Ça, c’est l’effet Cauet

Piètre Cauet Corentin Stouf Vito

Mardi 27 janvier, 6h55.

Le réveil s’allume. La chanson qui passe sur Europe 2 est Blue du groupe Eiffel 65. Pendant quelques secondes, le doute est permis. Le décor sonore est celui d’un début de journée de janvier au début des années 2000. Une époque où les matinales radio donnaient encore le tempo des journées, où l’on se levait avec les mêmes voix, les mêmes jingles, les mêmes réflexes.

Puis la voix arrive : « Da beu di da beu da, booonnjooour, oui je sais, c’est très pénible d’avoir un type qui chante à côté de vous quand vous n’êtes pas réveillé », lance Cauet, d’une étonnante vitalité.

Le retour vers le futur se fera pourtant par une autre voix. Celle de Piètre, son fidèle acolyte, qui nous ramène aussitôt en 2026 d’une phrase sèche et familière : « et je sais de quoi je parle », bougonne-t-il, lui qui revit « la même routine matinale depuis le 28 avril 2025 ».

Ce matin-là, Cauet le confesse d’ailleurs à l’antenne : « On est à l’heure pour une fois, pile poil » lance-t-il avant le top horaire.

Il pleut des cordes à Paris. Rien n’invite à sortir du lit, encore moins à partir travailler. Et pourtant, dès que l’on allume le poste, cette voix que l’on a tant entendue refait surface. Une voix qui a accompagné et sorti du lit des générations d’auditeurs.

Nous sommes bien en 2026. Cauet est de retour sur Europe 2.

Les horaires ont toutefois évolué, passant de 6h-10h à 7h-11h. Les murs aussi ont changé : le mythique 26 bis rue François 1er, dans le 8e arrondissement, a laissé place, depuis quelques années déjà, à la rue des Cévennes, dans le 15e. Pour le reste, tout semble étrangement familier : quasiment le même jingle, les mêmes notes, la même mécanique.

Toujours épaulé par Piètre, Cauet s’entoure désormais de Stouf et Corentin. L’émission est parfaitement huilée. Il enfile ses oreillettes et prend l’antenne avec ce flegme d’antan, intact.

Au programme du jour : quizz sur les entreprises françaises, infos insolites, chansons parodiques, jeux avec des auditeurs, de gros cadeaux à gagner jusqu’à un an de loyer offert. Une formule éprouvée, qui n’a manifestement pas pris une ride.

Dans « L’émission qui déchire », on parle de tout. Sans prétention, mais toujours dans une atmosphère de convivialité. Les discussions passent du covering mat des voitures à la manière dont Instagram a démocratisé le mauvais goût en matière d’accords de couleurs et de carrosseries.

Les séquences s’enchaînent avec rythme et fluidité. L’auditeur est happé. Cauet donne régulièrement la parole à « la France qui bosse et qui se lève tôt ». Artisans, plombiers, boulangers, personnel hospitalier. Ce matin-là, c’est Nathan, médecin, qui intervient. Il évoque les déserts médicaux, un sujet sérieux, traité sans lourdeur, avant que l’équipe n’enchaîne sur un quizz pour mieux connaître son métier et glaner quelques anecdotes croustillantes de son quotidien.

L’ambiance est familiale. Et surtout, on rit. Les auditeurs le disent eux-mêmes. Michael, plombier dans l’Aisne, résume l’état d’esprit : « je me fends la gueule tout le temps, vraiment, avec vos histoires ».

« C’est vrai qu’on rit avec pas grand-chose », concède Cauet.

Rien n’a réellement changé. Et ce n’est pas un hasard. L’émission conserve ce petit côté Jackass qui amuse la galerie et réveille une nostalgie assumée.

Quand Piètre se lamente de n’être que le mardi, Cauet réplique aussitôt, « je suis bien le matin, je suis bien le mardi, j’arrive en roulade. D’ailleurs, ça fait longtemps que j’ai pas fait de roulades, vous vous souvenez ? On faisait la roue quand on était à l’école ».

Le défi est lancé. Il se poursuivra dans le couloir pendant la publicité.

Cauet et sa bande rient de tout. Ils s’en amusent sans jamais se moquer. Rien de clivant, rien d’excluant. Toujours une forme de bienveillance, presque affectueuse. Le jeu des imitations fait partie du rituel : Pierre Bellemare, François Hollande, Trump… le répertoire est large.

La politique n’est pas absente. Elle est commentée, discutée, replacée dans l’actualité. Mais toujours avec une approche de bon sens. « Je ne fais pas de politique quand je dis ça », prend-il soin de préciser.

« Les années Europe 2 »

En l’an 2000 déjà, Cauet, alors directeur d’antenne d’Europe 2, nourrissait l’envie de prendre le micro. Un savant mélange de pilotage éditorial et de création qui avait permis de faire de la matinale la plus populaire de France, propulsant la station en tête des audiences radio, notamment auprès des jeunes.

Le passage d’Europe 2 à Virgin Radio, entre instabilité managériale et abandon d’une marque pourtant solidement installée, a marqué un tournant. Un virage qui a durablement fragilisé la station.

Aujourd’hui, ça s’entend, ça se voit. Cauet aime ce qu’il fait, au-delà de son talent : « moi j’aime profondément la radio, oui, comme j’aime profondément le fait de parler aux gens, j’aime la radio ».

Alors Europe2 rejoue la carte de la madeleine de Proust. Comme un reboot d’une série doudou, on reprend l’animateur chouchou et on relance une époque. Et les chiffres suivent.

La matinale de Cauet enregistre une forte progression d’audience, rassemblant 672 000 auditeurs entre 7h et 11h, avec une hausse marquée en un an, notamment sur la cible des 25-49 ans, atteignant ses meilleurs niveaux de part d’audience depuis cinq ans.

Parfois, il suffit d’une voix, d’un ton, d’une ambiance familière pour se sentir à nouveau en famille. Celle qui accompagne les réveils, rassemble les générations et rappelle pourquoi on aime tant la radio. Refaire vivre les plus belles « années Europe 2 », c’est sûrement ça c’est l’effet Cauet.

Daniel Latif
Photos : DL /DR