Située au cœur de Copenhague, sur la mythique place de Kongens Nytorv, non loin du palais d’Amalienborg, résidence de la famille royale, une scène presque irréelle se dévoile chaque hiver. Juste devant l’iconique hôtel D’Angleterre, une patinoire éphémère s’installe, défiant la solennité du lieu par sa poésie glacée.
L’imposante façade de l’hôtel, mêlant élégamment architecture victorienne et raffinement scandinave, est notoirement connue dans tout le nord de l’Europe pour ses décorations somptueuses et ses illuminations spectaculaires, capables à elles seules de faire oublier les longues nuits d’hiver.

À la tombée du jour, Rexh Shala, responsable de la patinoire, enclenche l’immense guirlande de LED qui enserre l’anneau de glace : « c’est plus hyggeligt ainsi ? » lance-t-il à sa collègue, qui acquiesce aussitôt d’un sourire complice.
« Hygge »… Rexh s’amuse de ce mot que tout le monde tente de traduire. « Le hygge, ça ne se définit pas vraiment. Ça veut juste dire prendre du bon temps, rendre un moment plus cozy et profiter ». Et ici, le concept semble avoir trouvé son écrin parfait.
Installer une telle patinoire au cœur de la capitale danoise n’est pas une mince affaire. Près de deux semaines de travail ont été nécessaires, suivies d’un entretien quotidien minutieux. Un effort largement récompensé : depuis 1999, la patinoire revient chaque hiver, ajoutant une couche supplémentaire de magie et de hygge à cette place royale déjà chargée d’histoire.

Selon plusieurs médias danois, Katy Perry et Orlando Bloom auraient même été aperçus patinant incognito avec leurs enfants. Difficile de résister à l’appel de la glace lorsqu’on séjourne juste en face d’un tel décor.
Parmi les patineurs du jour, Arthur Lervad, menuisier-ébéniste, vient tout juste de s’offrir une paire de patins Bauer. De passage par hasard sur la place, il n’a pas résisté à la tentation d’essayer immédiatement son nouveau cadeau. Un tour, puis deux. Le geste revient vite. Le coup de patin n’a pas été oublié.Arthur se dit « ravi de reprendre le patin à glace, nouvelle résolution de l’année, surtout après huit ans sans patiner ».
Bien calé dans ses Bauer Supreme M40, qu’il juge particulièrement agiles, il rappelle que le patinage est avant tout une question de confort. Pour tout bon patineur, avoir ses propres patins reste essentiel.
Une patinoire circulaire en plein centre-ville, sur une place aussi emblématique, à deux pas de Nyhavn. Ici, personne ne semble pressé. Tout est extravagant, presque irréel, et pourtant profondément apaisant. Les bancs originels de la place, restés accessibles malgré l’installation, invitent à s’y poser quelques instants, à observer, à mieux saisir l’âme de Kongens Nytorv et à en apprécier chaque détail : « c’est un plaisir à regarder », commente Andréa, étonnée de n’avoir vu personne tomber pour le moment.

Au fil des tours, le panorama se dévoile et se redécouvre sans cesse. Le regard glisse sur le patrimoine danois : au centre, la majestueuse statue équestre de Christian V, sculpture baroque datant de 1688 ; un peu plus loin, le Théâtre royal danois ; l’Académie royale des beaux-arts installée dans le palais de Charlottenborg ; l’ambassade de France, dont l’énorme panneau publicitaire, érigé depuis de nombreuses années, vient malheureusement gâcher la vue sur ce bâtiment historique de 1683. Dans le prolongement, les façades multicolores typiquement danoises de Nyhavn, puis Magasin du Nord, ce grand magasin de style Renaissance. La boucle est bouclée.
Il ne manque plus que la neige pour parfaire cette carte postale de Copenhague. Le temps d’un surfaçage, et le miracle se produit. Confirmé par les cris d’émerveillement des passants et des patineurs, les premiers flocons commencent à tomber, de plus en plus nombreux. Les enfants exultent, les adultes retrouvent le sourire. Chacun ralentit, observe et savoure cet instant tant attendu depuis Noël.
Malgré le froid redoutable, la place de Kongens Nytorv n’a jamais semblé aussi chaleureuse, encore plus féerique, enveloppée dans cette parenthèse hivernale où le hygge prend tout son sens.
Daniel Latif
Photos: DL /DR