La patinoire la plus « hyggeligt » du Danemark

Située au cœur de Copenhague, sur la mythique place de Kongens Nytorv, non loin du palais d’Amalienborg, résidence de la famille royale, une scène presque irréelle se dévoile chaque hiver. Juste devant l’iconique hôtel D’Angleterre, une patinoire éphémère s’installe, défiant la solennité du lieu par sa poésie glacée.

L’imposante façade de l’hôtel, mêlant élégamment architecture victorienne et raffinement scandinave, est notoirement connue dans tout le nord de l’Europe pour ses décorations somptueuses et ses illuminations spectaculaires, capables à elles seules de faire oublier les longues nuits d’hiver.

À la tombée du jour, Rexh Shala, responsable de la patinoire, enclenche l’immense guirlande de LED qui enserre l’anneau de glace : « c’est plus hyggeligt ainsi ? » lance-t-il à sa collègue, qui acquiesce aussitôt d’un sourire complice.

« Hygge »… Rexh s’amuse de ce mot que tout le monde tente de traduire. « Le hygge, ça ne se définit pas vraiment. Ça veut juste dire prendre du bon temps, rendre un moment plus cozy et profiter ». Et ici, le concept semble avoir trouvé son écrin parfait.

Installer une telle patinoire au cœur de la capitale danoise n’est pas une mince affaire. Près de deux semaines de travail ont été nécessaires, suivies d’un entretien quotidien minutieux. Un effort largement récompensé : depuis 1999, la patinoire revient chaque hiver, ajoutant une couche supplémentaire de magie et de hygge à cette place royale déjà chargée d’histoire.

Selon plusieurs médias danois, Katy Perry et Orlando Bloom auraient même été aperçus patinant incognito avec leurs enfants. Difficile de résister à l’appel de la glace lorsqu’on séjourne juste en face d’un tel décor.

Parmi les patineurs du jour, Arthur Lervad, menuisier-ébéniste, vient tout juste de s’offrir une paire de patins Bauer. De passage par hasard sur la place, il n’a pas résisté à la tentation d’essayer immédiatement son nouveau cadeau. Un tour, puis deux. Le geste revient vite. Le coup de patin n’a pas été oublié.Arthur se dit « ravi de reprendre le patin à glace, nouvelle résolution de l’année, surtout après huit ans sans patiner ».

Bien calé dans ses Bauer Supreme M40, qu’il juge particulièrement agiles, il rappelle que le patinage est avant tout une question de confort. Pour tout bon patineur, avoir ses propres patins reste essentiel.

Une patinoire circulaire en plein centre-ville, sur une place aussi emblématique, à deux pas de Nyhavn. Ici, personne ne semble pressé. Tout est extravagant, presque irréel, et pourtant profondément apaisant. Les bancs originels de la place, restés accessibles malgré l’installation, invitent à s’y poser quelques instants, à observer, à mieux saisir l’âme de Kongens Nytorv et à en apprécier chaque détail : « c’est un plaisir à regarder », commente Andréa, étonnée de n’avoir vu personne tomber pour le moment.

Au fil des tours, le panorama se dévoile et se redécouvre sans cesse. Le regard glisse sur le patrimoine danois : au centre, la majestueuse statue équestre de Christian V, sculpture baroque datant de 1688 ; un peu plus loin, le Théâtre royal danois ; l’Académie royale des beaux-arts installée dans le palais de Charlottenborg ; l’ambassade de France, dont l’énorme panneau publicitaire, érigé depuis de nombreuses années, vient malheureusement gâcher la vue sur ce bâtiment historique de 1683. Dans le prolongement, les façades multicolores typiquement danoises de Nyhavn, puis Magasin du Nord, ce grand magasin de style Renaissance. La boucle est bouclée.

Il ne manque plus que la neige pour parfaire cette carte postale de Copenhague. Le temps d’un surfaçage, et le miracle se produit. Confirmé par les cris d’émerveillement des passants et des patineurs, les premiers flocons commencent à tomber, de plus en plus nombreux. Les enfants exultent, les adultes retrouvent le sourire. Chacun ralentit, observe et savoure cet instant tant attendu depuis Noël.

Malgré le froid redoutable, la place de Kongens Nytorv n’a jamais semblé aussi chaleureuse, encore plus féerique, enveloppée dans cette parenthèse hivernale où le hygge prend tout son sens.

Daniel Latif
Photos: DL /DR

2026, inattendue, déjà savoureuse

Plusieurs plans m’avaient été proposés : une « masquerade party » — bof — ou une « dancing music party ». Non, merci.

Aucune envie d’un dîner guindé, encore moins de vivre l’impatience artificielle du passage à 2026. Juste celle de prendre le temps. Du bon temps. Sereinement. Il faut le reconnaître : pas de plans a souvent été le meilleur plan. Alors suivons cette philosophie et embrassons la Saint-Sylvestre dans ce qu’elle a de plus précieux : la spontanéité.

Le dîner de réveillon s’improvise ainsi, presque naturellement, chez Mikkeller Færgekroen, au cœur du plus ancien parc d’attractions du monde : le Tivoli. Aucune réservation, évidemment. Mais Clara — serveuse solaire et attentive — trouve une solution.

Me voilà installé face au lac des jardins du Tivoli, là où se déroule un spectacle d’illuminations d’inspiration féerique : lumière, son, laser, feu, fumée et eau s’unissent dans une chorégraphie inspirée de Casse-Noisette, portée par le fil d’or de la musique de Tchaïkovski.

Le hasard fait bien les choses. La rencontre d’un couple bourguignon, venu célébrer un anniversaire, se transforme en discussion chaleureuse, puis en tablée partagée. Le réveillon prend corps.

À table, la tradition danoise se raconte avec sincérité. Des plats classiques, préparés avec soin, à partir d’ingrédients locaux de grande qualité. Le menu de Noël met à l’honneur le pâté de foie maison, le filet de carrelet croustillant, le généreux schnitzel viennois ou encore la poitrine de porc lentement rôtie. La maison excelle aussi dans l’art du smørrebrød, ces sandwichs ouverts emblématiques, travaillés avec précision, saisonnalité et ce savoir-faire danois justement réputé.

Ce soir, je choisis un grand classique : le Stjerneskud, garni de crevettes et d’œufs de truite. Une explosion de fraîcheur, nette, élégante. Pour accompagner ce plat à la fois savoureux et familier, une stout export sélectionnée par le brasseur Mikkeller : ronde, profonde et réconfortante.

En dessert, le patrimoine gastronomique danois s’invite à nouveau avec un divin risalamande. Et pour conclure, un havtorn snaps : doux, subtilement parfumé à l’argousier, préparé maison. Servi jusqu’à ras bord, comme la tradition l’exige. Skål !

Le froid est mordant, mais ici, le bon sens règne encore. Lampes chauffantes à l’extérieur, chaleur de l’accueil, convivialité assumée : on profite de l’air frais sans renoncer au plaisir.

Direction ensuite l’atelier de Johan Bülow, le confiseur spécialiste des Lakrids, pour une note de réglisse tout en douceur. L’art délicat — presque audacieux — de rendre la réglisse universelle, déclinée en près de vingt parfums permanents, parfois plus selon les saisons : menthe givrée, caramel beurre salé, fraise amère… Une gourmandise maîtrisée.

Puis cap sur le Nimb. L’American Bar offre refuge et chaleur autour d’un gløgg, vin chaud traditionnel accompagné d’amandes et de gâteaux à la cannelle, faits maison bien évidemment.

Le cinq étoiles, à la stature de palace, s’active. Ici, tout est prêt pour offrir à ses hôtes un passage à la nouvelle année inoubliable. Les privilégiés s’apprêtent à rejoindre le rooftop, autour de la piscine, pour assister au feu d’artifice du Tivoli. La direction et le personnel sont aux petits soins ; le temps s’efface dans une parenthèse aussi magique qu’inattendue.

Si cette période devait avoir un parfum, ce serait celui d’Amouage, qui habille harmonieusement le Nimb. Une senteur délicate, présente jusque dans les savons et crèmes pour les mains — attention précieuse en cette saison où la peau est mise à rude épreuve.

À 23 heures, le Tivoli lance officiellement les festivités. Un feu d’artifice orchestré par une équipe de pyrotechniciens chevronnés, mondialement reconnus. Un spectacle éblouissant qui laisse petits et grands les yeux levés, et semble émouvoir jusqu’au ciel lui-même.

Une coupe de champagne Ruinart accompagné d’un kransekage — que je surnomme affectueusement le gâteau de la reine, tant il est associé aux mariages royaux et réceptions officielles — viennent sceller l’instant. Une douceur de pâte d’amande, en anneaux superposés, simple et symbolique.

Skål og godt nytår !

Que 2026 soit tout aussi savoureuse.

Daniel Latif
Photos : DL, Flemming Gernyx /DR

Odense, une autre façon d’embrasser l’hiver

Après Copenhague et Aarhus, Odense est la troisième plus grande ville du Danemark. Une ville à taille humaine, douce et attachante, souvent associée à l’une de ses spécialités les plus emblématiques : le marcipan d’Odense. Cette délicate douceur, proche de la pâte d’amande mais plus fine et plus subtile, est fabriquée à partir d’amandes finement broyées et de sucre. Un symbole gourmand devenu presque indissociable de la ville depuis plus d’un siècle.

Capitale de la Fionie, Odense est aussi connue bien au-delà des frontières danoises pour être la ville natale de Hans Christian Andersen. Sa maison d’enfance, devenue un musée que l’on peut visiter aujourd’hui, rappelle que c’est ici qu’est né l’un des plus grands conteurs européens.

Mais Odense ne se résume ni à ses douceurs ni à ses contes. La ville se prête merveilleusement à la flânerie, entre vestiges vikings du Moyen Âge et patrimoine religieux remarquable. La cathédrale gothique Saint-Knud, dont les origines remontent au XIᵉ siècle, domine le centre historique. En hiver, elle fait face à un immense sapin de Noël, point de départ d’une mise en lumière qui se prolonge naturellement jusqu’à la place Flakhaven.

C’est là, au cœur de la ville, que s’installe chaque hiver une patinoire extérieure en vraie glace. Une activité idéale à faire en famille, entre amis, ou même en solo, pour prolonger un peu la magie de Noël quand on trouve, comme beaucoup, que les fêtes passent toujours trop vite.

Dès l’arrivée, l’ambiance est chaleureuse. Accueilli par une équipe souriante, on enfile ses patins avant de s’élancer sur la glace, dans une atmosphère qui évoque presque un Holiday on Ice à ciel ouvert. La glace est de très bonne qualité, parfaitement entretenue, sans aspérités. Et surtout, on ne s’ennuie pas : une très légère descente d’un côté et une montée tout aussi douce de l’autre viennent casser la monotonie des tours. Une subtilité bienvenue qui apporte du rythme et permet de travailler l’équilibre et la maîtrise du patinage.

Au centre de la patinoire, un banc circulaire invite à la pause. L’occasion d’admirer la vue imprenable sur la mairie d’Odense, dont l’architecture néo-Renaissance de 1893 dialogue harmonieusement avec la cathédrale voisine et les bâtiments historiques alentour. À quelques pas, d’autres églises du centre ancien complètent ce décor urbain dense et élégant. La carte postale est parfaite.

Un véritable esprit de famille règne ici. Le temps d’un instant, on devient presque le spectacle des passants, qui s’arrêtent, regardent, rêvent. « C’est beau et ça fait rêver, et en plus ça a l’air super simple », s’émerveille Gitte, replongée dans ses souvenirs de jeunesse, quand elle patinait encore sur des lacs gelés.

À la tombée du jour, lorsque les lumières se reflètent sur la glace et que les cloches de Saint-Knud retentissent, le temps semble s’arrêter : la patinoire de Flakhaven devient bien plus qu’une simple attraction hivernale. C’est une parenthèse, encore plus délicate si l’on a la chance d’entendre le carillon des quarante-huit cloches. Un moment suspendu où la ville se laisse apprivoiser en glissant. À Odense, l’hiver est une caresse qui donne envie de rester encore un peu.

La patinoire d’Odense à Flakhaven est ouverte tous les jours de 10 h à 21 h. Plus d’informations ici : https://www.city-odense.dk/nyheder/skoejtebane-paa-flakhaven/

Daniel Latif

Journée internationale de la raclette au Drugstore Publicis Champs-Élysées

Les origines de la raclette remonteraient au Moyen Âge, en Suisse, dans le canton du Valais. À l’époque, les bergers valaisans faisaient chauffer leur fromage au feu de bois avant de le racler sur du pain ou des pommes de terre. Un geste simple, rustique, qui donnera son nom au plat.

Le fromage utilisé est aujourd’hui connu sous l’appellation Raclette du Valais AOP, un fromage à pâte mi-dure, traditionnellement fabriqué à partir de lait cru de vache.

En France, la raclette connaît un véritable essor à partir des années 70, avec l’arrivée des premiers appareils électriques permettant de faire fondre le fromage directement à table. La convivialité devient alors indissociable du plat.

Le 13 décembre, la raclette à l’honneur

Le 13 décembre, c’est la journée internationale de la raclette. À cette occasion, Seb a organisé le #ParisRacletteDay au Publicis Drugstore, sur les Champs-Élysées. Un lieu mythique, avec vue sur les Champs et sur l’Arc de Triomphe, qui se prête étonnamment bien à l’exercice. Avec les décorations et illuminations de Noël, la raclette s’y installe comme une évidence, entre effluves de fromage fondu et regard porté sur l’une des avenues les plus célèbres du monde.

La raclette, une affaire de convictions

Pour Clément Cavadore, grand amateur de raclette, il est temps de trancher le débat : « arrêtons de parler de saison de la raclette, car c’est toute l’année la saison ». Un avis partagé par Raimund Kunz, ancien ambassadeur et diplomate suisse, avec qui j’avais eu le plaisir de déguster une raclette un 1er août, au Swissôtel The Bosphorus d’Istanbul, par plus de 35 degrés. Preuve, s’il en fallait une, que la raclette n’a que faire du thermomètre.

Même tonalité chez Yann, chef et restaurateur français : « la raclette, on se pose trop de questions avant de la manger : “est-ce bien la saison ? fait-il assez froid ?” Et on culpabilise après, parce que c’est vrai, ce n’est pas le plat le plus léger. Mais au final, on devrait en manger toute l’année, et ça devrait être remboursé par la sécurité sociale ».

Fromages, variations et liberté

Le fromage à raclette est un fromage au lait cru, à pâte pressée, spécialement élaboré pour être chauffé. Pour l’événement, on retrouve notamment le fromage du Meilleur ouvrier de France, M. Janier. Mais la raclette se décline aujourd’hui pour tous les goûts : à la truffe, au poivre, aux grains de moutarde, au vin blanc, fumée, à l’ail.

La légende dit qu’une vraie raclette repose sur ce trio incontournable : fromage, charcuterie et pommes de terre. Mais les légumes sont toujours les bienvenus, et il serait dommage de s’en priver.

Il est également possible de revisiter la raclette avec du morbier, de la montagnette d’Aydius au Jurançon ou même du saint-nectaire, qui apporte un fondant et une onctuosité remarquables. Et surtout, ne pas oublier les essentiels : les cornichons, oignons et salade.

Une organisation collective

Cette performance a été rendue possible grâce aux bénévoles des Toques Françaises, dont la mission est de partager et valoriser la gastronomie française dans le monde. Grâce à leur mobilisation, un service continu a pu être assuré de 11h à 22h, pour un total de plus de 1 200 couverts.

La balade digestive de rigueur

Après le repas, quoi de mieux qu’une petite marche sur cette avenue mythique ? Les Champs-Élysées, l’Arc de Triomphe, la ville qui continue de vibrer. Il ne manque plus que la neige.

Vivement l’année prochaine !

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Daniel Latif
Photos : Jordan Rey, DL /DR

Les saveurs lyonnaises s’invitent au lounge Air France

Décidément, le lounge Air France du terminal 2F ne cesse de surprendre, notamment sur le terrain gastronomique. Après la présentation de la nouvelle carte signée en personne par le Chef François Adamski — un moment particulièrement remarqué — le salon poursuit sur sa lancée gourmande.

« À l’occasion de la sortie du Beaujolais nouveau, on a élaboré un menu pour la semaine », présente Rudy Faliex, Chef exécutif chez Servair. Une parenthèse événementielle articulée autour des grands classiques des bouchons lyonnais, équivalent régional de la brasserie parisienne.

Toute la semaine, en plus de l’offre chaude habituelle, les voyageurs peuvent ainsi savourer un saucisson brioché, nappé d’une sauce bourguignonne, ou encore une quenelle de brochet relevée d’une bisque de homard. Deux plats emblématiques, pensés pour conjuguer authenticité lyonnaise et élégance du service Air France.

Pour accompagner ces mets, une sélection pointue des vins servis à bord est proposée : un Château Ollieux Romanis, cuvée Prestige 2021, et un Condrieu de Paul Jaboulet, « un vin de connaisseur » glisse Rudy Faliex. De quoi transformer une simple halte en un véritable moment de dégustation.

Aux tables du lounge, l’enthousiasme se lit immédiatement. « C’est extraordinaire ! » s’exclame une passagère, ravie d’avoir « pour une fois un peu de temps, devant elle, pour manger ». Car ici, qu’il s’agisse du petit-déjeuner, du déjeuner ou du dîner, « c’est la première étape vers un embarquement » poursuit Rudy Faliex : un rituel où la gourmandise fait partie intégrante du voyage.

Et comme la curiosité est un doux défaut, impossible de repartir sans demander quelles seraient les prochaines surprises. Réponse du chef : à partir du 20 décembre, le salon se mettra à l’heure des fêtes avec des meringues et des sablés de Noël, ainsi qu’un gâteau au yaourt aux « épices de pain d’épices ».
Du 23 au 25 décembre, un menu foie gras–saumon fera son apparition, accompagné d’une eau aromatisée imaginée spécialement pour l’occasion, aux notes de banane, cannelle et pain d’épices.

Entre Beaujolais nouveau, spécialités lyonnaises et prémices gourmands des fêtes de Noël, le lounge du 2F confirme son statut de halte privilégiée pour les voyageurs en quête d’un embarquement… savoureux.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Jeffrey Gibson, les prismes du cœur

Sous les voûtes claires de la galerie Hauser & Wirth, au 26 bis rue François-1er, les œuvres de Jeffrey Gibson semblent respirer. L’artiste américano-choctaw, figure majeure de la scène contemporaine, y présente sa première exposition solo en France : This is dedicated to the one I love – un titre comme une offrande, ou un souffle d’empathie adressé au monde.

Depuis plus de trente ans, Jeffrey Gibson mêle l’histoire autochtone, la culture queer et la mémoire populaire américaine pour inventer un langage visuel où la couleur devient matière spirituelle. Ici, les toiles, les perles et les céramiques forment un paysage où tout vibre. Ses « punching bags » suspendus, gainés de franges et d’inscriptions comme Never let your spirit bend, remplacent le corps, le transcendent. On aurait presque envie d’y cogner, pour sentir la résonance des perles — mais sans gants, on s’abstiendra.

« J’admire ceux qui confectionnent entièrement leurs vêtements », confie-t-il. Chez lui, le vêtement devient sculpture, le motif un acte de résistance. Les perles rappellent la patience des mains, les gestes transmis. Ses nouvelles têtes en céramique évoquent les poteries mississippiennes précolombiennes, mais aussi la fragilité d’une mémoire à modeler encore.

Tout, chez Jeffrey Gibson, passe par la lumière : les couleurs, les spectres, les prismes. « On voit tous la même chose, mais chacun y projette son interprétation », philosophe-t-il. Ces compositions polychromes, qu’il nomme « psycho-prismatiques », semblent capturer les reflets du ciel après la pluie – une métaphore des émotions, multiples, indécises.

Par nature collectionneur d’images et de matières, Gibson tisse un récit où se rencontrent foi, identité et réparation. This is dedicated to the one I love n’est pas seulement une exposition : c’est une déclaration d’amour au geste créatif, à ce qui relie les êtres quand tout vacille.

Une exposition à visiter chez Hauser & Wirth Paris, jusqu’au 20 décembre 2025

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Baueneinflugzeug, le livre de Romain Villate prend son envol

Avec Baueneinflugzeug, Romain Villate signe un livre de photographies argentiques à la beauté subtile. Le titre, à lui seul, intrigue et dépayse.

« Il y a l’histoire du nom, d’origine allemande, qui interroge beaucoup les gens et dont je parle peu », confie l’artiste. Tout est né d’un souvenir d’enfance : des petits avions en polystyrène qu’il assemblait autrefois, et qu’il a retrouvés des années plus tard sous forme d’un stock venu d’Allemagne. « J’en ai reçu des centaines, que j’ai partagés avec mes amis. De là est née une vidéo, Build a plane, point de départ de ma réflexion. Ce souvenir m’a fait en créer de nouveaux, que j’ai figés sur pellicule. Le projet est devenu Baueneinflugzeug — construire un avion. Ce mot demande à être creusé, j’aime ça ».

Ce voyage intime nous embarque dans des paysages tantôt familiers, tantôt mystérieux. Romain Villate guide son lecteur à travers des diptyques, des silences, des respirations blanches qui deviennent autant de métaphores du voyage intérieur.

Baueneinflugzeug

La couverture du livre, elle aussi, en dit long : « C’est une partie de film non shootée, en fin de pellicule. J’aime cette couleur grise chaude, traversée d’un dégradé jaune. C’est énigmatique, comme le livre. Une photo vierge, une page blanche : le début de quelque chose ». 

Directeur artistique, artisan-couturier de ses propres vêtements, Romain Villate dévoile ici les coulisses de sa vie : un atelier, une machine à coudre, un fragment du quotidien, sa mère à l’ouvrage. Des fragments de mémoire, autant de traces de ce qu’il appelle ses « bagages commémoratifs » — ceux qu’on construit tout au long d’une vie et qui finissent par soutenir notre dernier vol.

L’art de construire un souvenir

Baueneinflugzeug

Les clichés argentiques traversent le temps et l’espace : des topographies enneigées, des ciels à la lumière douce et diffuse, des constellations figées dans le grain. Tout ici respire la légèreté du ciel et la profondeur du silence.

« Je me soucie peu de la technique, dit-il. Je cherche l’émotion et l’instant ». Le livre rassemble dix-sept ans d’images, prises avec une dizaine d’appareils — de vieux Ikon Zeiss ou Smena Lomo jusqu’aux compacts Olympus ou Yashica —, souvent sur des pellicules périmées. Ce goût du hasard et de l’imperfection confère à ses images une authenticité rare.

« C’est un hommage à l’ordinaire, une collection de beauté et d’ennui figée dans l’imperfection de la photographie argentique », glisse encore Romain Villate.

Baueneinflugzeug

Et c’est bien cette sérénité qui saisit le lecteur : celle de feuilleter lentement, de caresser le grain d’une image, en ressentir la texture particulière, de respirer l’odeur du papier neuf. Page après page, feuille après feuille, on décolle. Et le “mode avion” devient alors une invitation au lâcher-prise.

Baueneinflugzeug¹, un beau livre de photographies, tiré à seulement 500 exemplaires, laisse présager une suite — ce discret “¹” apposé au titre en est peut-être la promesse.

Disponible chez Bonjour Jacob, Ofr, Sans Titre, Echo 119, 1909 Bookstore

Daniel Latif

Le train des parfums

Le craquement du plastique cristallise soudain toute l’attention des voyageurs. Des relents de saucisson viennent nous chatouiller les narines, puis s’impose une fragrance plus insistante : une impression de pâté… vieux pâté, limite pâté de foie, version Canigou.

Le voisin d’en face croque ses chips bruyamment, comme s’il voulait qu’on les compte une à une, avant de faire glisser les dernières miettes dans sa main pour les gober avec un sérieux d’archéologue.

Nous sommes pourtant bien dans un train, dans une voiture de voyageurs, pas dans une voiture-restaurant.

Et voilà qu’un arrêt exceptionnel s’annonce. Nouveaux voyageurs… nouvelles odeurs.

Ça n’a pas manqué : aussitôt, le carré des quatre passagers à côté perçoit la nouvelle fragrance et éclate de rire.
Les autres, silencieux jusqu’ici, finissent eux aussi par la sentir.

Se répand alors un parfum d’eau de Cologne à la lavande — « presque une odeur de shampoing anti-poux », analyse l’une.
« Eau de Cologne très bas de gamme, alors », rectifie son amie, pince-sans-rire.

« On a une odeur de tabac mouillé ! », se lamente une voix égarée au fond du wagon.
La fumée de cigarette s’installe, sournoise, se mêlant à l’air climatisé. On retient son souffle, on prend son mal en patience.

Mais l’émanation la plus emblématique reste sans doute celle-ci : « une odeur de poussière accumulée dans la clim », raconte un grand voyageur d’un ton d’expert.

Heureusement, tout le monde préfère en rire. Le voyage continue dans la bonne humeur. Tiens, maintenant, une vague de monoï flotte dans l’air… L’été s’invite entre deux gares.

« C’est bien de sentir les odeurs, on se sent vivant ! », philosophe Julia. « Si on ne sent plus rien, soit on a le covid, soit on est morts ».

Finalement, le train n’a peut-être pas une odeur, mais bien des odeurs. Une symphonie d’arômes en mouvement, une fragrance sans fin.

Maintenant, vous êtes au parfum.

Daniel Latif

Le Chef Adamski s’invite au Lounge Air France

Il y a des moments, parfois, où le hasard s’invite au salon Air France du Terminal 2F. Entre deux vols, une surprise : le Chef François Adamski est là, en veste blanche à col tricolore et à l’œuvre. Une session de cuisine en direct, un rare instant de contact entre la restauration et les passagers — un moment de création culinaire à vue, presque intime.

C’est alors qu’on mesure que les plats servis ici ne sont pas de simples repas de transit, mais des assiettes pensées, travaillées, portées par une véritable équipe.

Aujourd’hui, Air France dévoile la nouvelle carte d’automne imaginée avec la signature culinaire de François Adamski, Chef corporate de Servair, Meilleur Ouvrier de France 2007 et Bocuse d’Or 2001.

Au menu du jour : pâtes radiatori à la crème de champignons, potirons sautés aux herbes. « C’est un plat de saison, j’aime bien ces pâtes, car la crème pénètre bien dans les radiatori, ça amène du moelleux et de la gourmandise », confie le Chef Adamski, un brin de passion dans la voix.

Et pour prolonger la dégustation, le Chef suggère un accord mets et vins : un Condrieu de chez Jaboulet 2019, Les Cassines de la Vallée du Rhône, un Château La Clape 2022, ou tout simplement, une coupe de champagne Pommery Brut Royal.

Deux autres plats chauds accompagnent ce ballet gourmand. Poulet sauce truffonade et mélange de légumes, « un plat réconfortant et gourmand, accompagné de différents légumes d’hiver pour la couleur et la saveur », précise le Chef. Et puis la fraîcheur de gnocchetti aux deux saumons et sauce citron-aneth, « un crémeux de saumon pour apporter de la gourmandise aux gnocchetti, eux-mêmes relevés par des zestes de citron et d’aneth. Un plat frais et gourmand rehaussé de saumon fumé ».

La file s’allonge devant le stand. « On essaie de reprendre en température et après je continue le service », sourit le Chef MOF, heureux de pouvoir échanger quelques instants avec ses convives.

Pendant ce temps, Olivier, sosie de Richard Gere, avoue qu’il se « resservirait volontiers une troisième rasade » s’il ne devait pas embarquer maintenant. Agréablement surpris par cette cuisine inattendue, il confie avoir « l’impression d’être un privilégié, avec le Chef qui vient vous rencontrer à votre table ».

Darya, voyageuse portugaise, partage le même enchantement : « la façon dont il vous sert, explique les ingrédients, ajoute le basilic…Ça nous fait sentir comme quelqu’un de spécial »

François Adamski, lui, savoure cette communion rare. À la tête du « plus grand restaurant du monde, nous préparons les plats des cabines Business et Première, pour toutes les destinations au départ d’Air France — courts, moyens et longs courriers ». 

Un chef des airs, habitué à concevoir des plats pour toutes sortes de voyages, y compris jusqu’aux navettes spatiales. Il a même eu l’honneur de cuisiner pour Thomas Pesquet, lors de sa mission de 2023 à bord de l’ISS. Au menu de l’espace il y avait un bœuf bourguignon et risotto de petit épeautre à la truffe.

Comme quoi, dans les airs, et même dans l’espace, il y a toujours moyen de bien manger.

Daniel Latif
Photos : DL /DR

Brasserie Saint Jean : quand Montmartre prend le goût de l’Aveyron

À l’angle de la rue des Abbesses, le Saint Jean s’affiche comme une brasserie parisienne au charme intemporel. Sa façade, typiquement parisienne, attire l’œil des passants avec ses grandes baies vitrées, son enseigne dorée, sa marquise et sa toile rayée habillée de végétaux. En terrasse, les chaises Gatti en rotin tressé et les tables rondes complètent l’esthétique « Belle Époque », élégamment remise au goût du jour. Ici, le détail compte : du poivrier Peugeot jusqu’au pot de moutarde, rien n’est laissé au hasard.

Quatre mois de renaissance

Après quatre mois de travaux, le Saint Jean renaît. À l’intérieur, une curiosité interpelle le visiteur : un panneau de la ville de Bozouls, petit bijou aveyronnais célèbre pour son canyon en fer à cheval surnommé le « Colorado aveyronnais ». Un clin d’œil cher à Arnaud, patron passionné et amoureux de cette terre, déjà à la tête du Nazir, institution montmartroise. Son ambition : faire du Saint Jean un lieu unique  où se rencontrent les classiques de la brasserie parisienne et les saveurs généreuses de l’Aveyron.

Une carte entre tradition et terroir

En apéritif, la spécialité c’est le Spritz à « la Montmartroise ». Le célèbre cocktail revisité et élaboré à partir d’une liqueur gourmande faite à partir du marc des vignes de Montmartre, situées à quelques encablures du Saint-Jean.

À table, l’expérience se vit dans la convivialité. On partage des croquettes d’aligot, des radis croquants au beurre et fleur de sel, ou encore les escargots de Bourgogne signés Maison Valentin.

Viennent ensuite les plats incontournables, comme le Croque Saint Jean au pain de campagne, le tartare de viande d’Aubrac hachée minute, accompagné de frites maison.

Mais le plat signature qu’il ne faut absolument pas manquer, c’est la saucisse aveyronnaise à l’aligot. Ce jour-là elle est servie avec le geste spectaculaire d’Arnaud, tirant le fil dans une gamelle de cuivre.

Le final sucré signé Gilles Marchal

Pour finir, le Saint Jean fait appel à l’un des maîtres de la pâtisserie : Gilles Marchal, ancien chef pâtissier du Plaza Athénée et du Bristol. Son baba au rhum et ses profiteroles au chocolat clôturent le repas avec élégance et gourmandise.

Un lieu vivant, festif et généreux

Tous les trimestres, le champion du monde d’aligot, Guillaume Roche, vient y donner une démonstration, tirant le fil jusqu’au ciel et faisant de cette spécialité un véritable spectacle.

Au 23, rue des Abbesses, le Saint Jean se veut plus qu’une brasserie : un lieu de vie où s’entremêlent l’authenticité parisienne, la générosité aveyronnaise et une convivialité festive qui donne envie d’y revenir à toute heure. Et quand résonne au dehors l’accordéon des rues de Montmartre, l’ambiance prend des accents de carte postale, entre tradition et poésie.

Lire l’article en anglais sur The Interior Review

Daniel Latif
Photo : DL /DR