« Vous prenez quoi ? »
La question est lancée à la table avec un léger désespoir, alors que tout le monde a déjà choisi. Toi, non. Tu scrutes la carte comme si elle allait soudain te révéler une option cachée, un passage secret, une boisson qui ne dirait rien de toi.
Au café, on ne choisit jamais une boisson innocemment.
Mais la carte n’est pas inspirante. Et pour cause : dans la majorité des cafés français, c’est toujours la même litanie. Coca-Cola, Sprite, Orangina, Schweppes, limonade. Les grands classiques. Ajoutez à ça la bière, le vin et le café. Le tout, sauf après 18 heures, parce que « désolé, on a nettoyé la machine ».
Choisir devient alors un exercice périlleux. Car quoi que tu prennes, tu seras jugé.
– Un Coca ?
Quelle audace. Le choix par défaut, celui qu’on prend quand on n’a plus d’idées, ni d’énergie mentale.
– Un Schweppes ?
Yes, « What did you expect ?». Le message est clair, inutile de développer.

– Une coupe de champagne ?
L’élégance, certes, mais prépare-toi aux regards et à la question rituelle : « Quelque chose à fêter ? »
– Un Orangina ?
La boisson nostalgie. Toujours trop chère pour ses 25 cl et toujours un peu frustrante, comme l’enfance.
– Un chocolat chaud ?
Il ne manque plus que le cartable et les petits écoliers pour compléter le tableau.
– Un sirop ?
Toi, tu cherches les ennuis.
– Un cappuccino ?
On entend déjà le soupir du barman depuis le fond du bar.
– Un thé ?
Un Lipton ou un Comptoir Richard sans saveur, qui va surtout réussir l’exploit de chauffer ta carte bancaire plus que ton palais.
– Un café ?
Le quinzième de la journée. Mais comme tu ne savais pas quoi prendre…

– Une bière ?
Ici, pas d’artisanale. Juste de la bière de soif. Pour ne pas dire autre chose.
– Un verre de vin ?
Le fameux Pic Saint-Loup ouvert depuis deux jours, qu’on essaie de refourguer à toutes les sauces.
– Un vin chaud ?
Malheureux. On ne fait pas ça — correctement — en France.
– Un Spritz ?
Tu le prends par mimétisme. En réalité, tu n’aimes pas ça.
– Un mojito ?
Tu veux surtout croquer de la glace et te faire remarquer par le bruit de la paille.
– Un ginger beer ?
Original, mais tu vas devoir expliquer à toute la table qu’il n’y a pas d’alcool dedans. Personne ne te croira.
– Un Perrier ?
Ambiance. Heureusement qu’il y a la rondelle de citron pour mettre un peu de soleil dans Paris.
– Un Ricard ?
On entend déjà les cigales et les boules de pétanque claquer peuchère.

– Un Ricqlès ?
Allons. Tu ne les fais vraiment pas. Le bar non plus, d’ailleurs, depuis le siècle dernier.
– Une Suze ?
Tu veux surtout vérifier que l’inventaire a été bien fait. Spoiler : oui, RAS.
– Une Red Bull ?
« C’est pas bon pour la santé », « c’est dégueu » avec grimaces à la chaîne. Les mêmes personnes qui en ont vidé des litres à la vodka en soirée.
– Un jus en bouteille ?
Secoue-le bien et prépare un peu d’eau pour faire passer l’acidité.
– Un jus pressé ?
Plus de pamplemousse, plus de citron, plus d’orange. En fait, le serveur a juste la flemme.
– Un Jägermeister ?
Là, tu as lâché une bombe. Te voilà immédiatement catalogué.
– Un kir ?
Bon choix… jusqu’au moment où la serveuse précise : fraise, myrtille ou framboise.
Alors tu finis par opter pour une Valse.
On avait compris que tu ne savais pas sur quel pied danser. Quoi qu’il en soit, prépare-toi à devoir expliquer ce que c’est.
À ta santé.
Daniel Latif
Photo : DL /DR
« Qu’est-ce que je vous sers ? » me lance la serveuse. Je réponds aussitôt : « La carte s’il vous plaît ». Indécis, moi ? Non, varions les plaisirs ! Me voilà plongé dans une interminable carte. Un jus ? Pas tomate, je viens d’en prendre un dans l’avion. Carotte ? Eu égard du prix, il porte bien son nom. Une orange ? Elle était trop concentrée. Pamplemousse, en bouteille également. La seule chose de pressée ici, c’est la serveuse.