multitude de dates incohérentes et des échéances incertaines, a fortiori extensibles. Seul le compteur qui chiffre les morts et les contaminés continue à bouger.

La population attend la prochaine allocution de Godot ou celle du gouvernement prodigue annonçant la fin d’une « guerre sanitaire » ou plus vraisemblablement un prolongement du confinement dont la date de fin reste inconnue. Adieu les plannings, out les agendas. La France latine vit au jour le jour en rêvant du mois d’août. La seule échéance que les Français attendent, c’est celle de leur libération…

La liberté de se mouvoir. La liberté de contester. La liberté de commenter l’actualité au zinc du bar de son quartier. La liberté de donner son avis en live devant un public en chair et en os qui réagit de vive voix.  La main d’un pote sur son épaule. Le parfum d’une femme qui n’est pas la sienne, le spectacle de la rue, les bruits. Le miroir de l’autre. L’interactivité avec ses 5 sens. Voilà ce qui manque subitement et qui est irremplaçable.

Les smileys sont subitement devenus insuffisants. Il n’aura pas fallu une journée pour se rendre compte que les réseaux sociaux ne créent pas tant de lien que ça et qu’on s’ennuie déjà peu importe les nombreux messages qu’on envoie ou qu’on reçoit.

Le jour de leur libération, les français entreront dans un café voisin, ils serreront des mains qui ne sentent pas le gel hydroalcoolique ou le savon de Marseille, ils plongeront leurs doigts dans le bol de cacahuètes aux milliards de bactéries, ils commanderont un café, une bière ou un verre de vin blanc, ils s’embrasseront, et tout ne sera plus qu’un mauvais souvenir. En attendant, ils appliquent les décrets de leur démocratie chérie et rêvent de jours meilleurs.

Mieux qu’un mois d’août à Paris, en témoignent ces trois canards, sans doute échappés du jardin des Batignolles qui déambulent à 23 heures sur la chaussée place de l’église. Il aura fallu moins de douze heures pour que la nature commence à reprendre ses droits…

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Illustration : Anne-Catherine Belliot

Michou must go on !

Un calme saisissant règne sur la rue Caulaincourt. Les néons du café Au Rêve, brillent d’un bleu turquoise éclatant. En terrasse, Jean-Michel, un habitué, prend son café et observe les quelques badauds qui attendent déjà devant le cimetière Saint-Vincent . « Ce sont des places en or, vous êtes aux premières loges pour l’arrivée de Michou » lance une voisine. Intrigué, il commence à discuter avec les autres clients : « Brigitte Macron sera aussi présente » lui apprend un Montmartrois.

Alicia, professeur d’espagnol, est venue rendre hommage à ce personnage truculent que « tout le monde connaît ». Arrivent deux Poulbot, figures emblématiques, aux côtés de quelques membres de la République de Montmartre, reconnaissables par leur habits traditionnels composés de chapeau, cape, arborant l’écharpe rouge et une imposante médaille. Admirative devant un tel folklore, elle poursuit : « en Espagne aussi nous sommes traditionalistes, et c’est important, sinon on ne sait pas d’où on vient et on perd ses racines ». Regrettant de ne pas avoir eu le temps d’aller assister à son spectacle, « le cabaret, c’est comme notre flamenco. C’est une partie du patrimoine parisien qui s’en va, mais c’est une partie de nous qui meurt aussi » se désole-t-elle.

UNE PARTIE DU PATRIMOINE PARISIEN QUI S’EN VA

Un important dispositif de sécurité écarte la foule pour faire place à un corbillard, fraîchement repeint pour l’occasion aux couleurs de Michou. Alexandre, photographe qui passait par hasard, observe la scène : « il laisse plus qu’un souvenir, une trace dans ce quartier. C’est quelqu’un qui avait compris que l’être était autre chose que le paraître. C’était un Pedro Almodóvar avant l’heure ». 

Ce qui revient le plus souvent, au-delà de l’aspect culturel et artistique, c’est sa personnalité et sa générosité : « tous les gens qui venaient dans son cabaret, c’était des amis, il ne les prenaient pas pour des clients. Michou discutait, il était content de faire des photos avec eux » souligne Any d’Avray, créatrice de perruque. « Il maintenait les années populaires, faisait bouger tout le quartier et vivre encore le cabaret ».

« On reste optimiste, mais ça ne sera plus jamais la même chose… ». Arnaud, le patron du Nazir se rappelle avec émotion ses nombreuses visites dans son établissement : « c’est un monument historique qui a beaucoup fait pour tout le quartier et surtout les anciens ».
Ses proches, ses amis étaient tous réunis dans la bonne humeur et la convivialité. « On s’y attendait, et il nous disait : « j’espère que tu viendras à mon enterrement ». Ainsi, tout était préparé pour que son enterrement soit un moment d’amitié et de commémoration. Roger Dangueuger, ancien patron du cabaret « Chez ma cousine » et ami de Michou se remémore : « il disait que le cabaret ne lui survivra pas et pourtant, il y a toujours trois mois de réservations enregistrées, alors on espère que ça nous permettra de le garder encore un petit peu avec nous ».

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Génération « porno-écolo »

Qu’ils sont imaginatifs ces créatifs de Pornhub. À l’heure où tout le monde s’affole pour la planète, voilà une curieuse entreprise reine de l’évasion fiscale — mais pas que — qui rentre dans le bal des tartuffes.

« Aider à protéger les plages et océans contre la pollution […] pour chaque vues, nous ferons une donation à Ocean polymers ». L’intention était bonne, certes ! Jusqu’à ce que n’apparaisse la condition pour un tel don : « regarder l’intégralité de la vidéo sur Pornhub ». Car la holding luxembourgeoise rappelle dans le générique de la bande-annonce sa devise : « Plus c’est sale, mieux c’est » et là, tout est parti en live.

Fier d’annoncer sa nouvelle production cinématographique « Le porno le plus sale » en collaboration avec « Léo et Lulu », un couple français qui se prétend amateur mais dont les équipements et la performance ont de quoi faire saliver les plus professionnels dans l’industrie du X.

Ce duo d’acteurs de films adultes — aussi romantiques, charnels et voluptueux que leur pseudonyme —  qui résume leur état d’esprit « voyager à travers le monde et baiser partout » n’a pas hésité à donner de leur corps sur une plage déserte. La mise en scène est des plus élaborées, les plans de coupes enchaînés à merveille mais l’on s’attardera sur l’illustration des plus pathétiques de la pollution marine avec ce poisson mort gisant entre deux bouteilles en plastique toutes neuves.

Premier geste pour l’écologie, ce placement publicitaire en plan serré de nos french lovers déambulant en maillot de bain, claquettes de piscine Adidas sur le sable de cette plage abandonnée. Plus ils progressent à travers un banc de déchets plastiques, débris et de bouteilles de lessives, etc. plus l’excitation grimpe… La musique d’ambiance vous prend comme dans un film d’horreur et puis soudain, le climax : une bouteille de Coca-Cola qui donne le la aux festivités.

À défaut de prendre les déchets en main, Lulu prend le sexe de Léo en bouche. Copulant aux côtés d’hommes en combinaison contre les risques chimiques siglée Pornhub, équipés de masque de protection respiratoire. Le genre de personnage qui te fait rapidement comprendre que tu n’es pas vraiment au bon endroit et encore moins dans la meilleure des tenues. Loin de se poser les bonnes questions, Léo et Lulu commencent les préliminaires tandis que les figurants ramassent laborieusement ça et là ces déchets étalés sur le littoral.

NETTOYER LA PLANÈTE LE TEMPS D’UNE BRANLETTE

Après cinq minutes de préchauffage, le jeune Léo, au membre impressionnant mais qui peine à se raidir, s’extasie : « ah putain, finalement ». La suite ? Les mots-clés référencés sous la vidéo résument bien les 4 minutes 55 — montre en main — qui suivent : « blonde », « exclusif », « 60 images par secondes », « grosse bite », « hard », « jolie fille », « modèles vérifiés », « publique », « éjac »

Les hommes en combinaison ont terminé leur boulot. Pas un regard, ni même une considération et encore moins un merci de la part des jeunes exhibitionnistes qui partent aussitôt prendre un bain en mer.

Un court métrage grotesque rivalisant fantastiquement avec Cinquantes nuances de Grey qui laisse à désirer eu égard les prises de vues insipides et caricaturales : très gros plans, une fornication déliquescente, dépourvue de sens et encore moins de cadrage. En effet, les jeunes amoureux tiennent à préserver leur anonymat. Soit.

Au-delà d’un porno normé, « Léo et Lulu », les nouvelles idoles des 18-25 ans, ont sans le savoir, lancé une nouvelle vague du « porno écolo ». Une tendance dont découlera très certainement l’émergence de nouveaux producteurs qui exploiteront un nouveau filon : le porno Bio.

Daniel Latif

Il reste encore du poisson


L’histoire a tout d’un poisson d’avril, et pourtant… Les media ont saisi dans leur filets un « beau poissonnet ». Pour certains, il s’agirait même de caviar. Au vu du gabarit, l’on est sur un Béluga survitaminé en Oméga 3. Dépourvu d’OGM ? Sans garantie du gouvernement.

Notoirement connu par ses Chefs, pour ses qualités de vrai poisson nettoyeur : les petites larves, c’est son affaire.
Mais sa spécialité : les menues sardines qui nagent à contre courant. Après leur avoir mis deux pains, il en fait du Filet-O-Fish. Un petit péché mignon l’a perdu. Autrefois, heureux comme un poisson dans l’eau… Maintenant, il est presque sur le grill.

Le Chef Maquereau reste muet comme une carpe. Il ne se fait aucun sushi, car il a envoyé son Colombo pour noyer le poisson. Pendant ce temps-là, dans les bas-fonds espadons et piranhas se chargent d’appeler au calme et de respecter la tranquillité de leur écosystème.

Comme à son habitude, le banc de poissons tournera en rond dans son bocal, et, contrairement aux éléphants, même s’il n’est pané de la dernière pluie, oubliera rapidement.

Marre d’être pris pour des andouilles, d’aucuns auront beau crier « cétacé » !

Rassurez-vous, il reste encore de l’anguille et du requin.

Daniel Latif
Illustration : Camille Gaudefroy

« J’ai un nouveau BlackBerry ! »


Imaginez la tête de mon entourage lorsqu’ils ont aperçu l’étonnant mobile dans mes mains :
« Ah ! Enfin, tu as changé de tél… ?!
– Oui, j’ai un nouveau BlackBerry ! »

Cette réplique, aussi surprenante que cela puisse paraître, n’est ni un oxymore, ni une blague.

Après six ans de bons et loyaux services, mon BlackBerry Q10, n’a toujours pas rendu l’âme, contrairement aux nombreux iPhone qu’il a côtoyés.
Ayant survécu à de nombreuses chutes spectaculaires, deux élections présidentielles, françaises et étasuniennes, c’est vous dire la puissance du choc — et je ne vous parle pas des nombreuses moqueries et autres quolibets qu’il a notamment essuyés !

Six ans ! C’est long et ça a de quoi faire rager tous mes collègues qui, voyant le fidèle Q10 toujours aussi vaillant, voulaient se cotiser pour m’acheter un iPhone. Gardez bien cette généreuse intention, car elle vous sera des plus utiles lorsqu’il s’agira de remplacer le vôtre dans quelques mois, ou à la prochaine mise à jour !

Je me garderai de tomber dans l’éloge du KEYone, au risque de faire rager les aficionados de la Pomme ou passer pour un actionnaire de la marque. Mais il est difficile de ne pas s’enthousiasmer devant la résolution et l’affichage de l’écran, tout comme la qualité des photos capturées.

PLUS QUE DE LA FIDÉLITÉ, UNE CONVICTION

La sécurité est toujours au cœur des préoccupations chez BlackBerry mobile qui se targue de produire « l’appareil mobile le plus sécurisé au monde ». Et pour cause, le téléphone est doté de l’application « DTEK » qui se charge d’analyser en permanence le téléphone et vous informe en cas d’activité anormale.

Fidèle à l’esprit BlackBerry d’antan, le KEYone est doté d’une LED, customisable, clignotant à souhait pour vous avertir d’un nouveau message ou toute autre activité que vous auriez pu rater sans avoir à déverrouiller le téléphone… c’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup !

Promis, je ne m’étendrai pas non plus sur le clavier intelligent, et l’on ne s’attardera point sur la sensation de caresse des plus agréables lors de la frappe… Je reste cependant bluffé par la durée de vie de sa batterie. Même quand j’oublie de le recharger, le lendemain, il tient la journée !

D’aucuns se réjouiront du fait que le KEYone soit 100 % Android. Les puristes reconnaîtront que la transition entre l’OS BlackBerry et Android reste quelque peu déroutante et nécessite un temps d’adaptation. L’avantage : on peut télécharger la ribambelle d’applications des plus inutiles sur ce bijou.

Autre nouveauté du KEYone, le déverrouillage à empreinte digitale qui est une option très pratique lors d’usage intensif. Dernière nouveauté majeure, le téléphone n’est plus fabriqué au Canada, mais en Chine suite à un rachat. La différence est des moindres, l’on passe ainsi de BlackBerry à « BlackBerry Mobile ».
Bref ! Il a presque tout d’un iPhone, sauf le manque d’authenticité !

DIFFÉRENT, MAIS PAS BÊTEMENT DIFFÉRENT

Un smartphone reflète la personnalité de son propriétaire. Des goûts et des couleurs, on ne discute pas. Mais dans un marché complètement uniformisé, le BlackBerry reste la meilleure alternative pour affirmer, plus ou moins, son caractère.

Son design sobre mais chic incarne l’état d’esprit de la mûre. Car BlackBerry Mobile n’a pas les mêmes ambitions qu’Apple avec son iPhone. Sa rareté, en fait un gage de qualité et lui confère du cachet. En effet, à titre de comparaison avec le nombre de mobiles en circulation, avoir un BlackBerry serait l’équivalent de voyager en Première classe à bord d’un avion, alors que l’iPhone, en raison de son incroyable popularité, conférerait un statut de voyageur en classe Business pour ne pas dire Premium économique.

Être différent, sans nécessairement vouloir être bêtement différent. C’est sans doute, ce qui fait l’essence du KEYone et a fortiori ce qui explique pourquoi — encore aujourd’hui — je persiste et signe avec mon BlackBerry !

Daniel Latif

Bravo les Jeux Olymfrics !

Bravo quoi ?

2024, les Jeux ne sont pas encore faits et on crie déjà victoire ?

Mais de quelle victoire parle-t-on ?

ET 2017, ON EN PARLE, SINON ?

Les coupes budgétaires, baisses des dotations de l’État ?

Les postes supprimés, la précarité salariale, la fermeture des bureaux de postes ?

Le recrutement des enseignants, de médecins, d’infirmiers et personnels hospitalier ? Et les casernes de pompiers et acteurs de l’urgence et du secourisme qui n’ont pas les moyens de renouveler leur matériel ?

La performance, la fiabilité et sécurité des transports en commun ?

Le nombre d’heures cumulées dans les bouchons ?

Quand il n’y a plus d’argent pour certains, il en reste toujours pour les encarts publicitaires. Allez, souriez et dites « bravo », « à nous les Jeux » Olymfrics !

Daniel Latif

Le jour où j’ai arrêté de regarder la télévision

Télévision MosaiqueLongtemps je me suis couché de mauvaise humeur…

J’avoue, à peine réveillé, j’étais déjà devant « Télématin ». « Coucou c’est nous ! », encore lui à la tête de l’émission ? Il est vrai que « Tout le monde veut prendre sa place ». Décidément toujours entouré de ses « Z’amours » et des mêmes invités présentés comme la « Nouvelle star ». J’ai donc petit déjeuné devant les éditions du matin « Non Stop »… Soudain, la présentatrice m’ordonne : « Restez avec nous, après la pub… », «Taratata ! ». S’en suit l’habituel « Zapping », le temps s’écoule à une vitesse et il est déjà « Midi en France ».

Mais comme cela ne m’a point suffit, je me retrouve à regarder « La Nouvelle édition ». Voyant que l’appétence du fait divers n’en finit point, je décide d’écouter quelques bonnes nouvelles dans « Le 13h » de Jean-Pierre Pernaut mais aussitôt on m’a demandé « Allô docteurs ? », « Comment ça va bien ? » puis fait « Toute une histoire »… Après tout, si je veux fuir la sinistrose omniprésente dans l’actualité « c’est mon choix ». J’ai voulu éteindre le poste de télévision mais c’était en pleine « Édition spéciale » avec une « Enquête exclusive » alors on m’a gentiment averti : « Touche pas à mon poste ! ».

« Le Grand journal » et le « Petit journal », victimes de « L’Effet Papillon », s’y sont donné à cœur joie et ont affiché des « Guignols » prétendument en train de faire l’Info. Après avoir été mis à rude épreuve, j’ai fui les « Esprits criminels » et je me suis échappé du « Fort Boyard » pour aller chez « Les filles d’à côté ».
Prenant mon courage à deux mains, je leur annonçai que « J’irai dormir chez vous », c’est « Ce soir (ou jamais !) », elles m’ont rétorqué que c’était « Zone interdite » alors «On ne va pas se mentir », j’ai traîné avec « Galzi jusqu’à minuit ».
« Bref », encore une fois, « on n’est pas couché ! »

Daniel Latif
Illustration : Cunione

Quand Pikachu égaye le train-train quotidien du bus

Il règne une étrange ambiance dans ce bus 21 de la RATP. Étonnamment, les passagers sont assis dans le silence et ont le sourire. Le regard amusé, ils observent la réaction des nouveaux arrivants. Tous, sans exception, valident leur titre de transport et restent interloqués, regardant le chauffeur… Aussitôt, ils s’humanisent. Certains sont admiratifs, d’autres dubitatifs s’interrogent à la vision de cette célèbre peluche jaune : « comment il s’appelle déjà ? Ah oui, mais c’est Pikachu !!! » puis ils disent ensuite bonjour au chauffeur. Chaque nouveau passager a son petit mot : « Oh ! Il est très beau le Pikachu ! » lance un Monsieur. « Pika, Pika, chu ! » s’amuse un touriste asiatique qui en profite pour prendre un cliché, les bons souvenirs refont surface.

Pikachu RATP

« PIKACHU CHANGE TOUT, JE NE FAIS RIEN, NI PLUS NI MOINS QU’UN AUTRE COLLÈGUE »

Domi est machiniste receveur à la RATP. Il n’est pas nécessairement fan du dessin animé japonais mais il raconte que sa fille lui a donné son Pikachu pour qu’il se sente « moins seul dans le bus ». Il prit donc l’habitude de le ranger dans son sac pour aller au travail. Un jour, alors qu’un touriste lui demande le plan de la ligne, notre chauffeur sort le Pokémon jaune de son sac, car assez volumineux, puis le pose nonchalamment sur le portillon. Les commentaires et remarques bienveillantes n’ont pas tardé à suivre, Domi se rend compte que Pika capte l’attention puis appelle naturellement à la gentillesse.
« Ça change tout et je ne fais rien, ni plus ni moins qu’un autre collègue ». Depuis, la souris jaune fait tous les trajets de nuits en sa compagnie sur la ligne 38.

Conscient que l’image d’une grosse bestiole jaune peut provoquer quelques moqueries, il assume et préfère en rire lui aussi car « cela permet de briser la glace et l’image austère du chauffeur puis cela apporte de la bonne humeur ».

bus RATP BonjourAlors que les bus RATP abondent d’affiches appelant à la courtoisie, caricaturant le lot d’incivilités qui se produisent quotidiennement dans les transports en commun, qui aurait pu croire qu’une simple peluche pourrait rendre les conditions de voyage dans un bus des plus agréables ?

Vous pourrez croiser Pikachu sur les lignes 38, 28, 21 et 88.

Daniel Latif

La Conférence Berryer : le Palais de justice a son ‎Jamel Comedy Club

La Berryer 2015Palais de Justice, un étrange public composé de jeunes étudiants se presse pour prendre place dans la salle des Criées. Des effluves de riz au soja, sushis, sandwiches poulet mayonnaise et des frites burgers Macdo se répandent dans cette chambre au prestige éminent. Au cœur de l’ancien palais des rois de France, où certaines pièces datent même du XIIIème siècle, la scène est quelque peu affligeante. En effet, non contentes d’y pouvoir poser leur séant, certaines iront même jusqu’à reposer leur affreuses paires de tennis sur les bancs et contre les balustrades au mépris du lieu classé monument historique de France.

Au bout de trois heures d’attente, une rumeur ambiante infernale se propage, dans une chaleur étouffante, alors que certains s’agitent tels des écoliers à la cantine, d’autres arrivent étonnamment à se plonger dans une lecture religieuse de leur livre.

Ce fourmillement de profanes est venu assister à la Conférence Berryer. Un concours d’éloquence, datant de la fin du XIXème siècle, où deux « valeureux candidats » viennent répondre à une question ayant trait à personnalité invitée et sur laquelle ils ont planché deux semaines durant.

A l’issue de leur performance, ces derniers s’exposent à la critique des douze Secrétaires de la Conférence, de jeunes avocats élus après un concours jugeant de leur aptitude oratoire, le tout sous l’œil de l’invité prestigieux qui, pour clôturer cette saison 2015 est le directeur de la rédaction de l’Express : Christophe Barbier.

Arrivant la clochette à la main, l’agitant avec frénésie, Louis-Romain Riché, 4ème Secrétaire et Président de la Conférence Berryer, crie du haut de son estrade : « Peuple de Berryer !!! ». Ce maître de cérémonie svelte, aux lunettes rondes, du haut de son mètre quatre-vingt quinze, porte une très longue écharpe rouge autour de son cou — tombant jusqu’à ses genoux — à la façon de Christophe Barbier. Arrive les autres secrétaires vêtus eux aussi à l’effigie du célèbre éditorialiste d’iTélé.

L’ambiance est survoltée et rappelle ces amphis délirants d’étudiants en première année de médecine. L’invité, Christophe Barbier, arrive sous les applaudissements et les cris d’ovation, tellement pris dans l’effervescence et telle une rockstar, Barbier ira même jusqu’à escalader la table pour saluer l’audience.

Christophe Barbier Berryer

Louis-Romain Riché redonne aussitôt de la voix et calme la foule en secouant sa clochette : « Peuple de Berryer, nous t’avons entendu ». Commence alors un portrait approximatif de l’invité dressé par Cosima Ouhioun, deuxième secrétaire de la Conférence décrivant l’invité « musclé comme un sandwich SNCF », soulignant son omniprésence dans les médias : « je passe plus de temps avec vous, à travers l’écran, qu’avec mon époux qui est à cran ! » puis, s’adressant à Christophe Barbier, s’obstine à vouloir connaître la symbolique de cet accessoire rouge emblématique : « votre écharpe, cache-t-elle des pellicules ? La lavez-vous ? En avez-vous plusieurs exemplaires… ? ». Autant de question que, il faut l’avouer, tout le monde se pose secrètement.

L’EXPRESS EST-IL EN RETARD ?

Le premier candidat est présenté par Louis-Romain Riché, passant le CV du jeune avocat au peigne fin, tout en le raillant, le 4ème Secrétaire lui rappelle le sujet : « L’Express est-il en retard ? Vous répondrez à cette question par l’affirmative ! ». Voilà le premier orateur jeté conference berryerdans la fosse aux lions. Assis parmi la foule, il se lève et d’un air assuré, commence… péniblement car trop accroché à lire ses feuilles. Les secrétaires ainsi que Christophe Barbier écoutent attentivement et prennent des notes. Après avoir développé la première partie sur l’historique et la notoriété des “Unes” tabous de l’hebdomadaire, tout en filant la métaphore du train, les jeux de mots et calembours ont fusé, faisant plus ou moins rire l’audience : «L’Express aurait-il perdu son Humanité ? ». Un des secrétaires perd patience et lâche un « ta gueule ! ». Louis-Romain Riché veut mettre fin à la souffrance du premier candidat et commence à caresser la cloche comme pour annoncer la proche fin de la déclamation. Notre premier candidat conclut aussitôt et en profite pour se vendre auprès de Christophe Barbier : « je vous propose très humblement mes services à votre magazine ». Une collaboration qui sera d’autant plus facile car l’Express ne propose pas de piges actuellement.

ON N’AURA JAMAIS AUTANT RI DANS LE PALAIS DE JUSTICE

Vient le moment tant redouté du jugement dernier, le 12ème secrétaire est le premier à délibérer. Jouant lui aussi sur la métaphore ferroviaire, il compare l’intervention interminable à un « long tunnel » et conclut de façon cinglante : « tu es à l’éloquence ce que la grâce est à la ligne 13 un lundi matin à 7h25… une incompatibilité ! ».

Les secrétaires passent les uns après les autres, certains convaincants et mordants, d’autres, peu convaincus de ce qu’ils déclament, tombent parfois dans une théâtralité pour tenter de compenser leur maigre répartie. Seul face à un jury aussi nombreux, le combat est plus qu’inégal et le candidat en prend pour son grade. Les blagues des secrétaires font penser à des vannes sorties tout droit de dessins animés — avec des airs de battle de rap, allant parfois frôler le plus que douteux : « un tétraplégique ne peut pas courir, tu n’es pas l’Oscar Pistorius de l’éloquence ».

Un autre secrétaire confie une de ses craintes : ‎« qu’est-ce que se passe s’il fait un bon discours ? ». Heureusement, ce n’était pas le cas affirme-t-il soulagé.

Barbier Berryer

La parole revient enfin à Christophe Barbier : « mais quelle sauvagerie » commence-t-il presque estomaqué. Loin de cautionner cet acharnement et trouvant que la prestation du premier orateur n’était pas si catastrophique, il ajoute : « je vais défendre ce candidat ». Après une longue diatribe, il enchaîna quelques calembours dont : « nos journaux sont faits pour emballer le poisson, c’est pour ça que dans la salle des Criées je me sens chez moi ! » pour enfin conclure sur : « faut-il réviser les décisions d’acquittement ? Eh bien non, je vous acquitte ».

LE BARBIER EST-IL RASOIR ?

Pour le deuxième sujet : « Le Barbier est-il rasoir ? Vous répondrez par la négative ». Le second candidat habillé en costume, cravate et pochette se lève pour se faire présenter à l’audience. Il a une barbe fournie et taillée, et fait étrangement penser à ces avocats dans les séries télé judiciaires américaines. Le maître de cérémonie introduit ainsi un étudiant en école de commerce de l’ESSEC incapable d’envoyer son CV en entier. La plaidoirie commence et il perd aussitôt son assurance, bafouille puis revient à ses notes à de nombreuses reprises. Le public se regarde et l’on entend dans les rangs : « C’est une blague ? ». La gêne devenant tellement grande, quelques mécontents quittent la salle, beaucoup rient jaune et certains se prennent la tête dans une ambiance lourde à essayer de trouver une cohérence dans un exposé dont l’éloquence fait penser à un canular complotiste. Le summum du saugrenu sera atteint avec une comparaison entre Barbier et un vampire, affirmant que ce dernier est méconnaissable sans son écharpe. Il finira ainsi : « Ce n’est pas pour vous couvrir d’éloges, quoi qu’un stage serait de bon aloi ». C’est une hécatombe. Les secrétaires s’affairent à leurs stylos, tels des candidats dans le jeu Des chiffres et des lettres, mettant sur feuille leurs répliques. Le compte semble bon, ils délibèrent.

Salle Criees Palais justice

UN BEL ÉCHEC POUR LE CANDIDAT DE L’ESSEC

Un secrétaire commence : « Cher Richard, ou peu importe en fait… On a l’impression d’être les petits pâtés de ta farce. Tu resteras dans nos mémoires, mais pour de mauvaises raisons ». Un autre craque et ne peut s’empêcher de faire un quolibet sur son nom : « on pensait qu’on avait un champion, mais dans la catégorie Pierre Richard, on a trouvé mieux ». Notre étudiant de l’ESSEC rentre dans une torpeur, rit jaune, se frotte la barbe, gêné puis croise les bras… Soudain, alors qu’il essuie de cinglantes critiques, Richard sort un sandwich et c’est le pompon ! On n’aura jamais autant rigolé dans un Palais de Justice, dans une chambre mitoyenne à la Salle d’Audience de la Première Chambre supplémentaire du Tribunal de grande instance. Riché ira même jusqu’à lui ôter « le pain de la bouche » partageant son casse-croûte avec les secrétaires.

Enfin, c’est au tour de Christophe Barbier « Redscarfman » de venir porter assistance au malheureux candidat de l’ESSEC qui vient d’essuyer un bel échec : « Richard, vous avez dit la vérité, et quel endroit plus beau qu’un palais de justice pour dire la vérité ! ». L’ensemble de ses notes ayant été lues par Cosima Ouhioun, qui manquait d’inspiration, eu égard la contre performance précédente, Christophe Barbier s’en est brillamment tiré avec une pirouette verbale et a félicité le courage des candidats qui ont su affronter un jury quelque peu excessif. Une conclusion corroborée par Louis Boré, ancien Secrétaire de la Conférence en 1996, qui n’a pas hésité à remettre en place certains secrétaires insolents en soulignant leurs remarques « très très ras des pâquerettes ».

Une soirée qui aura très certainement eu le mérite d’inspirer Christophe Barbier qui doit être « en panne de sujets », après avoir traité à maintes reprises « les francs-maçons, les musulmans et la crise de l’immobilier en Île-de-France ». Si cette joute oratoire a eu l’effet d’exutoire pour les participants, Christophe Barbier n’a toujours pas livré le secret de son écharpe rouge.

Daniel Latif

Pourquoi je persiste et signe avec mon BlackBerry

Blackberry“Quand est-ce que tu décides d’avoir un vrai téléphone ?” Voici le procès que l’on me fait régulièrement. L’on m’accuse ainsi d’être has been. Tout ça parce que je suis Blackberry. J’avoue, j’en suis fier. Certes, mon BlackBerry Q10 porte le nom d’une crème Nivea. Mais cela décrit à merveille la sensation de douceur que j’éprouve lorsque mes pouces effleurent les touches du clavier. L’appellation Q10 évoque cependant très justement des performances qui seraient supérieures à n’importe quelle Audi.

BLACKBERRY MÛRIT ET APPREND DE SES ERREURS

Exit le Bold, Curve, Javelin, Pearl ou encore Torch… ‎Les nouveaux BlackBerry rompent avec la tradition des noms exotiques‎. En janvier 2013, c’est le début de la commercialisation du Z10. Le Canadien a voulu empiéter sur l’esprit de l’iPhone, délaissant ainsi le clavier physique au profit d’un écran tactile, et ce fut bien là son erreur. Ce ne sera que sous l’impulsion de son nouveau PDG John S. Chen que la firme à la mûre mûrit en présentant le Passport, un drôle de téléphone aux dimensions similaires au document de voyage. BlackBerry PassportUne émulation plutôt réussie qui propose aux globe trotters une sorte d’hybride tablette offrant une lecture ergonomique et confortable, grâce notamment au clavier touch-sensitive : une innovation sur un clavier physique capable de faire défiler de façon tactile une page sans avoir à toucher l’écran avec ses doigts.
Mais BlackBerry a compris ses aficionados, après avoir démocratisé BBM en novembre 2013 pour iPhone et Android — séduisant aujourd’hui plus de 90 millions d’utilisateurs, elle décide de la mise sur le marché du BlackBerry Classic, un smartphone qui revient aux sources. Au bonheur des nostalgiques du Bold désireux de retrouver les sensations du bon vieux clavier et du pavé tactile remis au goût du jour avec le système BlackBerry 10.

SMART COMME OBAMA ET SEXY COMME KIM KARDASHIAN

Malgré les innombrables fausses rumeurs concernant la vente ou la santé de la société canadienne et en dépit de la forte pression sociale, des Apple addicts prêchant et tentant inlassablement de convaincre les derniers hérétiques de se convertir à la secte de la pomme, les irréductibles du BlackBerry subsistent. Les “BlackBerrystes” sont comme un cercle élitiste tendant à vouloir plus ou moins consciemment à se différencier de la masse. Parmi eux, des personnalités comme Barack Obama, qui le revendiquent ou encore Kim Kardashian, entre autres, qui confesse en avoir acheté trois exemplaires du Bold en supplément, de peur que l’un d’entre eux ne tombe en panne, car elle reconnaît être liée à la marque “cœur et âme”. BlackBerry Bold Passport Q10Qu’elle se rassure, les BlackBerry sont réputés pour leur robustesse notoire, très loin de l’image des iPhones, bien connus pour être fragiles, dont la vitre se fissure sans peine.
Car le groupe canadien n’ambitionne pas de jouer dans la cour du marché des terminaux de masse et préfère concentrer sa stratégie sur une clientèle d’entreprise. En effet, si l’iPhone enregistre des volumes de ventes proportionnels à ceux de la Renault Clio, la voiture la plus vendue en 2014, le BlackBerry, lui, serait classé au rang d’une Lamborghini Gallardo.
Les quolibets sur BlackBerry et ses utilisateurs sont légion sur Twitter. Mais rira bien qui rira le dernier, car avec un retour à l’équilibre et enregistrant un bénéfice de 20 millions de dollars, BlackBerry… encore !

Et c’est pour cela que je persiste et signe avec mon BlackBerry.

Daniel Latif