Frayeur andalouse

« Je ne sais pas où on va, mais on y va » s’inquiétait Alain dans ce van où régnait un silence insupportable. Étienne était scotché sur son téléphone, tandis que Ben s’était endormi. Les autres passagers étaient plongés dans une torpeur. Lobotomisés, figés, le regard vide, ils subissaient la conduite robotisée d’un chauffeur taciturne, complètement absorbé, roulant à tombeau ouvert sur cette autoroute sans fin en direction de nulle part.

Soudain, le van s’arrêta à cette station essence dans une zone désertique. Ils étaient loin de l’ambiance festive et de cette ritournelle « Vamos a la Playa » qu’ils avaient en tête lorsqu’ils voulurent fuir la sinistre rentrée en quête de profiter des derniers instants d’été sur une plage abandonnée.

Étienne, armé de son boîtier Canon emprunta un chemin étroit en vue de faire quelques photos à la façon d’un explorateur. Alain, toujours à la recherche du cliché parfait pour faire rager ses collègues le suivit. Ben, ne sachant que faire, emboîta également le pas sans grande conviction. Tous les trois progressaient, au gré des cheminements chaotiques, suivant leur intuition, persuadés qu’ils trouveraient un petit coin de paradis.

Après plusieurs minutes de marche, à plaisanter et refaire le monde, ils ont, sans même prêter attention à leur itinéraire, traversé un ponton, longé de nombreuses éoliennes et se sont engagés sur une route de montagne balisée d’un mystérieux fléchage jaune.

Arrivés au sommet de la montagne, leur seule gratification fut cette vue imprenable sur un paysage lunaire, où l’on devine des volcans dans le fond surplombant ce paysage rocheux et désertique qui s’étend tel une immense cuvette, avec ce chemin tortueux qui mène vers un point d’eau verdâtre — le genre de bassin où tu n’oserais pas te baigner sans une combinaison de protection radioactive. Alain envoie cette carte postale énigmatique signée d’un très laconique « Nevada ou Oklahoma ? » à son amie qui lui répond aussitôt : « paysage très glauque, Nevada plutôt, ou carrément terres au Turkménistan ». Et pourtant, ils voulaient juste profiter de la Playa à Malaga.

Le vent se lève, un immense nuage noir se dessine à l’horizon, le temps se couvre et l’orage gronde. Les trois amis ne savent ni où ils sont, ni où aller pour s’abriter. Un éclair les affole, ils courent en direction de cette cabane, tout est fermé. Mitoyen à cette petite maison, un poste de station électrique des plus lugubres et encore moins rassurant qui rappelle une scène du jeu vidéo Resident Evil. Un pick-up Mitsubishi L200 couleur Sun Flare orange est garé non loin, ouvert, alors les aventuriers y pénètrent histoire de laisser passer la bourrasque. Et voilà, comment ils prirent place sans le savoir à bord du tout nouveau Mitsubishi L200.

Nevada ou Oklahoma ? Non, on est bel et bien à Malaga

Les clients lui reprochaient quelque chose de « timide » alors le constructeur aux trois diamants a voulu lui redonner un caractère « plus masculin et plus fort ». Ainsi, et même s’il n’a pas pris 1 millimètre, le nouveau L200 garde la même signature stylistique mais voit son capot rehaussé. Qu’il roule sous la pluie, la neige ou à travers un nuage de poussière, impossible de ne pas le remarquer avec son nouvel éclairage LED à l’avant et à l’arrière. Désormais, il chausse des jantes plus grosses de 18 pouces et embarquant un nouveau moteur 2,2l diesel de 150 ch relié à une nouvelle boîte mécanique de 6 rapports. 

Voulant fermer la fenêtre, Alain appuya par réflexe sur le bouton start, et à la grande surprise générale le contact s’établit, le tableau de bord prit vie. « S’il y a le contact, ça veut dire qu’il y a les clés quelque part… », en effet, la clé intelligente se trouvait dans la boîte à gant. Ne cherchant pas à comprendre, il appaire son smartphone au système multimédia. Son téléphone sonne, c’est l’amie Pauline qui habite dans la région, il décroche : « T’es à Malaga ? 
— Presque !
— Mais t’es où, t’es à côté de quoi ?
— Si je savais ?! Attends, je t’envoie une photo…
— Hannn, qu’est-ce que tu fous là-bas ?! C’est une zone abandonnée, les mecs ont commencé un projet de construction de parc aquatique…
— Quels mecs ?
— Justement, on ne sait pas, ils ont disparu quand ils ont découvert que la zone était irradiée et ont tout laissé en plan ».

Un silence s’installe, les trois lurons font moins les malins et se regardent… Pauline reprend d’une voix sérieuse : « il y a eu une crise immobilière, il y règne un microclimat et les gens n’osent plus y aller à cause de cette légende urbaine andalouse…
— Comment ça ? 
— Tout le pueblo se demande encore pourquoi les enfants n’ont pas le droit de s’y aventurer…
— Pourtant, on y a trouvé un pick-up Mitsubishi L200, le tout nouveau !
— Je peux pas t’expliquer au téléphone mais faut pas rester là…

La radio s’allume, et un bulletin d’alerte prévient d’un changement brutal de climat. Greta avait peut-être raison ? Le message recommandait aux conducteurs la plus grande vigilance.

Ni une, ni deux… Ben prit le volant et démarra en trombe. Étonnamment, il était super à l’aise dans la conduite de l’imposant pick-up de 5,30m de longueur et 2m de large. Il s’était toutefois bien gardé d’expliquer que le L200 était équipé de pléthore d’aides à la conduite qui en facilitait sa prise en main, y compris dans des situations off-road. En effet, d’un tour de molette, l’on peut aisément passer de deux à quatre roues motrices. Enclenchant ainsi le mode 4H pour les routes accidentées et conditions dangereuses, il pouvait progresser ainsi jusqu’à plus de 170 km/h.

Après plusieurs kilomètres à errer, ils croisent le seul panneau dans ce paysage surréaliste : « zona de seguridad ». Mais à l’horizon, toujours rien, sauf des virages et des routes à perte de vue. « Heureusement que le GPS est là, s’enthousiasme Alain, enfin presque, pondère-t-il, nous sommes sur la « Route sans nom » ».

Étienne aperçoit un troupeau de brebis égarées, n’ayant peur de rien, il veut immortaliser cette scène mais ces dernières prennent la fuite à leur approche. La route devient de plus en plus étroite, Ben persiste à malmener ses coéquipiers dans sa conduite de vive allure, n’hésitant pas à écraser les freins renforcés car il est ralenti par les trous qui secouent les passagers — toujours pas malades : « Là, je suis en conduite rallye avec un pickup ». Le contexte est plus que bizarre. En effet, Ben, casquette Che Guevara vissée sur la tête, arrive à faire le commentaire de sa conduite pour rassurer ses amis agrippés aux poignées, tout en restant concentré sur sa performance. Il n’en demeure pas moins ébloui par la fiabilité à toute épreuve du Mitsubishi L200 et de son comportement routier : « elle encaisse grave !!! ». 

La montée est rude mais le L200 ne faiblit pas. Les voilà à une intersection. Il y a un panneau STOP — on se demande encore à quoi bon il peut servir… Le GPS se met enfin à causer : « Allez vers le Nord ». Le Nord, le nord… mais encore ?!

Enfin, ils finissent par franchir des grilles. L’odeur des champs d’oliviers bordant les routes est la confirmation qu’ils ont enfin retrouvé un peu de civilisation ou presque. Ils arrivent enfin au point de rendez-vous, devant l’hôtel la Bobadilla mais toujours personne en vue. « Chlack, boum », le bruit venait de l’arrière du pickup : « il est super chouette ce L200 les garçons ! ». C’était Pauline, qui n’a pas pu s’empêcher de grimper à l’arrière dans la benne. « Ben dis-donc, vous en faites une drôle de tête ?
— On a cru qu’on ne sortirait pas vivants de cette vallée de la mort.
— Mais que vous êtes sots, répliqua-t-elle pouffant de rire. T’étais dans les parages, alors je me suis dit, tant qu’à faire, ramène-voir ce nouveau Mitsu ».

Réalisant enfin qu’il n’y avait aucune légende urbaine, encore moins de projet abandonné dans une zone radioactive et que tout ceci n’était que du « pipeau laser », les trois garçons restèrent sans voix. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’y a pas que les montagnards, exploitants agricoles et artisans en construction pour s’amouracher de ce pickup iconique pour sa robustesse et sa résistance notoire.
« Bon allez, on y va à la Playa ? » lança-t-elle dans son entrain.

Quelle coquine cette Pauline !

Daniel Latif
Photos : Étienne Rovillé / DL /DR

Génération « porno-écolo »

Qu’ils sont imaginatifs ces créatifs de Pornhub. À l’heure où tout le monde s’affole pour la planète, voilà une curieuse entreprise reine de l’évasion fiscale — mais pas que — qui rentre dans le bal des tartuffes.

« Aider à protéger les plages et océans contre la pollution […] pour chaque vues, nous ferons une donation à Ocean polymers ». L’intention était bonne, certes ! Jusqu’à ce que n’apparaisse la condition pour un tel don : « regarder l’intégralité de la vidéo sur Pornhub ». Car la holding luxembourgeoise rappelle dans le générique de la bande-annonce sa devise : « Plus c’est sale, mieux c’est » et là, tout est parti en live.

Fier d’annoncer sa nouvelle production cinématographique « Le porno le plus sale » en collaboration avec « Léo et Lulu », un couple français qui se prétend amateur mais dont les équipements et la performance ont de quoi faire saliver les plus professionnels dans l’industrie du X.

Ce duo d’acteurs de films adultes — aussi romantiques, charnels et voluptueux que leur pseudonyme —  qui résume leur état d’esprit « voyager à travers le monde et baiser partout » n’a pas hésité à donner de leur corps sur une plage déserte. La mise en scène est des plus élaborées, les plans de coupes enchaînés à merveille mais l’on s’attardera sur l’illustration des plus pathétiques de la pollution marine avec ce poisson mort gisant entre deux bouteilles en plastique toutes neuves.

Premier geste pour l’écologie, ce placement publicitaire en plan serré de nos french lovers déambulant en maillot de bain, claquettes de piscine Adidas sur le sable de cette plage abandonnée. Plus ils progressent à travers un banc de déchets plastiques, débris et de bouteilles de lessives, etc. plus l’excitation grimpe… La musique d’ambiance vous prend comme dans un film d’horreur et puis soudain, le climax : une bouteille de Coca-Cola qui donne le la aux festivités.

À défaut de prendre les déchets en main, Lulu prend le sexe de Léo en bouche. Copulant aux côtés d’hommes en combinaison contre les risques chimiques siglée Pornhub, équipés de masque de protection respiratoire. Le genre de personnage qui te fait rapidement comprendre que tu n’es pas vraiment au bon endroit et encore moins dans la meilleure des tenues. Loin de se poser les bonnes questions, Léo et Lulu commencent les préliminaires tandis que les figurants ramassent laborieusement ça et là ces déchets étalés sur le littoral.

NETTOYER LA PLANÈTE LE TEMPS D’UNE BRANLETTE

Après cinq minutes de préchauffage, le jeune Léo, au membre impressionnant mais qui peine à se raidir, s’extasie : « ah putain, finalement ». La suite ? Les mots-clés référencés sous la vidéo résument bien les 4 minutes 55 — montre en main — qui suivent : « blonde », « exclusif », « 60 images par secondes », « grosse bite », « hard », « jolie fille », « modèles vérifiés », « publique », « éjac »

Les hommes en combinaison ont terminé leur boulot. Pas un regard, ni même une considération et encore moins un merci de la part des jeunes exhibitionnistes qui partent aussitôt prendre un bain en mer.

Un court métrage grotesque rivalisant fantastiquement avec Cinquantes nuances de Grey qui laisse à désirer eu égard les prises de vues insipides et caricaturales : très gros plans, une fornication déliquescente, dépourvue de sens et encore moins de cadrage. En effet, les jeunes amoureux tiennent à préserver leur anonymat. Soit.

Au-delà d’un porno normé, « Léo et Lulu », les nouvelles idoles des 18-25 ans, ont sans le savoir, lancé une nouvelle vague du « porno écolo ». Une tendance dont découlera très certainement l’émergence de nouveaux producteurs qui exploiteront un nouveau filon : le porno Bio.

Daniel Latif

Le mystère de la borne WiFi fantôme

« Mais non, les RG sont pas aussi cons pour faire un truc comme ça » se raisonne Gilles. L’idée était quelque peu surréaliste. Toutefois, l’hypothèse de la fausse borne Wifi utilisant le même nom dans le but d’espionner l’activité du trafic réseau et de récupérer les identifiants de connexion au sein de cette entreprise réputée était plausible.

Après avoir procédé au renouvellement de l’infrastructure des serveurs et du réseau sans fil, Gilles, expert informatique chez Wolface, avait remarqué une activité suspecte. En effet, sur son écran, apparaissait cette borne Wifi de la marque Cisco qui continuait à émettre et se faire passer pour un réseau de l’entreprise. Les techniciens de maintenance informatique permanents sont formels : « c’est impossible ! ». Inconnue au cahier des charges — qui en répertoriait un total de 15 réparties à travers les quatre étages de l’immeuble — le voici confronté à une mystérieuse énigme de la borne numéro 16.

Assis devant les 15 anciennes bornes déconnectées, Roman était plongé dans une torpeur à l’idée de faire une telle découverte. Voulant brasser toutes les possibilités, Gilles évoque un éventuel signal fantôme à « effet de latence comme lorsque tu regardes une étoile dans le ciel. Elle brille alors qu’en fait, elle est déjà morte ».

D’après le moniteur et après quelques déductions avec le numéro de série, la borne wifi devrait se trouver entre le premier et le troisième étage, « à proximité de l’ancien emplacement de la Borne 11 ».  En dépit de l’indication vague, Simon, son collègue, partit aussitôt parcourir les bureaux : « j’ai ma petite idée, je crois savoir où elle se trouve ». inspectant les couloirs, scrutant attentivement les plafonds, persuadé qu’il parviendrait à mettre la main sur le boîtier douteux. 

Après plusieurs passages à travers les pièces, inspectant y compris dans les escaliers de secours tel un démineur. De retour à la case départ, suite à une chasse infructueuse, il croise Gilles, ordinateur portable en main, déambulant au gré de la puissance du signal émis par la borne clandestine.

C’est le moment crépusculaire. La borne reste toujours introuvable mais continue à émettre sur le canal 12. Roman, Simon tentent de rassurer Gilles : « La nuit porte conseil, allons manger et on verra demain ». En vain. En plein dîner, il quitta la table soudainement pour retourner dans les locaux de l’entreprise. Aux grands maux, les grands remèdes. Il imaginait une approche plus scientifique : la triangulation.

En théorie, il suffit de tracer un axe à partir de trois points différents où la réception du signal est optimale. En pratique, le bâtiment comporte plusieurs étage avec une autre extension côté rue. Un vecteur qui vient compliquer l’application d’un cas pratique bien connu des agents du CSA à la recherche de la provenance du signal de radios pirates.

L’ingénieur en informatique se mis en tête de coder une application radar sur son téléphone afin d’affiner ses recherches, en complément d’une localisation GPS. Commence ainsi, une traque de la borne fantôme qui se poursuivit jusqu’au petit matin. 

D’après les données récoltées tout au long de la nuitée, la borne se situerait au milieu du premier étage mais une fois sur place il perdait la trace du signal. Un casse-tête qui prit fin lorsqu’un de ses collègues évoqua l’immeuble côté rue. « On l’a pourtant visité hier ?
— Certes, mais on est allé au deuxième étage et on a oublié le premier ! ».

Les trois mousquetaires se regardèrent et bondirent de leurs chaises, courant à travers les escaliers, traversant les couloirs étroits. Ils arrivèrent devant une porte où il était inscrit sur une plaque « Direction ». Toc-toc, personne ne répond. Gilles ne tient plus, il ouvre la porte et tels des inspecteurs de police en pleine perquisition, ils surprirent deux employés : 
— Oui, bonjour ?
L’équipe qui ne s’attendait pas à croiser du monde à cette heure-ci, répondit vaguement : « On cherche une borne wifi ». Se contentant de pointer la borne fixée sur le pilier central, ne comprenant pas trop cette requête incongrue, les membres de la direction reprirent leur travail.

S’approchant impatiemment, Gilles réalisa que le boîtier gris suspendu n’était pas la borne recherchée. Dépité, il s’assit sur ce canapé, essayant de refaire le scénario depuis le début à la recherche du détail qui lui aurait échappé. Mais le jeune homme n’avait plus les idées claires et tout ce dont il rêvait à ce moment c’était un bon petit déjeuner puis d’un café. Inconsciemment, ses yeux se posèrent sur la machine à café et la bouilloire sur cette étagère Ikea. En dessous, des gâteaux dans une boîte métallique et à côté du miel… Brassant du regard les différentes cases, il aperçut une pile de papiers en vrac posés sur une boîte d’où émanait un faisceau lumineux vert. Incrédule, il se leva sans dire mot. Pensant qu’il était l’heure d’une pause café, Simon, Roman l’accompagnèrent de ce pas. Soulevant le paquet de feuilles, il découvrit enfin la borne WiFi tant convoitée. 

 « Mais non … » s’écria Roman, se saisissant du boitier afin de vérifier l’adresse IP. Son premier réflexe est de vouloir débrancher la prise Ethernet, en vain : « saloperie de câble, il ne veut pas sortir », agacé, il se saisit d’un tournevis et pète le câble. 

Après une recherche intensive et même si le signal de la borne wifi a disparu, les interrogations persistent. Espionnage industriel ou surveillance des salariés ? Pourquoi la borne n’était-elle pas référencée ? Peut-être servait-elle uniquement pour la machine à café ? Quoi qu’il en soit, le mystère de cette borne wifi fantôme reste toujours non élucidé.

Daniel Latif

« Ici, c’est Napoli »

« Il ne faut pas comparer par rapport aux autres villes que tu peux connaître » me prévient d’emblée Sybille, alors que nous venons de prendre place à bord d’un taxi à l’aéroport.

Assis à l’avant, j’observe ce scooter qui vient de s’arrêter à mon niveau. Deux amoureux, sans casque. Au guidon, un charismatique jeune homme en tee-shirt, prêt à démarrer en trombe, me lance un regard. Une proximité qui embarrasserait l’européen moyen et gênerait les scandinaves. On se regarde et spontanément l’on se dit : « ciaaaooo ! ».

Derrière lui, la demoiselle n’a d’yeux que pour son téléphone. Pianotant à deux mains, complètement absorbée, on admire la désinvolture de la sulfureuse qui ne craint encore moins de faire le sac de sable au premier coup d’accélérateur.

Arrivé devant l’église Sainte Marie, un homme m’observe, le regard défiant et plus qu’insistant. « Buongiorno » lançai-je aussitôt. Son visage s’adoucit et sa voix suave pleine de chaleur enchaîne : « bonjour, je m’appelle Gennaro, d’où venez-vous ?
— Parrigi, rétorquai-je fièrement avec mes maigres connaissances en italien
— Ah, j’aime beaucoup Paris, continue-t-il en français. Surtout le Paris Saint-Germain. C’est votre première visite ici ?
— En Italie non, mais ma première fois ici à Naples
— On n’est pas en Italie, ici c’est Napoli ! »

Car, ici, les portes — surplombées d’imposantes statues — sont hautes et impressionnantes, le porche annonce les prémices de grands palais. L’architecture est théâtrale, les églises foisonnent à chaque coin de rue, et les monuments d’une telle majestuosité qu’ils en ridiculiseraient les plus grands chefs-d’œuvre parisiens.

A Napoli, lors d’une remontée de rues pavées à l’ombre du linge étendu sur les balcons, vous vous enivrez d’une alliance de ces senteurs d’épices et parfums de lessives. 

« Dis-moi ce qui te fait plaisir et je te le cuisine ». On a beau croire qu’il faut s’adapter, mais, ici, on est aux petits soins lorsqu’il s’agit de gastronomie. Comme dans l’épicerie fine, Ciro Amodio, sur la Via Nardones, c’est le patron Enzo, qui prépare toutes les spécialités locales : tartines de tomates du Vesuvio, Mozzarella Bufala, aux côtés d’un très large choix de charcuteries ou encore les friarielli, ce légume typique napolitain.

« DIS-MOI CE QUI TE FAIT PLAISIR ET JE TE LE CUISINE »

Un peu plus haut dans la vieille ville, chez Nennella, une ancienne pizzeria, la Margherita est faite avec amour sous vos yeux en trois minutes pour 2,50 euros et l’ingrédient supplémentaire, c’est cadeau ! Un goût disproportionné eu égard son prix, mais surtout une véritable pizza à la cuisson parfaitement maîtrisée qui laissera toutes les autres versions que vous aviez dégusté en France à désirer.

Direction Sano sano. Y déguster une mousse de café glacée et pour les plus gourmands, l’incontournable glace italienne.

C’est la nuit à Napoli, les rues sont calmes et tout va bien. Il fait toujours chaud, en témoigne ces amoureux lovés qui « vont te faire un bébé sur le banc » s’amuse cette touriste française les regardant avec envie. Plus que de l’amour, il s’agit sans doute de passion, au sens le plus noble.

Le temps d’une déambulation nocturne afin de prendre le recul nécessaire et digérer la complexité et la beauté d’une ville des plus authentiques. 

C’est sûrement ça, la dolce vita.

Daniel Latif
Photos : DL/DR

Évasion estivale aux Beaux-arts

Ce sont les jours caniculaires et ce soir-là, aux Beaux-arts de Paris, pendant les portes ouvertes, tout était permis pour se rafraîchir. Les crèmes glacées faites maison ou l’ambiance pool party en maillot de bain autour d’une piscine gonflable n’ont rien changé à l’atmosphère et la chaleur accablante.

Plus loin, dans la cour, les visiteurs se trouvent médusés devant deux écrans télé derrière lesquels Pierlouis Clavel et Élise effectuent une performance derrière des grilles sur fond vert.

Pierlouis interprète A60, un personnage au côté brut, beauf et excessif qui ne parle de bagnole mais il est sensible et s’exprime dans un enclin mélancolique et poétique s’adonnant volontiers aux sonorités et autres figures de style : « j’ai 6 cylindres dans mon cœur. Passez moi vos 0-6 » chante-t-il.

Les spectateurs amusés se prennent au jeu et restent devant les écrans où l’on voit les artistes incrustés au volant d’une voiture rouge parcourant une forêt interminable. Plus qu’un montage ou un trompe l’œil, le spectacle d’improvisation fascine et produit « une véritable madeleine de Proust » décrypte Pierre Delmas, diplômé des Beaux-arts, qui se remémore le clip musical de Kraftwerk, Autobahn.

Dans l’audience, certains confessent leur envie de prendre la route, partir en voyage. D’autres, pris dans une torpeur, prennent au sérieux cette volonté d’échappatoire puis franchissent la grille pour prendre place à bord de l’auto virtuelle, prendre le micro.

« Je ferais chauffer et crisser les pneus, comme ils pleurent et chantent, 
Dans des paysages estival et chaud,
Le goudron nous brûle
Nous marque au fer
Quand on roule
Tout est houle
Le vent et les vagues
J’ai une vague idée de la route
Que je dois suivre pour la suite
Mais je vous invite dans mes berlines si sensible
Je serais votre guide » 

Une interaction à partir d’une grille rappelant la frustration de l’univers des circuits automobiles avec un écran qui a permis à A60 et Élise de présenter leurs musiques et leur univers dans un cadre en mouvement où l’on s’affranchit « du rapport de force que l’on retrouve dans un concert entre la scène et le public, on se protège de vous comme on vous protège de nous, comme des lions en cage »

Daniel Latif

Mazda MX-5 « 30e anniversaire » : que du lourd, rien de relou

« Quelle est ta préférée ? » me lança soudainement Lola, émue par ce défilé incessant de superbes cars et autres grosses cylindrées. Démonstration de force ou bisous sur les muscles, difficile de faire un choix… Puis, au milieu de cette parade, tout en me tendant le spray de crème solaire, arrive une trentaine de Mazda MX-5 : « voilà ma favorite ! » lui assuré-je.

De toutes les sulfureuses présentes sur le circuit de Zandvoort, Lola peinait à croire que mon cœur ne balançait pas pour ces Porsche GT3 RS, BMW March M1 ou encore cette Audi R8 Safety Car qu’elle ne cessait d’admirer. Qui aurait cru qu’un simple petit roadster, équipé d’un moteur 2.0L de 184 ch puisse déclencher depuis 1989 une passion chez les puristes de l’automobile ?

Et pour fêter ses 30 ans, et plus d’un million d’unités produites à travers le monde, Mazda a sorti une édition MX-5 spéciale « 30th anniversary » limitée à 3 000 exemplaires. Reconnaissable par son badge latéral et numéroté, mais surtout par sa couleur « Racing Orange » qui a le mérite de créer le débat. Au choix sur la palette colorimétrique, certains s’irritent d’y voir la teinte de « l’opérateur de télécommunication qui en a volé le nom », le coloris « des supermarchés Migros », l’enseigne « Point.P » pour ce Monsieur adepte du bricolage, tandis que cet aficionado du cabriolet la trouve « bourrée de vitamines » ou pour les plus enthousiastes, dont je fais partie : « Orange Lamborghini ».

La réussite et la longévité de ce que les intimes surnomment affectueusement la « Miata » serait le fruit d’une collaboration entre un « journaliste automobile et les ingénieurs de chez Mazda en vue d’élaborer le roadster prodigue » confesse Philippe Geffroy, Président de Mazda France, qui nous expose la recette du cahier des charges : « un design attractif, un poids contenu et une propulsion avec un moteur en position centrale à l’avant ».

Le résultat sur route est plus que bluffant et rend la voiture très agile, ce qui lui permet de tenir remarquablement bien l’allure dans les virages. Assis bas, très bas, on se prend au jeu de retrouver le fameux plaisir de conduire et de passer les rapports avec cette adorable, mais non moins précise et onctueuse, boîte de vitesse 6 rapports.

Lorsque vous pénétrez à bord de la Mazda MX-5, édition 30ème anniversaire, vous avez cette sensation de vous lover dans une voiture où règne le cuir et l’alcantara avec cette touche discrète des surpiqûres s’étendant le long des portes puis le volant en passant par le levier de vitesses — poussant le souci du détail jusqu’à customiser les étriers de freins à disque Brembo en orange également. Toute cette architecture optimisée, pour le plaisir de conduire, répond à un état d’esprit propre au constructeur japonnais : « jinba ittai », autrement dit : la volonté de faire corps avec la voiture.

Elle a ce côté qui rappelle un bolide de course, mais ici, ce serait un jouet qu’on n’aurait pas envie de mettre sur un circuit. Un cabriolet donnant l’envie de s’échapper, partir en road-trip à travers ces villages et montagnes sur la route des Grandes Alpes. Voir les paysages défiler, s’arrêter puis observer ce troupeau de moutons et prendre le temps de s’émerveiller devant les pâturages. Se plonger dans les Rêveries du conducteur solitaire à bord d’une Mazda MX-5 et en croiser cette dame à bord d’une MX-5 de génération précédente, qui ne manquera pas de vous saluer spontanément. À La recherche de ce truc perdu, ce petit signe de reconnaissance qui vous fait ressentir plus que de la chaleur humaine : l’esprit de famille. Voilà de quoi très certainement inspirer Claude Lelouch dans le tournage d’un prochain long métrage, qui sait ?

Partir à montagne ou la mer, peu importe, pourvu que l’on décapote. Insouciants, cheveux aux vents, avec le bon son des neuf enceintes Bose — y compris dans les oreilles grâce aux haut-parleurs intégrés dans les appuis-tête. Tout cela, évidemment, sans oublier de se protéger… au risque de cramer et devenir orange comme la bagnole !

Daniel Latif

Mission « Fluctuat nec mergitur »

L’eau qui s’écoule dans le caniveau est devenue verdâtre, virant par endroits au marron. Un amas d’algues, de déjections, on l’espère, canines — qui ont visiblement bien fermenté  — s’agglutine entre les roues des Vélib’ faisant barrage par la même occasion aux innombrables mégots ainsi que divers détritus… Certains se surprennent à marcher dans une flaque. En effet, le débit étant tellement important que ce torrent sort de son lit puis établit sur le trottoir une mare où les enfants s’amusent à tremper la main, elle a l’air bonne !

Deux amoureux intrigués demandent au restaurateur si la bouche de lavage est active depuis longtemps ? « Plus de 15 jours » selon ses dires, puis il continue : « la mairie a été appelée à trois reprises », cependant l’eau coule toujours.

Ce n’est pas par conviction écolo mais plutôt avec bon sens, que ces jeunes se mirent en tête de chercher une pince pour fermer cette vanne. Après avoir arpenté les alentours, à la recherche d’une quincaillerie, ou d’un artisan susceptible d’avoir l’outil prodigue. Ils rencontrent Jeff, ce fameux restaurateur qui leur propose une pince et un marteau. Touché du fait qu’ils soient chagrinés par une fuite qui ne concerne aucunement leur immeuble, il abandonne son établissement et tient à les accompagner dans cette quête des plus honnêtes.

Remontant tous ensemble les deux pâtés de maisons pour atteindre la source qui verse à flots.  

Dix minutes de tentatives infructueuses, où Jeff se blesse et s’ouvre la main, il persiste, un jeune homme prend le relais, en vain, la pince n’accroche pas en raison de l’abondance ce qui empêche une bonne prise.

Une voiture d’agents de la police municipale de la Mairie de Paris passe et observe le petit ruisseau mais repart aussitôt.

Le jeune homme prend la direction du commissariat, à deux pas de là. Sur recommandation d’un policier, il appelle les pompiers et se fait rembarrer ainsi « ce n’est pas de notre ressort, voyez avec la Mairie, nous on n’a pas le temps de s’occuper de ça ». Les hommes du feu devaient être sûrement débordés dans les préparatifs du Bal des pompiers qui a lieu en cette veille du jour de gloire !

Enfin, un policier du commissariat, sensible à cette démarche décide d’appeler avec sa hiérarchie la mairie, ils promettent d’intervenir. Huit heures plus tard, après avoir activé de nombreux leviers, l’eau a cessé de couler.

Mission extraordinaire terminée — avec mention « Fluctuat nec mergitur ».

Bien joué, Messieurs les policiers !

Daniel Latif

Carte postale automobile

Je reçois ce sms mystérieux d’Étienne : « possible que je fasse une session photo Paris by night » . Le rendez-vous est pris place de la Concorde.

C’est le moment crépusculaire, Étienne, appareil photo en main, est déjà en train d’immortaliser la Porsche GT3 RS dans cette place aménagée exclusivement pour les automobilistes. « On ne sait pas faire des places à Paris, il n’y a plus cette place où l’on se rencontre » regrette Alex, ce natif parisien en pleine déambulation. En effet, il reste très difficile pour les passants de saisir et apprécier cette place où l’on a vue à la fois sur l’Assemblée nationale, la tour Eiffel, l’ambassade des États-Unis d’Amérique, l’Automobile Club de France, l’église de la Madeleine, le jardin des Tuileries et trois immenses bâches publicitaires pour le dernier téléphone Samsung Galaxy.

Trois étudiants en école d’ingénieur aéronautique, en train d’admirer chaque angle de la sulfureuse, dissertant sur les mécaniques de la GT3 RS ont fini par s’interroger pour savoir si le prix des trois immenses pancartes publicitaires qui brisent l’harmonie de ce beau Paris la nuit pouvait couvrir les frais d’acquisition d’une telle supercar.

Le soir, le charme opère dans la capitale. La circulation est fluide, on reprend plaisir à se déplacer à travers la ville.

ILS N’ONT D’YEUX QUE POUR ELLE…

Qu’ils soient parisiens, policiers, de passage, passionnés, touristes et même experts, comme ce pilote qui travaille pour le constructeur allemand… ils n’ont d’yeux que pour elle ! Mais ce sont essentiellement des femmes, qui veulent absolument avoir leur photo aux côté de ce bijou automobile.

Tous, on fait le détour et pris le temps de venir l’admirer, l’approcher, discuter puis saisir cette carte postale automobile d’une Porsche GT3 RS dans Paris, la nuit.

Nous prenons la direction de la rue Mouffetard. Tous les commerces sont fermés, les quelques lanternes éclairent les poubelles disséminées ça et là devant les rideaux de fer. Bercé par la généreuse mélodie du 6 cylindres de 520 chevaux qui résonne sur les pavés et façades extérieures. Il est minuit passé, l’heure est à la flânerie pour ces couples qui défilent dans ce  cadre singulier qui rappelle l’ambiance ténébreuse du jeu vidéo Batman returns sur Super Nintendo. Soudain, surgit à l’angle de la rue de l’Arbalète cette femme tout droit sortie d’un Cosplay habillée en Harley Quinn, qui, scotchée au téléphone s’interrompt et lance : « attends, je te laisse, il y a une voiture… euh, je te rappelle ! ».

harley quinn

Aussitôt elle enchaîne : « Oh hé, salut bébé ! ». La glace est aussitôt brisée. Puis, cette étudiante à la Sorbonne nouvelle soulève sans le savoir une question certes anodine mais non moins philosophique : « M&M’s ou Wasabi ? ». Nous consultons le regard professionnel du photographe, la réponse fuse : « wasabi ! ».

Le débat est lancé, les passants sondés et les réponses ont de quoi déconcerter : « Tortue Ninja, mojito, guacamole ou pomme granny »
Et voilà comment une créature à l’aileron notoire a, l’espace d’une nuitée, intrigué, rapproché les gens, amusé et surtout fédéré les couples dans une vision surréaliste de l’amour qu’ils auront immortalisé à la façon d’une carte postale où l’élément central n’est ni une place, ni un monument mais ni plus ni moins qu’une automobile. Maintenant place à l’amour.

Daniel Latif

Grand Prix de F1 : Roulez jeunesse !

Il régnait une certaine effervescence dans la région de Bandol ce mercredi 19 juin. Les voitures s’amassent et peinent à progresser en raison des travaux. Toutes se dirigent vers le stade Deferrari où va se dérouler un match caritatif pour l’association Jules Bianchi. Ce soir-là, le casting des joueurs annonce un match assez surréaliste : Charles Leclerc, Pierre Gasly, Daniel Elena, Dorian Boccolacci, Fabien Barthes, Daniel Ricciardo et Tex. L’on s’enthousiasme même que Youri Djorkaeff sera de la partie. « Il ne manque plus que Zizou » s’amuse un spectateur dans les tribunes. Même si Zinedine Zidane « est du coin », la rencontre se fera sans la légende française du football. Quant à Djorkaeff, il aura tout simplement fait faux bond, laissant Barthes, qui à cette occasion semble beaucoup plus à l’aise sur le terrain que dans les cages.

L’association Jules Bianchi a pour but d’honorer la mémoire du jeune pilote de Formule 1 et « d’apporter tout le soutien nécessaire aux personnes qui ont vu basculer leur vie et dont le moral est essentiel pour garder l’espoir ».

Photo : Guillaume Nedelec

C’est donc dans le bel esprit et la nostalgie que les équipes se sont réunies autour du ballon. Un véritable match de 90 min où Jean-Jacques Gasly, le père du jeune pilote F1 Red Bull, raconte comment son fils a été bouleversé par la disparition de son ami qu’il garde toujours auprès de son cœur. En témoigne l’inscription sur son casque « JB17» preuve que Jules est toujours dans sa mémoire. « De vraies valeurs, une filiation et un état d’esprit qui a poussé Pierre a faire ce match de foot » raconte le père admiratif de l’ascension de son fils qui a décroché son premier contrat à 11 ans.

Pascale Gasly, sa mère, confesse avoir été « au début terrorisée par la notion de risque qui existe toujours », puis « on s’y habitue, quand on voit un enfant qui a autant d’énergie et de volonté, on ne peut pas le décevoir. Il faut accepter qu’il vive de sa passion » relativise-t-elle.

Pierre a fait son premier tour de kart à 6 ans, « à l’époque, il ne voulait pas s’arrêter » rigole encore son père. Il se souvient lorsque Pierre avait neuf ans : « on lui a offert son premier kart. C’était un Honda, équipé d’un moteur de tondeuse à gazon, 4 temps, extrêmement fiable ». Le petit Pierre voulait faire du hockey sur glace, puis a fait du foot jusqu’à neuf ans mais il préfère le karting. Alors, il demande « quelles sont les études à faire pour être pilote de F1 ? ». La réponse du père fuse : « des études ! ». Et il le réaffirme encore aujourd’hui : « chez nous, les études ça compte ! ». La maman est tout aussi exigeante : « tu dois être le premier de la classe », une condition pour pouvoir s’adonner librement à ses passions.

Son passé de footballeur, explique certainement les bonnes conditions physiques de Pierre Gasly qui n’a rien lâché pendant le match. Ce qui n’a pas rassuré son coach Pyry Salmela, préparateur physique et mental, qui craignait une blessure avant le début du Grand Prix de Formule 1 au Castellet.

Deux jours plus tard, toujours dans la région de Bandol, plus précisément aux alentours de la plaine du camps sur le chemin du circuit Paul-Ricard au Castellet, le ballet des hélicoptères, la présence des gendarmes à tous les carrefours, leurs fourgons garés sur les rond-points, les nombreux agents de sécurité au gilet jaune multi poches et lunettes de soleil, planqués dans les chemins de forêt, foison d’autres véhicules de la gendarmerie et Bac alignés ça et là dans le circuit ou encore cette moto de la Police nationale garée dans la zone média prouvent bien qu’il règne un parfum de tension.

« Même si l’entrée du circuit est embouteillée, ce n’est rien comparé à l’année précédente » explique David, un reporter espagnol. « Un plan a été élaboré sur les axes routiers autour du circuit puis implémenté dans Waze avec la collaboration de quatre de leurs ingénieurs présents dans le centre d’opération et de décision, détaille Pierre Guyonnet-Duperat, responsable média et communication pour le Grand Prix de France. Un travail en amont afin d’éviter la catastrophe connue l’année passée. Ces derniers œuvrent avec l’ensemble des services de gendarmerie, police et secours pour assurer la mobilité ainsi que la fluidité du trafic routier. »

De gros moyens déployés, mais aussi la présence et le soutien de personnalités, comme Christian Estrosi et de nombreux acteurs du monde de l’automobile qui ont permis le financement du budget de ce deuxième Grand Prix. Car les retombées économiques pour la région, les commerces ou encore les fans de sport automobile ne sont pas des moindres.

Les efforts mis en œuvre ne s’arrêtent pas là. Des initiatives singulières ont été mises en place pour « rendre la Formule 1 accessible pour tous et lui redonner ce côté populaire ». Car « on n’avait pas de sorties à l’école pour aller voir la F1 » jalouse secrètement ce passionné s’exclamant devant un groupe scolaire. Ces jeunes primaires, collégiens et quelques lycéens ont eu la chance de pouvoir vivre le temps d’une journée « une immersion dans le monde de la Formule 1, ses métiers, les coulisses avec une visite en bus impérial du circuit. De quoi donner un vent de fraîcheur aux paddocks » se félicite Pierre Guyonnet-Duperat.

Et c’est au milieu de ce paysage hors du temps, à l’atmosphère typique French Riviera, que les spectateurs prennent place dans les tribunes. F1, F2, F3, Clio Cup, la piste ne s’arrête jamais et il y en a pour tous les goûts. Pierlouis Clavel, étudiant aux Beaux-arts de Paris, a fait le déplacement pour suivre le Grand Prix. Observateur attentif, au-delà de la compétition, il en décortique toute la poétique de la course ainsi : « le goudron noir transpire et tente de déformer les lignes colorées qui courent si vite, tanguent si bien et filent tout le long d’un paysage digne d’une aquarelle de chaleur et d’odeur sur fond sombre. Le tout rythmé au son qui strie et s’échappe dans les houles chaudes ».

Pendant ce temps, en salle de presse, les journalistes retiennent leur souffle. Les yeux rivés sur la piste, les écrans télé. Les plus spécialistes, comme Jean-Louis Moncet, journaliste sportif spécialisé dans le sport automobile, se focalisent sur leur tablette affichant les chronos. La course vient seulement de commencer et ça souffle déjà.

« Ah joli, c’est presque un record » commente le célèbre présentateur de la Formule 1 sur TF1, Canal + et Auto Plus. Ce n’est pas à son premier Grand Prix et pourtant, il garde toujours cet émerveillement et peine à dissimuler son admiration lorsque l’équipe Red Bull parvient à changer les pneus de Pierre Gasly en 2,1 secondes. Puis, il reste sidéré devant les performances chrono de Lewis Hamilton à bord de sa Mercedes : « Mais, va-t-il s’arrêter de battre le meilleur tour en course ? C’est incroyable, il veut leur casser la tête !? » martèle Jean-Louis Moncet, les yeux rivés sur les écrans, tout en inscrivant les timings sur son carnet.

« Quand tu vois les performances et la maîtrise de Hamilton, tu ne peux que constater que c’est le meilleur » reconnaît Guillaume Nedelec, spécialiste F1 pour Ouest France. Las de constater que c’est toujours le même qui gagne, il regrette une politique hygiéniste qui tend vers l’aseptisation de ce sport. S’attaquant aux sanctions et pénalités en course, il reste convaincu qu’en dépit des décisions risquées que prennent les pilotes, ces dernières ne risquent pas la vie des autres : « on oublie que sur un circuit, ce n’est pas la route. En voulant évacuer le danger au maximum, alors qu’à 300 km/h il est nécessairement présent, l’on tend à rendre les courses plus fastidieuses ».

Un point de vue que nombre de spécialistes et journalistes partagent. Car, si cette course a pu être « probablement ennuyeuse, il ne s’agit là que d’un épisode sur 21 » philosophe Jean-Louis Moncet. 

Daniel Latif

Zandvoort vibre au rythme de la Verstappenmania

Il y a quelque chose de fascinant en Hollande. Ici l’on se veut écolo et l’on est fier de rouler à vélo à travers ces routes fleuries de belles plantes. Et pourtant, il suffit d’une compétition de sport automobile sponsorisée par Jumbo — l’équivalent des magasins U en France — pour que les habitants de ce petit pays s’aliènent et enfilent ce sweat-shirt bleu foncé floqué Mobil1, Red Bull avec la casquette qui va avec. Avec une fréquentation de plus de 100 000 personnes dont plus de la moitié se sont habillés comme les ingénieurs de l’écurie au taureau rouge. Tous, petits et grands, ont enfilé le costume à l’effigie du numéro 33, leur héros national : super Max Verstappen.

Même le Président de la Fédération internationale de l’Automobile (FIA), Jean Todt, invité d’honneur de la Coupe du monde de voitures de tourisme (WTCR) reconnaît être fasciné « de voir autant de personnes sur le circuit historique habillées aux couleurs de Red Bull ».


Le paradoxe ne s’arrête pas en si bon chemin. En effet, il s’étend encore plus lorsque l’on prend conscience que le circuit historique de Zandvoort se situe en plein milieu des dunes face au bord de la plage.

Cette course des Pays-Bas, c’est l’événement à ne pas rater et les hollandais ont, pour l’occasion, pris un jour de congé. Les tribunes sont pleines à craquer y compris les dunes environnantes qui foisonnent de spectateurs. Car, les places sont loin d’être bradées : 75 euros pour bénéficier d’un siège dans les gradins. Certains ont bénéficié d’une petite réduction parce qu’ils ont fait leurs courses chez Jumbo. Un engouement des plus « religieux » corrobore un confrère belge.

L’espace d’un instant, le patriotisme, la raison néerlandaise s’est éteinte au profit des pétarade moteurs, plaisir animal, difficilement explicable et de la frénésie mécanique.

Un engouement qui ne touche pas que les hommes. En effet, les femmes ont pu rouler des mécaniques lors d’une course qui leur est dédiée : la Ladies GT race. Ainsi, des néerlandaises de tous niveaux et horizons, dont quelques grands noms du paysages audiovisuel hollandais comme la présentatrice Eva Koreman, la réalisatrice et Miss Univers Kim Kötter, la championne olympique de patinage de vitesse Antoinette de Jong ou la Miss Nederland Jessie Jazz Vuijk, pour les plus célèbres, ont pu s’affronter dans une course de ventes dames à bord de Citroën C1, Toyota Aygo, Peugeot 107.

Leur récompense était de taille car elles ont été honorées par la présence des comparses Pierre Gasly et Max Verstappen, venus remettre les trophées et amuser la galerie entre deux courses avec leur Formule 1 Aston Martin Red Bull motorisée Honda… reconnaissable par cette musique si particulière que l’on compare à un « miaulement ».

Honda Motor, constructeur indépendant, est toujours le premier constructeur mondial de moteurs avec 23 millions d’unités vendues à travers le monde, avec l’auto, la moto, la motomarine, l’avion (Jet Honda), les produits d’équipement pour jardins…

Le motoriste japonais s’est engagé depuis plusieurs années dans ce championnat du monde de voitures de tourisme pour s’en servir également d’image tout en sachant que les courses sont très accessibles pour un large public.

Des performances remarquables grâce au pilote argentin Esteban Guerrieri qui a pu lors de ce championnat remporter la Course 2 à bord de sa Honda Civic Type R TCR et ainsi offrir une seconde victoire pour son écurie ALL-INKL.COM Münnich Motorsport et cette écurie est actuellement en tête du championnat.

Cette compétition, « c’est un laboratoire d’expérience » plutôt que de se restreindre à un centre de recherche. Une batterie de tests pratiques, grandeur nature dont le but est de perfectionner leurs autos : « tout ce qui est testé ici est mis en application sur nos voitures de production » explique Aurélie Litzler, attachée de presse automobile chez Honda France.

Honda va au-delà de l’aspect purement sport automobile et s’attache à créer notamment une bonne ambiance où règne le bel esprit. Ainsi, la marque nippone a permis à Tiago Monteiro, pilote automobile Honda et Randy de Puniet, pilote moto, de prendre le temps et d’échanger leur destrier le temps pendant la course WTCR en Slovaquie. Un moment unique où Honda a réussi à rapprocher l’univers du sport auto et la moto d’endurance.

Après la Slovaquie, le challenge à Zandvoort était de rapprocher d’autres grands noms du sport auto « qui se connaissent mais qui n’ont jamais l’occasion de se rencontrer » explique-t-on chez Honda. Et c’est grâce à l’enthousiasme de ses équipes que deux pilotes Formule 1 Red Bull Pierre Gasly et Max Verstappen ont pu prendre le temps d’échanger avec Tiago Monteiro, qui vient de reprendre après un grave accident en essai privé à Barcelone, accompagné de son fils Noah qui a déjà réalisé des podiums en kart.

Un autre défi brillamment relevé par Honda qui démontre une fois de plus que le sport automobile c’est avant tout des moments de complicité, de respect, les uns vis-à-vis des autres. Car, au-delà d’une passion du sport mécanique, ou tout autre fierté chauvine, pour ne pas dire nationaliste il y a surtout une vraie vie de famille.

La fête aura été complète avec l’annonce d’un prochain grand prix de F1 à Zandvoort pour 2020, sans oublier la victoire de la Hollande à l’Eurovision.

Daniel Latif