Plusieurs plans m’avaient été proposés : une « masquerade party » — bof — ou une « dancing music party ». Non, merci.
Aucune envie d’un dîner guindé, encore moins de vivre l’impatience artificielle du passage à 2026. Juste celle de prendre le temps. Du bon temps. Sereinement. Il faut le reconnaître : pas de plans a souvent été le meilleur plan. Alors suivons cette philosophie et embrassons la Saint-Sylvestre dans ce qu’elle a de plus précieux : la spontanéité.
Le dîner de réveillon s’improvise ainsi, presque naturellement, chez Mikkeller Færgekroen, au cœur du plus ancien parc d’attractions du monde : le Tivoli. Aucune réservation, évidemment. Mais Clara — serveuse solaire et attentive — trouve une solution.
Me voilà installé face au lac des jardins du Tivoli, là où se déroule un spectacle d’illuminations d’inspiration féerique : lumière, son, laser, feu, fumée et eau s’unissent dans une chorégraphie inspirée de Casse-Noisette, portée par le fil d’or de la musique de Tchaïkovski.
Le hasard fait bien les choses. La rencontre d’un couple bourguignon, venu célébrer un anniversaire, se transforme en discussion chaleureuse, puis en tablée partagée. Le réveillon prend corps.
À table, la tradition danoise se raconte avec sincérité. Des plats classiques, préparés avec soin, à partir d’ingrédients locaux de grande qualité. Le menu de Noël met à l’honneur le pâté de foie maison, le filet de carrelet croustillant, le généreux schnitzel viennois ou encore la poitrine de porc lentement rôtie. La maison excelle aussi dans l’art du smørrebrød, ces sandwichs ouverts emblématiques, travaillés avec précision, saisonnalité et ce savoir-faire danois justement réputé.

Ce soir, je choisis un grand classique : le Stjerneskud, garni de crevettes et d’œufs de truite. Une explosion de fraîcheur, nette, élégante. Pour accompagner ce plat à la fois savoureux et familier, une stout export sélectionnée par le brasseur Mikkeller : ronde, profonde et réconfortante.
En dessert, le patrimoine gastronomique danois s’invite à nouveau avec un divin risalamande. Et pour conclure, un havtorn snaps : doux, subtilement parfumé à l’argousier, préparé maison. Servi jusqu’à ras bord, comme la tradition l’exige. Skål !
Le froid est mordant, mais ici, le bon sens règne encore. Lampes chauffantes à l’extérieur, chaleur de l’accueil, convivialité assumée : on profite de l’air frais sans renoncer au plaisir.

Direction ensuite l’atelier de Johan Bülow, le confiseur spécialiste des Lakrids, pour une note de réglisse tout en douceur. L’art délicat — presque audacieux — de rendre la réglisse universelle, déclinée en près de vingt parfums permanents, parfois plus selon les saisons : menthe givrée, caramel beurre salé, fraise amère… Une gourmandise maîtrisée.
Puis cap sur le Nimb. L’American Bar offre refuge et chaleur autour d’un gløgg, vin chaud traditionnel accompagné d’amandes et de gâteaux à la cannelle, faits maison bien évidemment.
Le cinq étoiles, à la stature de palace, s’active. Ici, tout est prêt pour offrir à ses hôtes un passage à la nouvelle année inoubliable. Les privilégiés s’apprêtent à rejoindre le rooftop, autour de la piscine, pour assister au feu d’artifice du Tivoli. La direction et le personnel sont aux petits soins ; le temps s’efface dans une parenthèse aussi magique qu’inattendue.

Si cette période devait avoir un parfum, ce serait celui d’Amouage, qui habille harmonieusement le Nimb. Une senteur délicate, présente jusque dans les savons et crèmes pour les mains — attention précieuse en cette saison où la peau est mise à rude épreuve.
À 23 heures, le Tivoli lance officiellement les festivités. Un feu d’artifice orchestré par une équipe de pyrotechniciens chevronnés, mondialement reconnus. Un spectacle éblouissant qui laisse petits et grands les yeux levés, et semble émouvoir jusqu’au ciel lui-même.
Une coupe de champagne Ruinart accompagné d’un kransekage — que je surnomme affectueusement le gâteau de la reine, tant il est associé aux mariages royaux et réceptions officielles — viennent sceller l’instant. Une douceur de pâte d’amande, en anneaux superposés, simple et symbolique.
Skål og godt nytår !
Que 2026 soit tout aussi savoureuse.
Daniel Latif
Photos : DL, Flemming Gernyx /DR
« Atchoum ! »