Dis-moi ce que tu bois, je te dirai qui tu es

« Vous prenez quoi ? »

La question est lancée à la table avec un léger désespoir, alors que tout le monde a déjà choisi. Toi, non. Tu scrutes la carte comme si elle allait soudain te révéler une option cachée, un passage secret, une boisson qui ne dirait rien de toi.

Au café, on ne choisit jamais une boisson innocemment.

Mais la carte n’est pas inspirante. Et pour cause : dans la majorité des cafés français, c’est toujours la même litanie. Coca-Cola, Sprite, Orangina, Schweppes, limonade. Les grands classiques. Ajoutez à ça la bière, le vin et le café. Le tout, sauf après 18 heures, parce que « désolé, on a nettoyé la machine ».

Choisir devient alors un exercice périlleux. Car quoi que tu prennes, tu seras jugé.

Un Coca ?
Quelle audace. Le choix par défaut, celui qu’on prend quand on n’a plus d’idées, ni d’énergie mentale.

– Un Schweppes ?
Yes, « What did you expect ?». Le message est clair, inutile de développer.

Une coupe de champagne ?
L’élégance, certes, mais prépare-toi aux regards et à la question rituelle : « Quelque chose à fêter ? »

Un Orangina ?
La boisson nostalgie. Toujours trop chère pour ses 25 cl et toujours un peu frustrante, comme l’enfance.

– Un chocolat chaud ?
Il ne manque plus que le cartable et les petits écoliers pour compléter le tableau.

– Un sirop ?
Toi, tu cherches les ennuis.

– Un cappuccino ?
On entend déjà le soupir du barman depuis le fond du bar.

– Un thé ?
Un Lipton ou un Comptoir Richard sans saveur, qui va surtout réussir l’exploit de chauffer ta carte bancaire plus que ton palais.

– Un café ?
Le quinzième de la journée. Mais comme tu ne savais pas quoi prendre…

– Une bière ?
Ici, pas d’artisanale. Juste de la bière de soif. Pour ne pas dire autre chose.

– Un verre de vin ?
Le fameux Pic Saint-Loup ouvert depuis deux jours, qu’on essaie de refourguer à toutes les sauces.

Un vin chaud ?
Malheureux. On ne fait pas ça — correctement — en France.

Un Spritz ?
Tu le prends par mimétisme. En réalité, tu n’aimes pas ça.

– Un mojito ?
Tu veux surtout croquer de la glace et te faire remarquer par le bruit de la paille.

– Un ginger beer ?
Original, mais tu vas devoir expliquer à toute la table qu’il n’y a pas d’alcool dedans. Personne ne te croira.

– Un Perrier ?
Ambiance. Heureusement qu’il y a la rondelle de citron pour mettre un peu de soleil dans Paris.

– Un Ricard ?
On entend déjà les cigales et les boules de pétanque claquer peuchère.


Un Ricqlès ?
Allons. Tu ne les fais vraiment pas. Le bar non plus, d’ailleurs, depuis le siècle dernier.

– Une Suze ?
Tu veux surtout vérifier que l’inventaire a été bien fait. Spoiler : oui, RAS.

Une Red Bull ?
« C’est pas bon pour la santé », « c’est dégueu » avec grimaces à la chaîne. Les mêmes personnes qui en ont vidé des litres à la vodka en soirée.

– Un jus en bouteille ?
Secoue-le bien et prépare un peu d’eau pour faire passer l’acidité.

Un jus pressé ?
Plus de pamplemousse, plus de citron, plus d’orange. En fait, le serveur a juste la flemme.

Un Jägermeister ?
Là, tu as lâché une bombe. Te voilà immédiatement catalogué.

Un kir ?
Bon choix… jusqu’au moment où la serveuse précise : fraise, myrtille ou framboise.

Alors tu finis par opter pour une Valse.
On avait compris que tu ne savais pas sur quel pied danser. Quoi qu’il en soit, prépare-toi à devoir expliquer ce que c’est.

À ta santé.

Daniel Latif
Photo : DL /DR

2026, inattendue, déjà savoureuse

Plusieurs plans m’avaient été proposés : une « masquerade party » — bof — ou une « dancing music party ». Non, merci.

Aucune envie d’un dîner guindé, encore moins de vivre l’impatience artificielle du passage à 2026. Juste celle de prendre le temps. Du bon temps. Sereinement. Il faut le reconnaître : pas de plans a souvent été le meilleur plan. Alors suivons cette philosophie et embrassons la Saint-Sylvestre dans ce qu’elle a de plus précieux : la spontanéité.

Le dîner de réveillon s’improvise ainsi, presque naturellement, chez Mikkeller Færgekroen, au cœur du plus ancien parc d’attractions du monde : le Tivoli. Aucune réservation, évidemment. Mais Clara — serveuse solaire et attentive — trouve une solution.

Me voilà installé face au lac des jardins du Tivoli, là où se déroule un spectacle d’illuminations d’inspiration féerique : lumière, son, laser, feu, fumée et eau s’unissent dans une chorégraphie inspirée de Casse-Noisette, portée par le fil d’or de la musique de Tchaïkovski.

Le hasard fait bien les choses. La rencontre d’un couple bourguignon, venu célébrer un anniversaire, se transforme en discussion chaleureuse, puis en tablée partagée. Le réveillon prend corps.

À table, la tradition danoise se raconte avec sincérité. Des plats classiques, préparés avec soin, à partir d’ingrédients locaux de grande qualité. Le menu de Noël met à l’honneur le pâté de foie maison, le filet de carrelet croustillant, le généreux schnitzel viennois ou encore la poitrine de porc lentement rôtie. La maison excelle aussi dans l’art du smørrebrød, ces sandwichs ouverts emblématiques, travaillés avec précision, saisonnalité et ce savoir-faire danois justement réputé.

Ce soir, je choisis un grand classique : le Stjerneskud, garni de crevettes et d’œufs de truite. Une explosion de fraîcheur, nette, élégante. Pour accompagner ce plat à la fois savoureux et familier, une stout export sélectionnée par le brasseur Mikkeller : ronde, profonde et réconfortante.

En dessert, le patrimoine gastronomique danois s’invite à nouveau avec un divin risalamande. Et pour conclure, un havtorn snaps : doux, subtilement parfumé à l’argousier, préparé maison. Servi jusqu’à ras bord, comme la tradition l’exige. Skål !

Le froid est mordant, mais ici, le bon sens règne encore. Lampes chauffantes à l’extérieur, chaleur de l’accueil, convivialité assumée : on profite de l’air frais sans renoncer au plaisir.

Direction ensuite l’atelier de Johan Bülow, le confiseur spécialiste des Lakrids, pour une note de réglisse tout en douceur. L’art délicat — presque audacieux — de rendre la réglisse universelle, déclinée en près de vingt parfums permanents, parfois plus selon les saisons : menthe givrée, caramel beurre salé, fraise amère… Une gourmandise maîtrisée.

Puis cap sur le Nimb. L’American Bar offre refuge et chaleur autour d’un gløgg, vin chaud traditionnel accompagné d’amandes et de gâteaux à la cannelle, faits maison bien évidemment.

Le cinq étoiles, à la stature de palace, s’active. Ici, tout est prêt pour offrir à ses hôtes un passage à la nouvelle année inoubliable. Les privilégiés s’apprêtent à rejoindre le rooftop, autour de la piscine, pour assister au feu d’artifice du Tivoli. La direction et le personnel sont aux petits soins ; le temps s’efface dans une parenthèse aussi magique qu’inattendue.

Si cette période devait avoir un parfum, ce serait celui d’Amouage, qui habille harmonieusement le Nimb. Une senteur délicate, présente jusque dans les savons et crèmes pour les mains — attention précieuse en cette saison où la peau est mise à rude épreuve.

À 23 heures, le Tivoli lance officiellement les festivités. Un feu d’artifice orchestré par une équipe de pyrotechniciens chevronnés, mondialement reconnus. Un spectacle éblouissant qui laisse petits et grands les yeux levés, et semble émouvoir jusqu’au ciel lui-même.

Une coupe de champagne Ruinart accompagné d’un kransekage — que je surnomme affectueusement le gâteau de la reine, tant il est associé aux mariages royaux et réceptions officielles — viennent sceller l’instant. Une douceur de pâte d’amande, en anneaux superposés, simple et symbolique.

Skål og godt nytår !

Que 2026 soit tout aussi savoureuse.

Daniel Latif
Photos : DL, Flemming Gernyx /DR

Journée internationale de la raclette au Drugstore Publicis Champs-Élysées

Les origines de la raclette remonteraient au Moyen Âge, en Suisse, dans le canton du Valais. À l’époque, les bergers valaisans faisaient chauffer leur fromage au feu de bois avant de le racler sur du pain ou des pommes de terre. Un geste simple, rustique, qui donnera son nom au plat.

Le fromage utilisé est aujourd’hui connu sous l’appellation Raclette du Valais AOP, un fromage à pâte mi-dure, traditionnellement fabriqué à partir de lait cru de vache.

En France, la raclette connaît un véritable essor à partir des années 70, avec l’arrivée des premiers appareils électriques permettant de faire fondre le fromage directement à table. La convivialité devient alors indissociable du plat.

Le 13 décembre, la raclette à l’honneur

Le 13 décembre, c’est la journée internationale de la raclette. À cette occasion, Seb a organisé le #ParisRacletteDay au Publicis Drugstore, sur les Champs-Élysées. Un lieu mythique, avec vue sur les Champs et sur l’Arc de Triomphe, qui se prête étonnamment bien à l’exercice. Avec les décorations et illuminations de Noël, la raclette s’y installe comme une évidence, entre effluves de fromage fondu et regard porté sur l’une des avenues les plus célèbres du monde.

La raclette, une affaire de convictions

Pour Clément Cavadore, grand amateur de raclette, il est temps de trancher le débat : « arrêtons de parler de saison de la raclette, car c’est toute l’année la saison ». Un avis partagé par Raimund Kunz, ancien ambassadeur et diplomate suisse, avec qui j’avais eu le plaisir de déguster une raclette un 1er août, au Swissôtel The Bosphorus d’Istanbul, par plus de 35 degrés. Preuve, s’il en fallait une, que la raclette n’a que faire du thermomètre.

Même tonalité chez Yann, chef et restaurateur français : « la raclette, on se pose trop de questions avant de la manger : “est-ce bien la saison ? fait-il assez froid ?” Et on culpabilise après, parce que c’est vrai, ce n’est pas le plat le plus léger. Mais au final, on devrait en manger toute l’année, et ça devrait être remboursé par la sécurité sociale ».

Fromages, variations et liberté

Le fromage à raclette est un fromage au lait cru, à pâte pressée, spécialement élaboré pour être chauffé. Pour l’événement, on retrouve notamment le fromage du Meilleur ouvrier de France, M. Janier. Mais la raclette se décline aujourd’hui pour tous les goûts : à la truffe, au poivre, aux grains de moutarde, au vin blanc, fumée, à l’ail.

La légende dit qu’une vraie raclette repose sur ce trio incontournable : fromage, charcuterie et pommes de terre. Mais les légumes sont toujours les bienvenus, et il serait dommage de s’en priver.

Il est également possible de revisiter la raclette avec du morbier, de la montagnette d’Aydius au Jurançon ou même du saint-nectaire, qui apporte un fondant et une onctuosité remarquables. Et surtout, ne pas oublier les essentiels : les cornichons, oignons et salade.

Une organisation collective

Cette performance a été rendue possible grâce aux bénévoles des Toques Françaises, dont la mission est de partager et valoriser la gastronomie française dans le monde. Grâce à leur mobilisation, un service continu a pu être assuré de 11h à 22h, pour un total de plus de 1 200 couverts.

La balade digestive de rigueur

Après le repas, quoi de mieux qu’une petite marche sur cette avenue mythique ? Les Champs-Élysées, l’Arc de Triomphe, la ville qui continue de vibrer. Il ne manque plus que la neige.

Vivement l’année prochaine !

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Daniel Latif
Photos : Jordan Rey, DL /DR

Les saveurs lyonnaises s’invitent au lounge Air France

Décidément, le lounge Air France du terminal 2F ne cesse de surprendre, notamment sur le terrain gastronomique. Après la présentation de la nouvelle carte signée en personne par le Chef François Adamski — un moment particulièrement remarqué — le salon poursuit sur sa lancée gourmande.

« À l’occasion de la sortie du Beaujolais nouveau, on a élaboré un menu pour la semaine », présente Rudy Faliex, Chef exécutif chez Servair. Une parenthèse événementielle articulée autour des grands classiques des bouchons lyonnais, équivalent régional de la brasserie parisienne.

Toute la semaine, en plus de l’offre chaude habituelle, les voyageurs peuvent ainsi savourer un saucisson brioché, nappé d’une sauce bourguignonne, ou encore une quenelle de brochet relevée d’une bisque de homard. Deux plats emblématiques, pensés pour conjuguer authenticité lyonnaise et élégance du service Air France.

Pour accompagner ces mets, une sélection pointue des vins servis à bord est proposée : un Château Ollieux Romanis, cuvée Prestige 2021, et un Condrieu de Paul Jaboulet, « un vin de connaisseur » glisse Rudy Faliex. De quoi transformer une simple halte en un véritable moment de dégustation.

Aux tables du lounge, l’enthousiasme se lit immédiatement. « C’est extraordinaire ! » s’exclame une passagère, ravie d’avoir « pour une fois un peu de temps, devant elle, pour manger ». Car ici, qu’il s’agisse du petit-déjeuner, du déjeuner ou du dîner, « c’est la première étape vers un embarquement » poursuit Rudy Faliex : un rituel où la gourmandise fait partie intégrante du voyage.

Et comme la curiosité est un doux défaut, impossible de repartir sans demander quelles seraient les prochaines surprises. Réponse du chef : à partir du 20 décembre, le salon se mettra à l’heure des fêtes avec des meringues et des sablés de Noël, ainsi qu’un gâteau au yaourt aux « épices de pain d’épices ».
Du 23 au 25 décembre, un menu foie gras–saumon fera son apparition, accompagné d’une eau aromatisée imaginée spécialement pour l’occasion, aux notes de banane, cannelle et pain d’épices.

Entre Beaujolais nouveau, spécialités lyonnaises et prémices gourmands des fêtes de Noël, le lounge du 2F confirme son statut de halte privilégiée pour les voyageurs en quête d’un embarquement… savoureux.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Le Chef Adamski s’invite au Lounge Air France

Il y a des moments, parfois, où le hasard s’invite au salon Air France du Terminal 2F. Entre deux vols, une surprise : le Chef François Adamski est là, en veste blanche à col tricolore et à l’œuvre. Une session de cuisine en direct, un rare instant de contact entre la restauration et les passagers — un moment de création culinaire à vue, presque intime.

C’est alors qu’on mesure que les plats servis ici ne sont pas de simples repas de transit, mais des assiettes pensées, travaillées, portées par une véritable équipe.

Aujourd’hui, Air France dévoile la nouvelle carte d’automne imaginée avec la signature culinaire de François Adamski, Chef corporate de Servair, Meilleur Ouvrier de France 2007 et Bocuse d’Or 2001.

Au menu du jour : pâtes radiatori à la crème de champignons, potirons sautés aux herbes. « C’est un plat de saison, j’aime bien ces pâtes, car la crème pénètre bien dans les radiatori, ça amène du moelleux et de la gourmandise », confie le Chef Adamski, un brin de passion dans la voix.

Et pour prolonger la dégustation, le Chef suggère un accord mets et vins : un Condrieu de chez Jaboulet 2019, Les Cassines de la Vallée du Rhône, un Château La Clape 2022, ou tout simplement, une coupe de champagne Pommery Brut Royal.

Deux autres plats chauds accompagnent ce ballet gourmand. Poulet sauce truffonade et mélange de légumes, « un plat réconfortant et gourmand, accompagné de différents légumes d’hiver pour la couleur et la saveur », précise le Chef. Et puis la fraîcheur de gnocchetti aux deux saumons et sauce citron-aneth, « un crémeux de saumon pour apporter de la gourmandise aux gnocchetti, eux-mêmes relevés par des zestes de citron et d’aneth. Un plat frais et gourmand rehaussé de saumon fumé ».

La file s’allonge devant le stand. « On essaie de reprendre en température et après je continue le service », sourit le Chef MOF, heureux de pouvoir échanger quelques instants avec ses convives.

Pendant ce temps, Olivier, sosie de Richard Gere, avoue qu’il se « resservirait volontiers une troisième rasade » s’il ne devait pas embarquer maintenant. Agréablement surpris par cette cuisine inattendue, il confie avoir « l’impression d’être un privilégié, avec le Chef qui vient vous rencontrer à votre table ».

Darya, voyageuse portugaise, partage le même enchantement : « la façon dont il vous sert, explique les ingrédients, ajoute le basilic…Ça nous fait sentir comme quelqu’un de spécial »

François Adamski, lui, savoure cette communion rare. À la tête du « plus grand restaurant du monde, nous préparons les plats des cabines Business et Première, pour toutes les destinations au départ d’Air France — courts, moyens et longs courriers ». 

Un chef des airs, habitué à concevoir des plats pour toutes sortes de voyages, y compris jusqu’aux navettes spatiales. Il a même eu l’honneur de cuisiner pour Thomas Pesquet, lors de sa mission de 2023 à bord de l’ISS. Au menu de l’espace il y avait un bœuf bourguignon et risotto de petit épeautre à la truffe.

Comme quoi, dans les airs, et même dans l’espace, il y a toujours moyen de bien manger.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Brasserie Saint Jean : quand Montmartre prend le goût de l’Aveyron

À l’angle de la rue des Abbesses, le Saint Jean s’affiche comme une brasserie parisienne au charme intemporel. Sa façade, typiquement parisienne, attire l’œil des passants avec ses grandes baies vitrées, son enseigne dorée, sa marquise et sa toile rayée habillée de végétaux. En terrasse, les chaises Gatti en rotin tressé et les tables rondes complètent l’esthétique « Belle Époque », élégamment remise au goût du jour. Ici, le détail compte : du poivrier Peugeot jusqu’au pot de moutarde, rien n’est laissé au hasard.

Quatre mois de renaissance

Après quatre mois de travaux, le Saint Jean renaît. À l’intérieur, une curiosité interpelle le visiteur : un panneau de la ville de Bozouls, petit bijou aveyronnais célèbre pour son canyon en fer à cheval surnommé le « Colorado aveyronnais ». Un clin d’œil cher à Arnaud, patron passionné et amoureux de cette terre, déjà à la tête du Nazir, institution montmartroise. Son ambition : faire du Saint Jean un lieu unique  où se rencontrent les classiques de la brasserie parisienne et les saveurs généreuses de l’Aveyron.

Une carte entre tradition et terroir

En apéritif, la spécialité c’est le Spritz à « la Montmartroise ». Le célèbre cocktail revisité et élaboré à partir d’une liqueur gourmande faite à partir du marc des vignes de Montmartre, situées à quelques encablures du Saint-Jean.

À table, l’expérience se vit dans la convivialité. On partage des croquettes d’aligot, des radis croquants au beurre et fleur de sel, ou encore les escargots de Bourgogne signés Maison Valentin.

Viennent ensuite les plats incontournables, comme le Croque Saint Jean au pain de campagne, le tartare de viande d’Aubrac hachée minute, accompagné de frites maison.

Mais le plat signature qu’il ne faut absolument pas manquer, c’est la saucisse aveyronnaise à l’aligot. Ce jour-là elle est servie avec le geste spectaculaire d’Arnaud, tirant le fil dans une gamelle de cuivre.

Le final sucré signé Gilles Marchal

Pour finir, le Saint Jean fait appel à l’un des maîtres de la pâtisserie : Gilles Marchal, ancien chef pâtissier du Plaza Athénée et du Bristol. Son baba au rhum et ses profiteroles au chocolat clôturent le repas avec élégance et gourmandise.

Un lieu vivant, festif et généreux

Tous les trimestres, le champion du monde d’aligot, Guillaume Roche, vient y donner une démonstration, tirant le fil jusqu’au ciel et faisant de cette spécialité un véritable spectacle.

Au 23, rue des Abbesses, le Saint Jean se veut plus qu’une brasserie : un lieu de vie où s’entremêlent l’authenticité parisienne, la générosité aveyronnaise et une convivialité festive qui donne envie d’y revenir à toute heure. Et quand résonne au dehors l’accordéon des rues de Montmartre, l’ambiance prend des accents de carte postale, entre tradition et poésie.

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Daniel Latif
Photo : DL /DR

Les amoureux de la gastronomie sont servis à La Cloche

Le Bar by La Cloche est en matinée un salon de thé qui séduit beaucoup par sa configuration pour y donner des rendez-vous d’affaire, pour y travailler au calme, assis parmi un large choix de fauteuils sofas, canapés — de quoi échapper à l’ambiance open space ou tout simplement pour y prendre le café, servi avec son sucrier façon boulier, aux côtés de chouquettes, sablés ou de meringues, ce qui varie très régulièrement en fonction des pâtisseries du jour — qui sont faites sur place. Le bar est surplombé par un inspirant tableau Les Hasards heureux de l’escarpolette peint par Jean-Honoré Fragonard.

En fin d’après-midi, c’est le moment idéal pour y savourer un Kir au Bar by La Cloche. Cette spécialité dijonnaise inventée par le Chanoine Félix Kir, dont la vraie recette se compose d’un tiers de crème de cassis de chez Boudier et deux tiers de vin blanc, « attention au vin blanc, c’est de l’aligoté » précise Julien Philbert. Sa seule déclinaison est en Kir Royal, servie ici avec du Champagne Lallier. Servi aux côtés d’olives Kalamata, avec un accompagnement de wasabi et de noix torréfiées, mélanges sucrés salés ou gressins à l’huile d’olive, qui varient régulièrement, car vous êtes dans le berceau de la gastronomie. 

Julien Philbert s’est attaché à élaborer « une carte accessible autant au client dijonnais qu’à une clientèle internationale ». Le cocktail le plus demandé s’intitule le Pornstar Martini, « un grand classique onctueux très demandé, une alliance de vodka infusée à la vanille, du citron, un vrai fruit de la passion, servi avec son shooter de Champagne » présente-t-il. 

Le responsable du Bar by La Cloche a poussé le soin du détail pour choyer les clients parmi le choix des confortables assises. Ces deux fauteuils cuir cognac vous feront prendre place sous le grognement de l’ours sauvage de Richard Orlinski qui n’a pas osé affronter l’ours Pompon, l’original que l’on a croisé plus tôt au jardin Darcy. Pour les indécis, il y a cet intrigant mais non moins impressionnant canapé bleu, en semi rotonde futuriste, minimaliste, épuré et élégant. Il y a de surcroît un petit coin sous une alcôve qui offre des assises plus lounge et enveloppantes en hauteur pour une ou deux personnes. Ici, pas de numéros de table, elles sont désignées par des lettres. Ainsi, la Table B se trouve aux côtés du piano. 

L’apéritif terminé, nous prenons naturellement la direction du Restaurant by La Cloche, qui offre une vue sur la cour intérieure et les jardins avec cette réinterprétation de l’ours Pompon par Orlinski. 

Ce qui caractérise d’autant plus son charme, c’est le contraste dans cet hôtel avec « cette façade historique imposante,  et le côté moderne et décontracté à l’intérieur du bar et du restaurant » dépeint précisément Noël Lazarini. Un lieu qu’il chérit particulièrement car ce diplômé d’une école hôtelière en Corse, a « gardé un affect pour la restauration » par sa formation mais surtout sa passion. C’est pourquoi il s’est attaché à mettre un accent particulier sur la gastronomie avec le Chef Laurent Peugeot, distingué par 1 étoile au guide Michelin avec le restaurant Le Charlemagne situé près de Beaune, à qui il a confié l’élaboration de la carte du restaurant de la Cloche. 

Pour Noël Lazarini, la gastronomie c’est « faire vivre une expérience et créer une émotion », c’est le souci de l’inframince, l’ultra petit détail qui va au-delà de l’assiette comme l’accueil, l’atmosphère, l’ambiance musicale, le choix de la vaisselle, etc. Des petites attentions qui ont déjà porté leurs fruits car « nous avons décroché une toque au Gault et Millau en quelque mois et nous figurons dans la sélection du guide Michelin parmi les 30 restaurants à découvrir en début d’année » se réjouit le directeur de l’institution dijonnaise.

A peine installé, le Chef vous sert des canapés pour accompagner l’apéritif avec une gougère au Brillat-savarin fromage on ne peut plus local, à côté d’une polenta frite avec une mousse de foie de pigeon et un cromesquis de patate douce. 

Des amuse-bouches viennent ensuite s’assurer d’une douce transition entre l’apéritif et le souper avec ces billes de tapioca et saumon fumé. 

En entrée, le choix se porte sur le homard bleu de Bretagne, gelée Kaffir lime, pomelos, main de bouddha, accompagné de pickles de légumes et de sa touche d’exotique, qui se marie parfaitement avec un vin blanc Montagny, Haute-Côte de Beaune, aux traits dorés. 

La spécialité typique bourguignonne à tester dans ce restaurant, c’est le pigeon de Corton, cuisses en croquette, carottes des sables et Sriracha. Un plat qui n’a rien à voir avec l’oiseau des villes de notre imaginaire, mais plutôt une espèce particulière dans un élevage précis, très prisé des connaisseurs et gastronomes qui veulent retrouver une viande semblable au canard, plus foncée, avec un goût plus corsé, dans le style gibier. 

Les amateurs de belles viandes trouveront leur bonheur avec le filet de bœuf Angus maturé 30 jours, accompagné de betterave, ail noir et d’un surprenant jaune d’œuf confit, des plus délicats. Sous les conseils du sommelier, un verre de Crozes-hermitage, de chez Laurent Combier, vieilli en fûts en béton pour lier cette belle pièce en harmonie avec un vin très structuré, légèrement épicé et puissant qui inspire des notes de réglisses et poivre noir. 

Pour les puristes, une sélection de fromages de chez « Alain Hess, maître fromager », pour les plus classiques le dessert avec, entre autres, ce rouleau de mangue avec une crème glacée coco à l’intérieur, accompagné d’un savoureux sablé puis d’une glace à la mangue. 

La chef pâtissière vous offrira, pour accompagner le thé ou café, des mignardises. Ce soir-là, c’est entremets à la fraise accompagnés d’une truffe chocolat café et d’une pâte de fruits à la fraise, pour terminer en beauté ce repas divin.

Découvrir le Grand Hôtel de La Cloche ses chambres et son Spa
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Daniel Latif
Photos : DL /DR

Pietra Limoncella, bière merveilleuse made in Corsica

La bouteille transparente de la Pietra Limoncella, au dessin élégant — qui rappelle par ses motifs en reliefs ces flacons d’eau de Cologne, éblouit par ses couleurs et nous évoque des réminiscences d’été et de plage.

Contrairement aux idées reçues, la Pietra est une bière artisanale fabriquée en Corse à Furiani. Notoire pour brasser sa bière avec de la farine de châtaigne pour se singulariser, mais surtout élaborer un produit à l’image de la Corse, qui allie caractère et surtout qualité.

Une lager non filtrée élaborée à partir de malts d’orge et du blé ainsi que de la liqueur de Limoncellu et aux citrons de Corse. Une recette simple qui révèle des arômes frais de citron et une pointe de douceur grâce au Limoncellu.

Une agréable découverte qui invite à prendre cette résolution de s’échapper cet été sur l’Ile de Beauté pour pouvoir la déguster accompagnée de beignets de courgettes, de cannelloni au brocciu et d’autres délicieux mets avec vue sur l’eau turquoise.

Lounge de New-York : la french touch AF à NY

Situé à l’autre extrémité de l’aéroport John F. Kennedy, le salon Air France de New-York cache derrière une porte opaque vitrée un lounge inattendu. En effet, un salon en duplex avec dès l’entrée à votre droite, l’espace soin Clarins qui propose vingt minutes de relaxation et un soin du visage. 

Le rez-de-chaussée est plein alors l’on prend l’escalator pour accéder à cette extension à l’étage qui offre la plus belle vue sur la piste et les avions, mais surtout sur la Skyline de New-York — particulièrement lors du coucher de soleil. 

Le mobilier se compose essentiellement de chaises et tables dans une configuration deux personnes, si bien que vous vous retrouverez rapidement à manquer de place car les passagers aiment à occuper l’autre fauteuil avec leurs sac ou blouson. Car, on déteste tous devoir partager une table avec un inconnu et c’est bien dommage. 

Une table et une rotonde sont délimitées par un ruban rouge Sky Priority, et une pancarte indique clairement réservé aux clients Ultimate. Il s’agit du plus haut statut voyageur chez Air France, et les compagnies faisant partie de Sky team, qui voyagent six fois plus qu’un passager Platinum. 

Côté buffet, Air France vous propose des plats chauds typiques français comme un bœuf bourguignon, un gratin dauphinois bien chargé de fromage qui file abondamment, du saumon lentement cuit, à la texture fondante, et enfin les incontournables quiches et croque-monsieur. 

Les palmiers on ne peut plus étouffe-chrétien, la tarte aux pommes visuellement alléchante qui s’est révélée des plus industrielles, heureusement les madeleines de qualité ont ce goût de reviens-y et se marient parfaitement avec le champagne Joseph Perrier, cuvée Royale, dont la bouteille ventrue et son col serré rappelle ces anciens beaux flacons. 

Côté vin rouge, Air France ne plaisante pas et propose un Bourgogne 2022 Joseph Drouhin. On reste dans la région avec cette curiosité, ce Gin de la maison Gabriel Boudier, liquoriste à Dijon depuis 1874. 

Après un tel festin, l’envie d’une sieste est des plus tentante, et si en plus vous aviez rendez-vous à l’espace soin Clarins, prenez garde à ne pas vous endormir dans cette bulle de relaxation des plus reposantes.

C’est le moment crépusculaire et l’on a absolument plus l’envie de décoller. Et pourtant, l’embarquement a déjà commencé. Let’s go et bon voyage, comme ils disent ici.

Salut la compagnie !

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Coup de foudre à la Trump Tower

À quelques encablures de Central Park, sur la 5ème avenue, se trouve la Trump Tower. Sous le premier mandat de Donald Trump, les agents des services secrets y montaient la garde en permanence et les visiteurs devaient passer à travers un portique de sécurité avec des contrôles similaires aux aéroports en raison de la présence très régulière du magnat de l’immobilier qui y séjourne notamment les weekend. 

Le Président Trump réside désormais à la Maison Blanche à Washington. Il y a toujours une présence policière aux alentours mais plus de contrôle à l’entrée de la Trump Tower. 

Assis au bar du restaurant le « Trump Grill » — où trône un tableau du charismatique père de Donald, Fred Trump — je décide de tester le fameux menu « Prix fixe » à 47 dollars. En entrée, c’est salade César ou soupe du jour.

À ma gauche, au bout du comptoir, Jeff, habillé d’un jean Levi’s et d’un pull rose, double chaîne, dont une avec une croix bien pendante, au look typique étasunien. L’homme a un certain flegme, dont l’intonation de voix charismatique, qui rappellerait un personnage tout droit sorti d’une de ces sitcoms US des années 90. Il semble bien connaître la maison et s’entretient régulièrement avec Luca, la directrice du restaurant.

Arrive une dame avec son bonnet sur la tête, qui s’installe à ses côtés. Elle commande une coupe de Champagne, lui a déjà sa pinte de bière. Ils se regardent, se sourient et ont l’air de se connaître puis commencent à échanger des banalités sur leur début de journée quand soudain, la femme retire son bonnet et enlève son manteau :
« enchanté, je suis Lisa, je suis de Californie
Pareillement, Jeff, je suis de Pennsylvanie »

Serait-ce un début de « date » après avoir déjà conversé en ligne ou une conversation codée ? Je tends l’oreille, tout en finissant la soupe minestrone. 

Arrive un jeune homme qui demande s’il peut s’asseoir aux côtés de Lisa. Il commande un « Burger Trump » et un Coca-Cola, puis se joint naturellement à leur conversation, comme s’il était un ami de longue date. Le « Burger Trump » est un burger signature dont la sauce est « spéciale » au « fromage américain ». Pas impressionnant du tout. Le garçon plie son déjeuner, paye et s’en va aussitôt.

Il me reste encore trois alternatives : le « black bean burger », version végétarienne avec sauce Chipotle, fromage américain, avocat et pickles d’oignons. Non, merci ! Le « Cajun chicken sandwich », fromage au poivre, bacon, mayonnaise chipotle et avocat. Bof…

Enfin, le « Prime NY Strip steak », une belle pièce de bœuf recouvert de sauce au poivre, saupoudré de persil et accompagné de frites maison. « C’est le plat préféré de Donald Trump » recommande Luca. Pour ce plat, comptez un supplément de 20 $. 

Vient la question cruciale de la cuisson :
« rare, s’il vous plaît
Saignant ?
Tout à fait ! » lancé-je impressionné

Pendant ce temps, nos deux amis échangeaient sur leurs vies respectives : « j’étais marié, divorcé, contrairement à mes frères et sœurs, je n’ai fait aucune étude mais j’ai toujours su me débrouiller. Et j’ai pris ma retraite anticipée quand j’ai vu que tout le monde autour de moi disparaissait. C’est à ce moment que j’ai pris conscience qu’il était temps de vivre » confesse Jeff à Lisa qui boit ses paroles…

Arrive le fameux plat préféré du Président Trump. Un verre de vin est offert dans le « prix fixe menu », j’opte pour le verre de Showdown, un vin rouge Cabernet sauvignon de Californie. Un étonnant rouge, à la robe puissante, parfaitement construit, qui inspire le soleil à chaque gorgée, laissant de douces notes sucrées en bouche.

Le fondant du « Prime NY Strip Steak », dont la cuisson parfaitement maîtrisée, sa sauce au poivre mêlée à son jus qui donne encore plus de saveur aux frites, faites maison, ponctué de ce surprenant vin californien m’ont plongé dans un moment hors du temps où je savoure chaque bouchée. 

« Ce jeune homme a l’air de se régaler » commente Lisa, qui poursuit dans le récit en détail de son curriculum vitæ avec Jeff, tout en m’observant.

« Cette viande me donne l’envie d’en prendre une bouchée, vous me la recommandez ? Relance-t-elle
Absolument, tout est délicieux ! Habituellement, je n’aime pas les frites mais là je me suis délecté de leur fraîcheur et de leur croustillant.
Ça se voit, je vous observe depuis tout à l’heure et nous autres américains nous mangeons trop vite. Je n’ai jamais vu quelqu’un manger avec autant de raffinement et prendre autant son temps. Ça doit être le côté français. Et de poursuivre, enchanté, moi c’est Lisa et voici Jeff, nous venons de nous rencontrer à l’instant.
Votre proximité, vos regards dégagent une harmonie qui laisse à croire que vous vous connaissez depuis de nombreuses années.
Et pourtant… je viens tout juste de le rencontrer : je me suis approchée pour prendre un verre avec ce monsieur, car il m’intriguait. Vous pensez qu’on va finir ensemble ?
Je perçois une complicité qui vous conduira vers une grande amitié, qui mènera naturellement aux grandes amours.

Lisa semble ravie de connaître ma perception, Jeff en rougit et se rapprochant d’elle : « c’est vrai qu’on s’entend bien alors qu’on vient seulement de se rencontrer », lance-t-il tout émoustillé. Ils se regardent et s’embrassent aussitôt. Le spectacle amoureux est aussi beau que spontané. 

Le chef a été généreux, j’ai eu deux boules de glace au café. Servies dans ce pot en carton « Trump sweets », je me saisis de la cuillère en plastique et prends une bouchée. Lisa ne perd pas le Nord : « je vais vous commander un steak, comme celui du jeune homme qui me donne envie » annonce-t-elle à Luca. 
Il est quinze heures Madame, les cuisines sont fermées. »

Jeff lui propose d’aller manger dans un restaurant qu’il connaît dans le quartier, ce qu’elle accepte. Il paye, elle refuse, elle veut payer, il insiste, elle hausse le ton : « Jeff, stop it ! »

Elle demande à la maîtresse des lieux le livre d’or de Trump puis s’éloigne pour y écrire un mystérieux message. 

Elle revient et prend Jeff par le bras : « allons-y !
Qu’as-tu écrit dans le livre d’or ?
Un message personnellement adressé à Donald Trump.
M. Trump lit personnellement tous les messages qui y sont inscrits » précise Luca qui referme soigneusement le livre et le range aussitôt. 

Eu regard du grand sourire dessiné sur le visage de Luca, on pourrait très probablement penser que Lisa a pris le soin d’informer le Président Trump qu’il devrait adapter les horaires de son restaurant au rythme New-Yorkais.