Excursion à bord d’un train pas comme les autres

Paris, Gare Saint-Lazare. Le panneau d’affichage des départs grandes lignes indique un train TER 801205 sans destination pour un départ à 08h58. Quelques instants plus tard, l’affichage en gare indique qu’il s’agit du train des Planches opéré par l’Amicale des agents de Paris Saint-Lazare, une association de cheminots et passionnés de chemin de fer, entre autres, qui œuvrent pour la restauration et la conservation du patrimoine ferroviaire roulant. 

Ce matin, une foule s’est amassée sur la voie 27 pour admirer la « 17016 », ou la 16 pour les intimes. Une locomotive électrique emblématique de la gare Paris Saint-Lazare, reconnaissable par sa robe tricolore. Datant des années 60, Il s’agit du dernier modèle existant et encore roulant. Celle-ci tracte des voitures en inox, sauvegardées et entretenues par le MFPN, une autre association de passionnés de train, le Matériel Ferroviaire Patrimoine National. 

Ils sont 209 passagers — le sourire aux lèvres, certains émus — prêts à embarquer à bord d’un train d’antan un pour un aller retour à Deauville sur la journée. L’effervescence est telle que même des agents de la sûreté ont fait le détour pour immortaliser « le beau bébé ». Cette belle locomotive qui attire tous les regards a été réformée en 2015 car elle nécessitait trop d’entretien au quotidien. 

Un voyage dans le temps

Départ à l’heure pile, nous roulons littéralement cheveux aux vents. En effet, ici, pas de tergiversations autour de la climatisation, les fenêtres s’ouvrent en grand grâce à une molette. 

Les wagons, des voitures DEV Inox coach, sont le résultat d’une belle ingénierie française, construits par Carel Fouché & co. En plus des trois voitures, il y a la voiture bar qui peut aussi s’aménager en bar discothèque grâce à ses spots multicolores au toit.

Car, le voyage en train c’est très souvent l’occasion d’y casser la croûte. Les prix sont raisonnables et la queue ne réduit pas. A l’intérieur des wagons, l’espace est vaste, les sièges sont d’un confort notoire, les noms des passagers sont inscrits sur le haut des sièges. 

« C’est une locomotive que j’ai toujours vue depuis mon enfance, on ne peut pas être insensible à ce bruit-là » s’anime Anne-Cécile, une jeune fille passionnée par les vieux trains, qui se réjouit à l’idée de pouvoir remonter dans ce train qu’elle empruntait tous les tous jours entre Pontoise et Cormeilles-en-Parisis pour ses études. 

Le conducteur titulaire du train s’appelle François Dayan. Il est reconnaissable par sa blouse bleue de travail et préfère qu’on l’appelle « mécanicien » car à l’époque il y avait un chauffeur qui « prenait le charbon et le mettait dans la locomotive puis le mécanicien qui conduisait »

Ce jour-là, il a confié la conduite du convoi à Benoît de Saint Victor, conducteur en formation, qu’il épaule aux côtés de Jérémy Capdeville, cadre transport à la SNCF qui supervise le trajet.  

C’est la deuxième fois que Benoît se retrouve aux commandes de ce train historique. Au fil des kilomètres, le convoi atteint sa vitesse maximale de 120 km/h, une première pour son jeune conducteur qui est étudiant en ingénierie ferroviaire à l’Estaca. « Je suis comme un gosse, mais avec pas mal de responsabilités sur le dos », confie-t-il. 

« Le problème de ces bagnoles, c’est que le frein est hyper mordant » explique François Dayan qui connait « Poupée » par cœur, car il est en grande partie responsable de son entretien. Cheminot depuis 1991, il regrette ne plus avoir une telle locomotive au quotidien : « dans les trains complètement aseptisés d’aujourd’hui, tout se fait avec des écrans d’ordinateurs » détaille-t-il tout en profitant d’une courbe pour jeter un œil par la fenêtre, voir s’il n’y a pas d’anomalie et que tout va bien. 

La grande famille de la SNCF

« Tchouuu tchiiii tchouu » siffle le train que l’on croise, les conducteurs se saluent car à la SNCF on est en famille. Un autre plus loin nous revisite la Cucaracha avec son klaxon, l’effet sur les pilotes en cabine est garanti.

Il y a également les ferrovipathes qui foisonnent tout le long de notre parcours. Sur les ponts, à travers les champs ou aux gares… tous attendent patiemment l’arrivée du train des Planches en espérant pouvoir saisir le meilleur des clichés photo. « Eh ben, quel succès ! » souffle Jérémy Capdeville devant un tel rassemblement qui le laisse sans voix. 

Nous sommes au point kilométrique 47, « Ah mais c’est Romain !? ». Le jeune homme en question fait un signe de la main, il s’en voit gratifié d’un « Tchou Tchou ». Le train file à fière allure, les conducteurs arrêtés aux différents passages à niveau sont sortis de leurs voitures et restent admiratifs au passage de notre convoi. 

Le train marque l’arrêt à Mantes-la-Jolie. Retour à la voiture bar, où la file d’attente pour les boissons, cafés et croissants ne désemplit pas. Une boisson semble remporter un franc succès auprès des voyageurs, il s’agit d’un jus de pomme normand et artisanal. Autre curiosité, ce cidre normand artisanal de la ferme de Ruelles qui a remporté la médaille d’argent au Grand concours agricole 2020. 

Il y a trois types de voyageurs remarquables : ceux qui rêvent, admiratifs devant un paysage défilant inlassablement, comme Anne-Cécile qui trouve que « c’est un sacrilège de faire une autre activité que d’observer le paysage »

Ceux qui inspectent minutieusement chaque recoin du train, des rideaux jusqu’aux consignes de sécurité d’époque. Des observateurs contemplatifs, comme Brigitte, qui affectionne les voyages en train car « c’est un lieu de rencontre où [elle] aime observer la vie des gens ». Elle nourrit son imaginaire de ces tranches de vie : « je voyage à l’intérieur, en observant mes compagnons de route, tout en voyageant à l’extérieur » philosophe la conseillère en recrutement. 

Puis il y a les jargonneurs, comme Philippe Brunard, retraité de la conduite de trains à Saint Lazare, qui explique à son fils les coulisses d’un trajet d’apparence simple mais qui recèle une telle organisation logistique en amont. 

« Attention à ta tête, alors là, tu vas voir un TIV, Tableau indicateur de vitesse de chantier. Tu vois le tableau blanc de reprise ? Quand le dernier véhicule franchit ce point, il est libéré de sa limitation de vitesse » commente, avec un brin de nostalgie, celui qui conduisait autrefois cette locomotive 17016. 

Quand le conducteur devient contrôleur 

Mateo Derosais est conducteur de train mais aujourd’hui, il voyage entre les voitures, habillé en chef de bord. Portant fièrement la casquette d’époque arborant le logo de la SNCF d’avant guerre, il regarde l’heure, c’est le moment de faire une annonce aux voyageurs : « mesdames, messieurs, votre attention s’il vous plaît, dans quelques instants votre train entrera en gare de Lisieux… Mesdames et messieurs, Lisieux, cinq minutes d’arrêt », raccroche-t-il avec émotion. 

Nous arrivons enfin à Deauville, quasiment avec le même temps qu’un train classique. Sur place, le chef de gare et Anne-Claire, une contrôleuse, sont sur le quai. Ils tiennent absolument à monter à bord de ce train pas comme les autres. 

Anne-Claire reste admirative de ces passionnés et ferrus de trains et leur annonce sitôt descendue de la locomotive : « je veux réserver pour le train de Noël ! ». Un trajet extraordinaire qui aura lieu le 2 décembre et qui aura pour destination Lille. 

Accourt un homme avec son appareil photo : « belle machine, c’est vous qui m’avez sonné à Bonneville-sur-Iton ? » s’amuse Jean-Denis, passionné depuis 1980 par tous les trains touristiques, qui connaît tous les horaires et passages de train par cœur. Alors que les passionnés restent sur le bord de route et que les touristes sont dans le train, Jean-Denis a parcouru 98 kilomètres, juste pour apercevoir de près cette emblématique locomotive. Une chose est sûre, c’est qu’il a roulé bon train. 

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Les chaises musicales façon Air France

Une semaine avant mon vol, j’ouvre l’application Air France pour m’assurer d’être bien assis côté hublot. « Clic, clic et clac » : 6F, voilà mon siège choisi. Quelques jours avant l’enregistrement, je vérifie le plan de cabine et je vois le siège 5F disponible. Et hop ! J’avance tel un ninja et je prends place juste derrière le rideau qui sépare la Business de l’Economy

Le jour du check-in est arrivé. Un message apparaît : « Votre siège a été modifié.

Nous sommes désolés, votre numéro de siège a été changé pour des raisons  opérationnelles. Votre nouveau siège est le : 04F. Si vous le souhaitez, vous pouvez réserver un autre siège. »

4F, « woop woop », j’ai été surclassé ! Alors certes, sur un vol interne — comme aiment bien se plaindre les éternels Cassandre, c’est pas la folie mais c’est toujours ce petit confort de pris. 

Un autre siège ? Pas folle la guêpe, non merci. 

Le jour de gloire est arrivé. Un œil sur la carte d’embarquement et je me vois rétrogradé en 8F. Ah bon !? Pourtant le message persiste bien et affiche que je suis toujours en 4F. Qui croire ? Le site air France ou l’application ? Pour en avoir le cœur net, je vais au comptoir, je montre le message et l’hôtesse reste confuse également. 

Merci Air France pour la fausse joie. Échec et mat, l’algorithme et la bêtise artificielle ont gagné. Et comme une surprise peut en cacher une autre, mon vol vient d’être retardé d’une heure et dans la foulée vient de disparaître des écrans.

Je quitte mon siège au salon, on m’invite à m’asseoir sur la chaise du service client. On me rebook sur le prochain vol à 12h40. À la bonne heure, cette fois-ci on m’annonce que je suis en 3F mais à bord d’un Embraer… et la déchéance ne s’arrête pas en si bon chemin : me voici relégué au terminal 2G !

Voilà comment le jeu des chaises musicales peut rapidement vous faire tomber de Charybde en Scylla.

Allez, salut la compagnie !

Daniel Latif
Illustration : Juliette Chivard

Le contrat de confiance

La demoiselle habillée tout de rose assise à côté de moi, tape frénétiquement sur son MacBook rose dont le thème Gmail est dans les mêmes tons… Sa conversation téléphonique, des plus indiscrètes, se rythme aux « clic, clic, clic » de ses ongles sur le clavier de son ordinateur. 

« Pouvez-vous jeter un œil à mes affaires svp ? » me missionna-t-elle dans son plus bel accent États-unien. À peine avais-je hoché de la tête, que Miss California avait déjà tourné les affreuses pantoufles moumoute-rose-flashy qui « coûtent une blinde » selon une consœur spécialiste dans la mode. 

Je ne bouge plus, tel un ninja observant les alentours, je retiens mon souffle et fixe son MacBook entrouvert comme une sentinelle. L’ordinateur n’est même pas en veille et ses deux iPhone trônent sur les accoudoirs du fauteuil à côté de son sac… Je me sentais encore plus responsable de ses affaires, alors je décidais de remplir mon job aussi sérieusement que son investissement dans ses faux ongles. 

Elle revint dix minutes plus tard avec une coupe de Cava et un bol de cacahuètes puis me gratifia d’un très succinct : « thank you », ce merci automatique que tu échappes nonchalamment à un concierge d’hôtel… À la différence que ce dernier aurait eu un petit tips ou une éventuelle deuxième coupe en guise de pourboire, à défaut d’une preuve inframince de convivialité.

Elle a vraiment pris la confiance, je crois. 

J’aurai pourtant pu être le plus grand bandit de la terre ? Et si j’avais voulu connaître les secrets industriels sur la sélection des prochains tissus qui vont augurer les saisons à venir des Fashion week ?

Et si j’avais voulu remplacer mon Mac — du même coloris — dont la batterie a gonflé et qu’Apple ne veut pas échanger, car ces derniers ont perdu leur dignité depuis la disparition de Steve Jobs ?

Je me résolus à aller chercher moi-même quelque rafraîchissement et fis un petit tour dans le salon de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol. Notre mistinguette lobotomisée par son écran ne daigna à peine me proposer de surveiller mon sac, elle se contenta d’un clin d’œil orné de son plus hypocrite sourire à l’américaine. Un tour, deux tours et un troisième parce que cette correspondance était quelque peu laborieuse mais surtout j’avais envie de ces fameux bonbons à la réglisse, qu’il n’y avait plus… 

Je revins à ma place. Mademoiselle Rose, en pleine conférence audio avec son casque sur la tête, n’avait que faire de mes affaires. Quand j’aperçus ce voisin en face de moi, qui me fit lui aussi un clin d’œil, pointant ostensiblement son MacBook Pro, me faisant comprendre qu’il prenait congé… Me revoilà, Macbooksitter malgré moi.

Ma ressemblance avec le célèbre Professeur dans la Casa de Papel, inspirerait-elle aussitôt une confiance aveugle de mon voisinage ? 

Car, si j’avais endossé le rôle au-delà de l’habit de moine, j’aurais déjà ouvert un Apple Store… Et si j’avais été un grand pirate j’aurais siphonné toutes ses données…
Mais comme je ne suis qu’un gentil petit passager, j’ai attendu qu’il revienne pour respecter ce contrat — tacite — de confiance. 

Un contrat que je commençais à théoriser, me rappelant une ancienne conversation avec un directeur d’exploitation d’un salon Air France. Celui-ci avait halluciné à l’idée que je laisse mon bagage le temps d’une course au duty free : « il y a peu de vols dans les salons, mais mieux vaut ne pas tenter le diable » m’avait-il prévenu, car « une fois le méfait commis, il est déjà trop tard ».

Celui qui voudra voler mon sac ne sera pas déçu du voyage, car ce que j’ai de précieux reste sur moi.

Quoi qu’il en soit, même si la confiance règne, la morale de l’histoire c’est de ne pas laisser ses affaires sans surveillance. Alors comme le dit Tonton David, je « passe le message à ton voisin ».

Allez, salut la compagnie !

Copenhagen Distortion : et la rue devint Festival

Il est 9h du matin à Copenhague, quand soudain dans le quartier de Vesterbro retentit un « SCHHLLLAAKKBOOOMM ». L’on se dit qu’il s’agit encore d’un feu d’artifice et pourtant, en ce mercredi 1er juin, les danois n’ont rien de particulier à célébrer. Des visages surgissent à travers les fenêtres des immeubles de la rue Skydebanegade, à deux encablures de Kødbyen — littéralement le quartier de la viande, sorte de halles géantes où les bouchers et autres grossistes en viandes fournissaient les grandes cuisines et institutions.

Un camion est stationné en pleine rue, deux hommes et une femme vêtus de noir s’affairent à décharger des grilles le long des immeubles. L’une tend les grilles, le second les installent et le troisième verrouille le tout d’un coup de visseuse et s’enfuient aussitôt. « Ça y est, ils nous reconfinent encore » bougonne un résident. 

Arrive une autre équipe qui apposent des bannières publicitaire pour la nouvelle série Amazon « The Boys », en dessous de ces dernières une série de gouttières auxquelles sont reliées un entrelacs de tuyaux jaunes qu’ils enfoncent dans la bouche d’égout avoisinante. Et voilà, le tour est joué, les pissotières sponsorisées sont installées aux premières loges, les voisins sont ravis !

Félix, un Copenhagois, s’enthousiasme d’avance : « demain, c’est le premier jour de Copenhagen Distortion, ça va être la folie dans tout le quartier ». Et pour cause, « cela fait deux ans qu’on a pas eu d’édition de ce festival de musique » qui accapare les rues de la capitale avec différentes scènes où chanteurs, danseurs et DJ enchaînent leur show.

Le lendemain matin, la pluie diluvienne et le calme dans les rues laissent à croire que le Festival n’aura pas lieu… seul un bus scolaire rebadgé Skålebussen, le bus de la santé, et l’omniprésence des toilettes de chantier dans le long de la rue Halmtorvet laissent à croire qu’il va se passer quelque chose pourtant les danois sont encore au bureau. Ce n’est qu’à 17h que l’afflux des passants, chacun une cannette ou bouteille à la main, certains ont carrément une palette de bières, d’autres qui ont grand soif transportent des sceaux qui laissent transparaître un liquide jaune fluo, dans lequel a été parsemé quelques pailles. 

Après l’homme qui danse avec un ananas à la main, rencontre avec Eliott qui se promène avec un panneau stationnement interdit. Un accessoire qui a le mérite d’attirer non seulement les regards mais la sympathie de nombreux festivaliers et lui assure définitivement le titre de « Party entertainer ».

La foule commence à s’aliéner au son du duo de DJ Namunel et Tripolism, concentrés à mixer de la techno sur leurs platines. Le centre a quasiment été bouclé, plus aucune voiture ne circule, car la rue est bondée et c’est bien « le seul moment où vous verrez un danois marcher en pleine rue car ici, tout le monde respecte les règles : le piéton, le cycliste et l’automobiliste sans exception » explique Thomas, mais là « c’est le chaos » reconnait-il en portant son vélo de compétition pour essayer de se frayer un chemin à travers la foule pour regagner son domicile.

Pendant que certains célèbrent, d’autres se frottent les mains. Parmi la foule de festivaliers qui affluent de la gare, des individus déambulent le long des raveurs avec leur vélo triporteur ou armés de gros sacs transparents. Tels des pickpockets, ils sont à l’affût et dès qu’ils aperçoivent une canette de bière, de soda ou tout ce qui contient une consigne, ils ramassent frénétiquement ce précieux contenant à tout va.

« C’est fini ? » lance Omar à ce couple qui a posé nonchalamment leurs bouteilles à leurs pieds. À peine, eurent-ils le temps de hocher la tête qu’il avait déjà saisi les deux flacons, les retournant pour en vider le restant de liquide et aussitôt dans le sac, il continue à scruter les moindre recoins à la recherche de la moindre canette. « Les bouteilles en plastique rapportent le plus, faut faire attention que les canettes de bière ne soient pas écrasées et parfois les étiquettes sont arrachées ou viennent de Suède donc on peut plus les retourner en magasin, celles-la je ne les ramasse pas » détaille-t-il à l’affût du prochain précieux trésor que beaucoup de danois jettent négligemment.

Pour eux, c’est juste une couronne, mais pour moi à la fin de soirée ça fait un bon billet, surtout pendant ces événements raconte ce chasseur canettes. « L’écologie a bon dos » ricane-t-il, le nomb re de canettes ou bouteilles explosées est hallucinant, et « tout ça c’est de l’argent qu’on ne récupérera jamais ».

Existe-t-il plus grand plaisir que de se balader dans la rue et voir s’improviser sous vos yeux un festival auquel vous êtes non seulement invités mais de surcroît en famille ?

Bienvenue à Copenhague, au Festival Distortion Copenhagen où la scène se passe, à travers plusieurs quartiers, où la rue est enfin à vous.

Pluie et 11 degrés annonce la météo… Mais il en faut bien plus pour effrayer les danois. Parapluie, bottes et cirés, tel est le thème de l’étonnant défilé permanent de festivaliers qui affluent de la gare. Malgré la grisaille, les danois gardent le sourire.

Fini la galère des billets, ceux que tout le monde achète un an en avance pour finir par les revendre sur Facebook l’avant veille. Finis les chichis des attachés de presse qui rivalisent admirablement bien avec les videurs de boîte de nuit des années 80.

C’est gratuit et tout le monde est le bienvenu, avec ou sans sa boisson ! Enfin, contrairement à d’autres festival en France, le bon esprit est omniprésent et il n’y a pas de relou qui ne tiennent plus debout. Pas surprenant, vous êtes au pays du « hygge » où l’ambiance en famille règne.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Les Vénitiens ne font pas carnaval

Il règne comme une ambiance surréaliste sur le Canal grande à Venise lorsque vous longez à bord d’un Riva ce palais illuminé la nuit. À Ca’Rezzonico, un couple d’amoureux s’embrasse, assis en haut des marches à moitié immergées, déguisés en braqueurs dans la Casa de Papel.

Une touriste anglaise les observe, un paquet de chips à la main, comme si elle était au cinéma. Plus loin, il y a ce faux baron et cette fausse comtesse, costumés comme au bon vieux temps, qui déambulent masqués avec cette nonchalance et dans une démarche fantomatique. Les touristes s’amusent, ils observent, rient et prennent des photos.

Les vénitiens, eux, sont partagés. Les jeunes observent cette effervescence avec scepticisme. « Venise est victime de son succès », souffle Giovanna, vénitienne de naissance. L’afflux de visiteurs complique leur vie et les déplacements au cœur des rues étroites. Les touristes leur  « volent [leur] ville », Les anciens sont plus compréhensifs, comme Bruna, qui porte le titre de Grand-mère des Gondoliers : « c’est beau de voir ces visiteurs venir du monde entier pour perpétuer cette vieille tradition » s’enorgueillit-elle. 

Antonella, assise en terrasse avec sa mère, ricane devant le défilé de toute cette galerie. « Il faut bien s’amuser, je les comprends » philosophe-t-elle même si elle reconnaît que les costumes et personnages incarnés sont « de plus en plus bizarre » lance-t-elle devant ce touriste déguisé en Joker avec une batte de baseball.

« Nous faisions carnaval, se remémore Antonella, mais c’était dans les années 80. Les vénitiens s’habillaient avec des costumes d’époques et allaient dans des soirées exclusives feutrées dans des palaces improbables bordant le Canal. Aujourd’hui, les vénitiens ne font plus carnaval », confesse-t-elle.

Entre « Carnaval » et « Halloween », il faut reconnaître qu’on ne sait plus trop sur quel pied danser. Des masques, de toutes les formes, de tous les goûts et souvent de mauvais goût. Des effrayants, des basiques, des ridicules. Foison d’anges, un Zorro des plus bluffants, un impressionnant Batman ou quelques Spiderman et un sosie presque parfait du Professeur dans la Casa de Papel. On aperçoit aussi certains membres de la famille Windsor, William et Kate, Meghan et Harry échappés de Buckingham Palace qui se déhanchent dans une improbable charcuterie transformée en dancefloor pour la soirée d’ouverture du carnaval.

Il est facile de distinguer les touristes, l’œil rivé sur le GPS cherchant leur hôtel ou un embarcadère, des vrais vénitiens qui vous bousculent rouspétant continuellement : « permesso, permesso ». Veronica, comtesse aux racines italiennes, ne peut s’empêcher de décortiquer les tenues de la plupart des passants. Sensible à l’effort de certains, comme ce jeune acteur sur qui elle a jeté son coup d’œil expert : « ah, il y a du plombé dans sa cape ! Les plis sont maintenus, il y a du volume et il porte un vrai col en fourrure de vison » commente-t-elle. 

Donnant un bon point à ces espagnols et les asiatiques qui jouent le jeu à fond et qui ne se content pas que d’arborer le masque mais qui néanmoins tombent parfois dans le « complètement ridicule, observe-t-elle. Il suffit de regarder ce faux velours de soie, c’est trop transparent. Elle poursuit avec l’analyse de « ces fausses capes froissées » qui lui donnent « envie de louer un costume pour relever le niveau » de la parade.

« Ici, c’est un Carnaval, on ne se déguise pas, on se costume » précise Didier Spang, qui tient le stand Plume NC Design sur la place Campo S. Stefano. Cet éleveur, passionné d’oiseaux, est le seul commerçant non vénitien autorisé à exposer et invité par la Chambre de commerce et de l’artisanat à participer à cette 36ème foire organisée par la ville de Venise.

Ses masques sont entièrement faits à la main, et les prix atteignent pour certains 8000 euros comme pour cette pièce intitulée « Nous deux » : un masque en plume qui a été porté « lors de nombreux défilés Jean-Paul Gaultier et Hermès ».

A l’origine, le carnaval de Venise était « le seul moment où les petites gens se déguisaient et pouvaient faire ce qu’elles voulaient. Elles pouvaient ainsi se mélanger avec ces classes qu’elles ne pouvaient approcher le reste de l’année. C’est pour cela qu’ils se noircissent le tour de l’œil car il ne fallait surtout pas voir un centimètre carré de peau, de peur d’être reconnu » recontextualise Didier Spang.

Ainsi, le masque conférerait comme dans le célèbre film The Mask avec Jim Carrey, un pouvoir qu’ils n’avaient pas d’habitude. Étonnamment, derrière cette symbolique de la dissimulation, les regards deviennent plus perçants. L’illusion de l’autre l’emporte et les échanges visuels se soutiennent davantage. L’ambiance s’ouvre gaiement, nul besoin d’autre artifices, la troupe de masques entre dans le bal et danse, les uns avec les autres, les uns contre les autres. Car, derrière ce masque, la fantasmagorie opère immédiatement et crée une tension érotique. Les couples se mélangent, s’anonymisent, des clins d’yeux s’échangent furtivement. Perdus dans cet immense Venise, aux ruelles toutes semblables, le doute s’installe. Des regards mystérieux se questionnent, s’interpellent, se jaugent et ils paraissent familiers et essaient de se reconnaître, en vain.

Cette année le thème du carnaval est l’amour. Ça tombe bien, entre les odeurs de toute une gastronomie typique avec des légumes grillés du marché, la mortadelle et les salamis, les vins de la région sans oublier les incontournables Prosecco, Bellini et Spritz, tout est réuni pour faire un formidable banquet où après avoir fait bonne chère, les convives passeront peut-être aux plaisirs de la chair.

Une recette simple pour rester vivant et revoir Venise.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Ma première fois… dans un Lounge

Il faut se réjouir si vous n’avez que deux terminaux à traverser pour rejoindre le Lounge KLM à Amsterdam Schiphol. L’aéroport étant tellement grand que si vous n’avez qu’une heure de correspondance, l’escale au Lounge peut rapidement se transformer en marathon. Ce jour-là, je suis large, j’ai plus de 4 heures de correspondance, c’est mon anniversaire et le vol que je m’apprête à effectuer va me permettre de passer au statut Gold.

J’arrive devant l’hôtesse KLM, une blonde reconnaissable avec sa tenue bleue emblématique. Je fais les yeux doux et lui explique ma situation, essayant de l’amadouer afin d’obtenir ses faveurs. Aussitôt, un grand sourire s’affiche sur son visage : « Ohhh, félicitations M. Latif et un très joyeux anniversaire alors ! » s’enthousiasme-t-elle. Puis, soudain, l’air grave, elle enchaîne : « malheureusement je ne peux vous faire rentrer dans le lounge et même si vous payez, vous devrez attendre deux heures, car nous sommes en heure de pointe… ».

Si près du but, quelle frustration…

Abasourdi par la rigueur néerlandaise et l’absence d’humanisme de l’hôtesse, je fais demi-tour et ressors. Je ne me dégonfle pas pour autant, et demande au premier passager qui se dirige vers le salon : « puis-je être votre invité ?
— Bien sûr !

Sans même expliquer quoi que ce soit, nous nous dirigeons vers le comptoir, devant la même hôtesse et le jeune homme lui lance : « c’est mon invité ! »

L’hôtesse sourit jaune, me fusille du regard, mais ne dit mot. J’étais un peu gêné toutefois je bouillonnais intérieurement de joie, pour ne pas me confronter à un éventuel deuxième refus.

Ça y est, je pénètre enfin dans mon premier Lounge. Un salon aux allures de Star Trek avec un look faussement futuriste de l’époque qui a très mal vieilli. Il y a de tout : des fauteuils, des canapés, des espaces de travail, des douches, qui ne donnent guère l’envie d’y mettre un doigt de pied, un fax ! — qui ne fonctionne plus, mais qui atteste bien que la décoration ainsi que le mobilier date du siècle dernier. Au fond, vous l’aurez rapidement senti, c’est le coin fumeur. Une bulle d’où s’échappe continuellement les émanations des passagers neurasthéniques à chaque va et vient.

Enfin, il y a cette cuve en inox, sous verre reliée à un tuyau menant à un robinet à pression. L’installation — factice — est toutefois, impressionnante. Normal, c’est Heineken qui régale. Une marque que je suis loin d’affectionner mais comme c’est local, je me laisse tenter. Il y a même un manuel qui vous explique comment servir la bière parfaitement, du rinçage de verre jusqu’au service.

Une blonde quelque peu décevante pour couronner ma première fois, mais surtout une bière reflétant harmonieusement bien l’ambiance régnant dans ce salon à Amsterdam, et qui de surcroît est à l’image de mon nouveau statut Gold : somme toute assez banale. Pour une première expérience, c’est raté.

Allez Proost ! comme diraient les aficionados d’Heineken, et salut la compagnie !

Daniel Latif

La bohème nautique n’existe plus

C’est un beau et grand voilier qui vient de faire son approche sur le port de Kaş, au Sud de la Turquie. Alex effectue la manœuvre d’amarrage. Imperturbable, mais non moins nonchalant, sa barbe bien fournie lui forge ce caractère de presque vieux loup de mer tandis que son regard perçant pourrait faire de lui l’effigie de ce mannequin en poster dans la chambre d’une adolescente.

Tant de charisme qui fait déjà saliver ces trois sulfureuses polonaises dont l’attention ne se porte plus que sur le skipper :
« Vous venez d’où ? Lui demande l’une d’elles
— De Corse… » lance-t-il fièrement.
Les yeux des filles scintillent aussitôt. 
— Que faites-vous dans la vie ?
— Je suis navigateur et poète, termine-t-il légèrement agacé par la question.
— Ça doit être la belle vie de voguer à travers le globe au gré de vos envies ? »

Taciturne, il sourit et reste pensif…

Certes, changer tous les jours de cadre et rencontrer de nouvelles personne c’est le bon côté de la navigation. Peut-être « un des derniers aspect qui persiste encore aujourd’hui ». Même s’il est passionné de nautisme, Alex regrette cette période où existait encore la « belle aventure » que tout le monde fantasme encore, cette « bohème nautique », aujourd’hui,  n’existe plus.

En effet, autrefois « on arrivait avec un rafiot ou un bateau des plus minimaliste et on se posait comme un pirate dans un coin du port ». Aujourd’hui, prendre la mer cela reste une grande aventure mais « c’est devenu une vraie industrie où tout est question de fric ». Il enchaîne du tac au tac : « entre les délais d’attente pour le contrôle d’entrée dans chaque pays, qui varient entre 4 à 5 heures, puis les taxes ainsi que les frais de ports qui peuvent atteindre les 1 000 euros. Tout ceci, ajouté aux frais de carburant mais aussi d’équipements. Sur ce bateau de 4 millions d’euros, il y a 400 000 euros juste pour les voiles. De surcroît, le bateau doit s’équiper d’un système de navigation GPS, d’un téléphone satellite et de radios pour être assuré, « les assurances sont très regardantes car ça chiffre très vite si tu abîmes le quai ou le yacht d’un voisin » précise le jeune capitaine. 

À la question de « l’écologie dans tout cela ? », il soupire et lève les yeux au ciel. Entre les plastiques des bateaux qui ne sont pas recyclables, les solvants de construction, la peinture au cuivre que l’on met sur les coques pour éviter que les algues s’accrochent, les particules de peintures sur la coque et enfin les diesels des bateaux…  « On est loin de préserver notre planète », se lamente-t-il. 

Ce qui le désole le plus lorsqu’il vogue, c’est qu’« il ne se passe pas deux secondes sans croiser un sac plastique y compris les déchets organiques qui ne se biodégraderont jamais ».

Et la carte postale paradisiaque d’une étape pour se baigner nu dans une eau bleue turquoise est aussitôt balayée par ce cliché qu’il montre sur son téléphone avec ces vingt bateaux en Grèce qui ont jeté leurs eaux sales en pleine mer : « tu ne peux plus te baigner, il y a des boulettes de caca partout ! »

Rares sont les moments de navigation où l’on jouit au gré du vent, au gré des courants… Et pour cause, la navigation est loin d’être un long fleuve tranquille. Il se remémore les conditions difficiles, ces moments où l’eau était mouvementée, ces états de fatigue qui mènent aux moments d’hallucinations que Homère retranscrit parfaitement avec Ulysse dans L’Odyssée .

Tous ces petits détails qui ont le don de rendre cette mer des plus amères.

Daniel Latif
Photos : Alexandre Merlet /DR

Frayeur andalouse

« Je ne sais pas où on va, mais on y va » s’inquiétait Alain dans ce van où régnait un silence insupportable. Étienne était scotché sur son téléphone, tandis que Ben s’était endormi. Les autres passagers étaient plongés dans une torpeur. Lobotomisés, figés, le regard vide, ils subissaient la conduite robotisée d’un chauffeur taciturne, complètement absorbé, roulant à tombeau ouvert sur cette autoroute sans fin en direction de nulle part.

Soudain, le van s’arrêta à cette station essence dans une zone désertique. Ils étaient loin de l’ambiance festive et de cette ritournelle « Vamos a la Playa » qu’ils avaient en tête lorsqu’ils voulurent fuir la sinistre rentrée en quête de profiter des derniers instants d’été sur une plage abandonnée.

Étienne, armé de son boîtier Canon emprunta un chemin étroit en vue de faire quelques photos à la façon d’un explorateur. Alain, toujours à la recherche du cliché parfait pour faire rager ses collègues le suivit. Ben, ne sachant que faire, emboîta également le pas sans grande conviction. Tous les trois progressaient, au gré des cheminements chaotiques, suivant leur intuition, persuadés qu’ils trouveraient un petit coin de paradis.

Après plusieurs minutes de marche, à plaisanter et refaire le monde, ils ont, sans même prêter attention à leur itinéraire, traversé un ponton, longé de nombreuses éoliennes et se sont engagés sur une route de montagne balisée d’un mystérieux fléchage jaune.

Arrivés au sommet de la montagne, leur seule gratification fut cette vue imprenable sur un paysage lunaire, où l’on devine des volcans dans le fond surplombant ce paysage rocheux et désertique qui s’étend tel une immense cuvette, avec ce chemin tortueux qui mène vers un point d’eau verdâtre — le genre de bassin où tu n’oserais pas te baigner sans une combinaison de protection radioactive. Alain envoie cette carte postale énigmatique signée d’un très laconique « Nevada ou Oklahoma ? » à son amie qui lui répond aussitôt : « paysage très glauque, Nevada plutôt, ou carrément terres au Turkménistan ». Et pourtant, ils voulaient juste profiter de la Playa à Malaga.

Le vent se lève, un immense nuage noir se dessine à l’horizon, le temps se couvre et l’orage gronde. Les trois amis ne savent ni où ils sont, ni où aller pour s’abriter. Un éclair les affole, ils courent en direction de cette cabane, tout est fermé. Mitoyen à cette petite maison, un poste de station électrique des plus lugubres et encore moins rassurant qui rappelle une scène du jeu vidéo Resident Evil. Un pick-up Mitsubishi L200 couleur Sun Flare orange est garé non loin, ouvert, alors les aventuriers y pénètrent histoire de laisser passer la bourrasque. Et voilà, comment ils prirent place sans le savoir à bord du tout nouveau Mitsubishi L200.

Nevada ou Oklahoma ? Non, on est bel et bien à Malaga

Les clients lui reprochaient quelque chose de « timide » alors le constructeur aux trois diamants a voulu lui redonner un caractère « plus masculin et plus fort ». Ainsi, et même s’il n’a pas pris 1 millimètre, le nouveau L200 garde la même signature stylistique mais voit son capot rehaussé. Qu’il roule sous la pluie, la neige ou à travers un nuage de poussière, impossible de ne pas le remarquer avec son nouvel éclairage LED à l’avant et à l’arrière. Désormais, il chausse des jantes plus grosses de 18 pouces et embarquant un nouveau moteur 2,2l diesel de 150 ch relié à une nouvelle boîte mécanique de 6 rapports. 

Voulant fermer la fenêtre, Alain appuya par réflexe sur le bouton start, et à la grande surprise générale le contact s’établit, le tableau de bord prit vie. « S’il y a le contact, ça veut dire qu’il y a les clés quelque part… », en effet, la clé intelligente se trouvait dans la boîte à gant. Ne cherchant pas à comprendre, il appaire son smartphone au système multimédia. Son téléphone sonne, c’est l’amie Pauline qui habite dans la région, il décroche : « T’es à Malaga ? 
— Presque !
— Mais t’es où, t’es à côté de quoi ?
— Si je savais ?! Attends, je t’envoie une photo…
— Hannn, qu’est-ce que tu fous là-bas ?! C’est une zone abandonnée, les mecs ont commencé un projet de construction de parc aquatique…
— Quels mecs ?
— Justement, on ne sait pas, ils ont disparu quand ils ont découvert que la zone était irradiée et ont tout laissé en plan ».

Un silence s’installe, les trois lurons font moins les malins et se regardent… Pauline reprend d’une voix sérieuse : « il y a eu une crise immobilière, il y règne un microclimat et les gens n’osent plus y aller à cause de cette légende urbaine andalouse…
— Comment ça ? 
— Tout le pueblo se demande encore pourquoi les enfants n’ont pas le droit de s’y aventurer…
— Pourtant, on y a trouvé un pick-up Mitsubishi L200, le tout nouveau !
— Je peux pas t’expliquer au téléphone mais faut pas rester là…

La radio s’allume, et un bulletin d’alerte prévient d’un changement brutal de climat. Greta avait peut-être raison ? Le message recommandait aux conducteurs la plus grande vigilance.

Ni une, ni deux… Ben prit le volant et démarra en trombe. Étonnamment, il était super à l’aise dans la conduite de l’imposant pick-up de 5,30m de longueur et 2m de large. Il s’était toutefois bien gardé d’expliquer que le L200 était équipé de pléthore d’aides à la conduite qui en facilitait sa prise en main, y compris dans des situations off-road. En effet, d’un tour de molette, l’on peut aisément passer de deux à quatre roues motrices. Enclenchant ainsi le mode 4H pour les routes accidentées et conditions dangereuses, il pouvait progresser ainsi jusqu’à plus de 170 km/h.

Après plusieurs kilomètres à errer, ils croisent le seul panneau dans ce paysage surréaliste : « zona de seguridad ». Mais à l’horizon, toujours rien, sauf des virages et des routes à perte de vue. « Heureusement que le GPS est là, s’enthousiasme Alain, enfin presque, pondère-t-il, nous sommes sur la « Route sans nom » ».

Étienne aperçoit un troupeau de brebis égarées, n’ayant peur de rien, il veut immortaliser cette scène mais ces dernières prennent la fuite à leur approche. La route devient de plus en plus étroite, Ben persiste à malmener ses coéquipiers dans sa conduite de vive allure, n’hésitant pas à écraser les freins renforcés car il est ralenti par les trous qui secouent les passagers — toujours pas malades : « Là, je suis en conduite rallye avec un pickup ». Le contexte est plus que bizarre. En effet, Ben, casquette Che Guevara vissée sur la tête, arrive à faire le commentaire de sa conduite pour rassurer ses amis agrippés aux poignées, tout en restant concentré sur sa performance. Il n’en demeure pas moins ébloui par la fiabilité à toute épreuve du Mitsubishi L200 et de son comportement routier : « elle encaisse grave !!! ». 

La montée est rude mais le L200 ne faiblit pas. Les voilà à une intersection. Il y a un panneau STOP — on se demande encore à quoi bon il peut servir… Le GPS se met enfin à causer : « Allez vers le Nord ». Le Nord, le nord… mais encore ?!

Enfin, ils finissent par franchir des grilles. L’odeur des champs d’oliviers bordant les routes est la confirmation qu’ils ont enfin retrouvé un peu de civilisation ou presque. Ils arrivent enfin au point de rendez-vous, devant l’hôtel la Bobadilla mais toujours personne en vue. « Chlack, boum », le bruit venait de l’arrière du pickup : « il est super chouette ce L200 les garçons ! ». C’était Pauline, qui n’a pas pu s’empêcher de grimper à l’arrière dans la benne. « Ben dis-donc, vous en faites une drôle de tête ?
— On a cru qu’on ne sortirait pas vivants de cette vallée de la mort.
— Mais que vous êtes sots, répliqua-t-elle pouffant de rire. T’étais dans les parages, alors je me suis dit, tant qu’à faire, ramène-voir ce nouveau Mitsu ».

Réalisant enfin qu’il n’y avait aucune légende urbaine, encore moins de projet abandonné dans une zone radioactive et que tout ceci n’était que du « pipeau laser », les trois garçons restèrent sans voix. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’y a pas que les montagnards, exploitants agricoles et artisans en construction pour s’amouracher de ce pickup iconique pour sa robustesse et sa résistance notoire.
« Bon allez, on y va à la Playa ? » lança-t-elle dans son entrain.

Quelle coquine cette Pauline !

Daniel Latif
Photos : Étienne Rovillé / DL /DR

« Ici, c’est Napoli »

« Il ne faut pas comparer par rapport aux autres villes que tu peux connaître » me prévient d’emblée Sybille, alors que nous venons de prendre place à bord d’un taxi à l’aéroport.

Assis à l’avant, j’observe ce scooter qui vient de s’arrêter à mon niveau. Deux amoureux, sans casque. Au guidon, un charismatique jeune homme en tee-shirt, prêt à démarrer en trombe, me lance un regard. Une proximité qui embarrasserait l’européen moyen et gênerait les scandinaves. On se regarde et spontanément l’on se dit : « ciaaaooo ! ».

Derrière lui, la demoiselle n’a d’yeux que pour son téléphone. Pianotant à deux mains, complètement absorbée, on admire la désinvolture de la sulfureuse qui ne craint encore moins de faire le sac de sable au premier coup d’accélérateur.

Arrivé devant l’église Sainte Marie, un homme m’observe, le regard défiant et plus qu’insistant. « Buongiorno » lançai-je aussitôt. Son visage s’adoucit et sa voix suave pleine de chaleur enchaîne : « bonjour, je m’appelle Gennaro, d’où venez-vous ?
— Parrigi, rétorquai-je fièrement avec mes maigres connaissances en italien
— Ah, j’aime beaucoup Paris, continue-t-il en français. Surtout le Paris Saint-Germain. C’est votre première visite ici ?
— En Italie non, mais ma première fois ici à Naples
— On n’est pas en Italie, ici c’est Napoli ! »

Car, ici, les portes — surplombées d’imposantes statues — sont hautes et impressionnantes, le porche annonce les prémices de grands palais. L’architecture est théâtrale, les églises foisonnent à chaque coin de rue, et les monuments d’une telle majestuosité qu’ils en ridiculiseraient les plus grands chefs-d’œuvre parisiens.

A Napoli, lors d’une remontée de rues pavées à l’ombre du linge étendu sur les balcons, vous vous enivrez d’une alliance de ces senteurs d’épices et parfums de lessives. 

« Dis-moi ce qui te fait plaisir et je te le cuisine ». On a beau croire qu’il faut s’adapter, mais, ici, on est aux petits soins lorsqu’il s’agit de gastronomie. Comme dans l’épicerie fine, Ciro Amodio, sur la Via Nardones, c’est le patron Enzo, qui prépare toutes les spécialités locales : tartines de tomates du Vesuvio, Mozzarella Bufala, aux côtés d’un très large choix de charcuteries ou encore les friarielli, ce légume typique napolitain.

« DIS-MOI CE QUI TE FAIT PLAISIR ET JE TE LE CUISINE »

Un peu plus haut dans la vieille ville, chez Nennella, une ancienne pizzeria, la Margherita est faite avec amour sous vos yeux en trois minutes pour 2,50 euros et l’ingrédient supplémentaire, c’est cadeau ! Un goût disproportionné eu égard son prix, mais surtout une véritable pizza à la cuisson parfaitement maîtrisée qui laissera toutes les autres versions que vous aviez dégusté en France à désirer.

Direction Sano sano. Y déguster une mousse de café glacée et pour les plus gourmands, l’incontournable glace italienne.

C’est la nuit à Napoli, les rues sont calmes et tout va bien. Il fait toujours chaud, en témoigne ces amoureux lovés qui « vont te faire un bébé sur le banc » s’amuse cette touriste française les regardant avec envie. Plus que de l’amour, il s’agit sans doute de passion, au sens le plus noble.

Le temps d’une déambulation nocturne afin de prendre le recul nécessaire et digérer la complexité et la beauté d’une ville des plus authentiques. 

C’est sûrement ça, la dolce vita.

Daniel Latif
Photos : DL/DR

Féerie de Noël au Danemark

Si la magie de Noël reste entière en France, elle est d’autant plus animée au Danemark. Regorgeant de traditions, ce petit pays situé au nord de l’Europe nous invite et nous plonge dans la féerie de Noël. Cap sur le pays où le Père Noël existe bel et bien.

Bien loin de la foule parisienne, Copenhague la capitale, nous accueille dans une ambiance chaleureuse, avec comme décor la neige et les flocons, ce qui renforce la beauté du pays. A la veille du 24 décembre, les préparatifs se font sentir, la ville s’agite et les senteurs d’épices et de sucres se dégagent à travers les rues du centre-ville tout en se mêlant aux bruits de papiers cadeaux dans l’incontournable centre commercial Magasin, où tout un étage d’emballages de cadeaux y est dédié. L’esprit de Noël résonne également à travers les chansons que l’on entend à la radio, medium des plus intimes ayant une place prépondérante dans les foyers danois.

Bien que le froid soit à l’extérieur, les âmes elles sont véritablement réchauffées. Pour les danois, le réveillon de Noël est un jour très important. « Il ne manque que la neige » se désole Tanja, restauratrice à Nyhavn qui peine à se remémorer d’un Noël enneigé. S’il ne neige pas encore à Copenhague, à Aalborg dans le nord du Jutland, de gros flocons commencent à recouvrir la ville. Aalborg, très connue pour son Aquavit, est la quatrième plus grande ville du Danemark après Aarhus et Odense.

UN NOËL TRADITIONNEL ET AUTHENTIQUE

L’immersion est totale, que ce soit dans les écoles où les enseignants racontent l’Évangile, et chantent l’Enfant est né à Bethléem puis organisent des sorties scolaires à l’église.

Dans les familles traditionnelles danoises, l’on s’active au dernier moment pour décorer les sapins de façon très sophistiquée mais raffinée. « L’idée est de conserver l’arbre de Noël le plus longtemps possible » explique Lilly, professeur des écoles. Dans le jardin, stocké dans la véranda ou bien régulièrement arrosé, chacun sa technique pour que le sapin ne s’assèche pas et garde ses couleurs ainsi que toutes ses épines.

Il n’y a pas que le sapin qui est mis à l’honneur. En effet, les danois ne lésinent pas sur la créativité des décorations et poussent même jusqu’à enluminer leurs maisons avec des guirlandes multicolores, des personnages de Noël, comme ces lutins nommés nissemand, jusqu’aux motifs animés et illuminés grâce à des vidéoprojecteurs, se surpassant ainsi tous dans le concours de la maison la plus illuminée et féerique une fois la nuit tombée.

A l’intérieur des foyers règne un agréable fumet. L’un des plats traditionnels danois y est préparé pour l’occasion. Au menu, canard farci et cochon, accompagnés de pommes de terres caramélisées ou nature agrémentées d’une sauce brune délicieuse.

Pour ravir tout le monde, la Hvidtøl, une bière à faible taux d’alcool y est servie. Cette dernière est très prisée dans les pays scandinaves et est considérée comme une des emblématique boisson traditionnelle de Noël, offrant des notes sucrées et légèrement pétillantes.
La famille entière est ainsi réunie pour passer un moment inoubliable autour des nombreuses traditions danoises. Effectivement, il est de coutume après le repas de danser main dans la main, tournant autour du sapin, en chantant des comptines de Noël.
Ensuite, les danois organisent des petits jeux à table au moment du dessert, le risalamande, un riz au lait avec des copeaux d’amandes, accompagné d’un coulis de cerises. Toujours ludique, et dans l’esprit de fêtes, celui qui parvient à trouver l’amande entière dissimulée dans le dessert gagne un cadeau qu’il pourra ouvrir avant la cérémonie d’ouverture sous le sapin.

LE CHARME DE LA CAPITALE DANOISE

Non loin de la Mairie et face à la gare centrale, se trouve le célèbre parc d’attraction Tivoli, établi au cœur de la ville.
A l’intérieur, les décorations et musiques de Noël sont au rendez-vous. Garantissant alors une ambiance unique renforcée par les nombreuses lumières enchanteresses. Les manèges sont nombreux et pour tous les goûts : auto tamponneuses, carrousels, montagnes russes aux loopings et torsades à sensations fortes ou train des Alpes…

Forcément, le parc Tivoli est moins encombré que Disney Land, où l’on passe plus de temps dans la queue que dans les attractions. Autre atout du parc et non des moindres, vous pourrez très certainement avoir la chance de rencontrer la reine du Danemark, Margrethe II, qui, au passage, parle parfaitement le français !
Cette dernière y vient régulièrement en famille, voir le spectacle Casse-noisette dont elle a confectionné les costumes et dessiné les décors. En effet, la Reine ne se contente pas que de faire de la figuration dans son royaume ; elle est une artiste à ses heures perdues.

Le feu d’artifice à la tombée de la nuit annonce la venue future du jour de l’an. Les odeurs de fête foraines, notamment du gløgg — vin rouge chaud agrémenté d’amandes, de raisins secs et parfois même d’abricots secs dans sa version au vin blanc — sont alléchantes et l’on ressort du Tivoli ravi.

UN PATRIMOINE GASTRONOMIQUE RICHE

Parmi les spécialités danoises, il y a le « Fransk Hot Dog », un « hot dog français » qui porte mal son nom car on n’a jamais mangé en France un sandwich aussi bon, dont on ne saurait décrire exactement les ingrédients de sa sauce complètement inconnue dans l’hexagone. « Son nom vient en raison de son pain en forme de flûte qui ressemble à la baguette » explique Sonny qui a son camion de saucisses sur la place Kultorvet.

Un lieu quasi incontournable où les danois viennent en famille, en couple ou seuls. Même des célébrités passent discuter le temps de croquer un medisterpølse, une grosse saucisse traditionnelle aux herbes, comme c’est le cas pour Hans Pilgaard, un célèbre acteur qui présente également la version scandinave du jeu télévisé Qui veut gagner des millions.
Les clients ne tarissent point, tous affluent et payent avec leurs téléphone avec Mobile Pay : un sms et le tour est joué. Plus qu’un simple sandwich, la saucisse c’est une institution ici. « On vient manger un bout, on discute, on est en famille. Certains viennent même se confier ; on me raconte tout » analyse Sonny qui estime cumuler trois jobs : « chef, psychologue et bureau d’information pour touristes » ironise-t-il.

Pour ce qui est des plats cuisinés, les Frikadeller, prononcez fricadelles  — rien à voir avec la saucisse panée et ses frites dont on raffole dans le Ch’Nord — qui sont des boulettes de viande ou bien de poisson le plus souvent servies avec une sauce brune.
Le charme de Copenhague c’est aussi son marché couvert, plus connu sous le nom de Torvehallerne, où l’on peut déguster des smørrebrød, tartines au pain de seigle au beurre agrémentées de saumon fumé, de rosbif froid ou encore de hareng mariné, etc.

À VÉLO, MÊME PAS PEUR DE LA PLUIE

Les amoureux du vélo seront comblés au Danemark. En effet, cyclistes et voitures roulent en parfaite symbiose, pour ne pas dire que les cyclistes, qui sont légion, font la loi sur les routes. Il n’est ainsi pas surprenant de voir des dizaines de vélos attendre sagement le passage des feux ou d’apercevoir le long des rues des centaines de vélos amoncelés les uns sur les autres, parfois sur deux étages. Vous l’aurez bien compris, le vélo est le sport national suivi de la course à pied qui connaît un étonnant succès.

Par une promenade à vélo, en passant par le musée Carlsberg, pour découvrir l’importante collection de bustes et de statues du fils Carlsberg. A ne pas confondre avec le siège de Carlsberg où se trouve le temple de la famille Jacobsen. Carslberg by est une ville dans la ville, riche d’un patrimoine historique et révèle les nombreux secrets tant dans l’explication de la fabrication de la bière, jusque dans l’architecture du lieu assez grandiose. C’est l’occasion de déguster une bière authentique de la marque à l’éléphant ainsi que la collection entière de bière dont la déclinaison gastronomique : Jacobsen.

Des étoiles plein les yeux, le tout dans une ambiance des plus hygge, prononcez « hugueuh », concept danois très vaste du « bien-être et de profiter du moment le plus simplement entouré des personnes qui vous sont chères » démystifie Elizabeth, étudiante en biologie à l’université de Copenhague, le Danemark offre l’opportunité de passer des fêtes de fin d’années plus qu’authentiques. Alors comme on dit là-bas : Glædelig jul og godt nytår !

Daniel Latif
Photos : DL /DR

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