La nuit au Parc Martin Luther King

Avec la canicule, Paris devient particulièrement insupportable. Sur les chaînes d’information comme dans les conversations de comptoir ou de terrasse, les mêmes voix s’élèvent : il ne fallait pas tout bétonner. Cela fait pourtant depuis les années 2000 que l’on entend cette lamentation, tandis que les immeubles continuent de pousser à tout-va. Quand le bâtiment va, tout va — mal.

Parmi les rares mesures remarquables de ces journées étouffantes figure l’ouverture tardive de certains parcs. C’est ainsi qu’un soir, je découvre avec surprise les portes du parc Martin Luther King encore ouvertes.

Il est toujours agréable de pouvoir se frayer un chemin à travers un peu de nature dans Paris, car la promenade prend une autre dimension la nuit. La différence de température est notoire par endroits. On respire mieux, loin du bitume qui continue de restituer la chaleur accumulée pendant la journée.

Le parc lui-même apparaît sous un jour nouveau. Son architecture, parfois troublante, devient plus intrigante dans la pénombre. Ses allées se transforment en longs couloirs silencieux et les quelques puits de lumière font redécouvrir des espaces auxquels on ne prête pas forcément attention en journée.


Au sol, des rails dessinent des jonctions qui ne semblent avoir d’autre fonction qu’esthétique. Un couloir à deux voies, éclairé de violet, évoque probablement l’ancienne gare de marchandises autrefois installée au cœur des Batignolles. Le dispositif peut ressembler à un trompe-l’œil, mais il incarne la nuit une présence singulière.

Parcourir le parc à cette heure donne presque l’impression d’y être entré par effraction, alors que les grilles sont bien ouvertes. Les passants vont et viennent tranquillement et trouvent aisément une place sur un banc. Certains sont encore assis sur la pelouse et lisent malgré la pénombre. Des groupes d’amis discutent dans différents coins, sans musique forte ni agitation particulière.

Malgré leur présence, un certain silence règne. L’ambiance est paisible, harmonieuse, propice à la promenade comme à la rêverie.

On se demande alors pourquoi les parcs ne restent pas plus souvent ouverts la nuit, au moins pendant l’été. Ces espaces offrent de la fraîcheur, du calme et la possibilité de se promener, s’échapper du tumulte de la ville ou se retrouver sans avoir à consommer.
Il pourrait en aller de même pour les musées, dont les horaires prolongés ou les nocturnes restent trop rares. La nuit à Paris ne devrait pas seulement conduire vers les bars, les restaurants et les commerces : on devrait aussi pouvoir marcher sous les arbres, lire sur un banc ou s’attarder devant un tableau ou se nourrir d’un peu de culture.


Car il y a un charme qui opère la nuit à Paris. Ouvrir davantage les parcs permettrait d’offrir une autre manière de vivre la capitale : déambuler, embrasser, saisir et apprécier la beauté des différentes architectures, retrouver des amis ou simplement profiter d’un peu de silence.

L’expérience du parc Martin-Luther-King montre qu’une présence nocturne n’entraîne pas forcément du bruit ou du désordre. Ce soir-là, chacun semblait simplement heureux de trouver un peu de fraîcheur dans un Paris devenu irrespirable.

Daniel Latif